11 novembre 1940 : des gamins défient les « Boches » pour honorer les poilus
Plusieurs milliers d’adolescents et de tout jeunes adultes battant le pavé parisien, narguant la Wehrmacht, quelques mois après son arrivée dans la capitale : l’histoire rocambolesque, digne de La Grande Vadrouille, mériterait d’être mieux connue. Dans l'ouvrage de référence Des royalistes dans la Résistance (Éditions Flammarion), l’historien François-Marin Fleutot lui a consacré un chapitre. Pour BV, il évoque cette épopée qui en dit long sur une époque si souvent caricaturée depuis.
Hommages et bagarres toute la journée
Nous sommes le 11 novembre au matin, avant l’aube. « Vers cinq heures trente, les gaullistes ouvrent le bal, nous explique François-Marin Fleutot. Deux jeunes émissaires venus de Londres viennent déposer au pied de la statue de Georges Clemenceau, en bas des Champs-Élysées, une gerbe de fleurs enrubannée au nom de « La France libre » ainsi qu’une carte de visite géante au nom de Charles de Gaulle ». À partir de neuf heures, une foule de plus en plus nombreuse de Parisiens, cocarde bricolée au revers, envahit les alentours de la place de l’Étoile. « L’armistice avaient été signé vers dix heures trente et les Parisiens sont donc venus spontanément. » Mais dès dix heures, un premier incident éclate. Des soldats allemands sont à proximité de l’Arc de Triomphe et l’un d’entre eux a alors le mauvais goût de garer son vélo contre un pilier du monument. « Des lycéens présents déclarent que cela était « insultant pour l’honneur de la France » et éloignent la bicyclette, nous raconte François-Marin Fleutot. Mais son propriétaire et plusieurs autres soldats, furieux, se jettent sur les lycéens en leur ordonnant de remettre le véhicule à sa place. Refus, bagarre, coups de feu des Allemands. En l’air, mais pas tous, puisqu’un passant prend une balle et s’écroule, blessé. » Des premières arrestations ont alors lieu. La journée ne fait que commencer. Dans les heures qui suivent, les Parisiens continuent d’affluer et « la police française se contente d’empêcher les regroupements, afin de ne pas risquer d’incidents graves avec les Allemands, poursuit François-Marin Fleutot. Ils demandaient aux gens de se disperser, en se chargeant alors d’aller déposer les bouquets que ceux-ci avaient apportés. »
Les étudiants royalistes à la manœuvre
Méfiant, le gouvernement de Vichy avait adressé, dès le 8 novembre, des consignes pour le 11 aux responsables de l’instruction publique. « Le travail ne doit pas être interrompu et les commémorations devant les monuments aux morts de chaque établissement faites en présence des seuls professeurs. »
Mais commencent alors à circuler, dans les lycées et universités, des tracts, pour certains manuscrits, appelant à venir rendre hommage aux héros de 14-18, le 11 novembre à dix-sept heures trente à l’Étoile. Des appels similaires ont eu lieu dans d’autres grandes villes. Lycéens et étudiants peuvent y lire que « le 11 novembre est resté pour toi un jour de fête nationale et malgré l’ordre des autorités opprimantes, il sera jour de recueillement. Tu n’assisteras à aucun cours. Tu iras honorer le Soldat inconnu. »

L'un des tracts anonymes, probablement écrit par les royalistes de la corpo droit, donnant rendez-vous place de l'Étoile. Document creative commons.
On sait aujourd’hui que « ces appels émanaient de la Corpo droit, alors très majoritairement composée de royalistes et dirigée par des étudiants d’Action française, André Pertuzio et son second, Jean Ebstein-Langevin » (qui deviendra, ensuite, un cadre de la Résistance). Mais il est difficile de savoir combien de lycéens et étudiants ont répondu à leur appel. La fourchette va de cinq mille à quinze mille. Et le 11, « si les royalistes sont en nombre, d’autres patriotes sont aussi présents, et même des jeunes de gauche, répondant à l’appel de l’UNEF, dont le vice-président, François Lescure, est présent lui aussi ce soir-là », précise François-Marin Fleutot.
Blessures et arrestations
Là encore, la police française tente d’empêcher les attroupements, mais ne disperse pas la foule. « Ces jeunes étaient beaucoup plus « joueurs » que les aînés qui les avaient précédés durant la journée. » L’hommage tourne alors à la franche « manif » et, débordées, « les autorités allemandes font alors appel à des civils de leurs services de renseignement pour appuyer leurs militaires et disperser les jeunes Français ». Très vite, les tirs en l’air succèdent aux bousculades, et les premières arrestations ont lieu. « C’est violent, car les lycéens et étudiants ne sont pas disposés à se laisser faire. Des bagarres éclatent, faisant des blessés. » Les rapports de police de l’époque font état de 155 jeunes incarcérés à la prison de la Santé, dont 19 étudiants et 93 lycéens. Nombre d'entre eux sont libérés assez rapidement, mais plusieurs cas de violences et même de tortures par les autorités allemandes ont été signalés, et certains manifestants n’ont été libérés qu’après plusieurs mois. Censure oblige, les journaux ne relatent pas l’événement sur le moment, à part la presse collaborationniste, pour condamner ses auteurs. Mais Radio Londres en parle dès le vingt-neuf.
Une journée de patriotisme et de bravoure
« Si le rendez-vous du soir de la Corpo droit a été pensé et organisé, en l’occurrence par des jeunes royalistes d’Action française, pendant tout le reste de la journée, des milliers de personnes sont venues spontanément. »

La plaque commémorative du 11 novembre 1940, posée en haut des Champs-Élysées et inaugurée en 1954 par René Coty. Photo Creative commons.
Pour François-Marin Fleutot, il est important de retenir que « cette journée a finalement rassemblé des Français de tous bords politiques ». En cette année 1940, dont on dit qu’elle symbolise une forme d’acceptation résignée, voire de lâcheté, « ce onze novembre a témoigné, au contraire, d’un réflexe patriotique », analyse-t-il. Et, pour des milliers de jeunes, de courage, voire de bravoure.
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43 commentaires
Mon grand-père m’avait expliqué çà au début des années 60. Il est curieux de constater que les premiers à se rebeller contre l’occupation allemande étaient des jeunes d’extrême-droite, alors que les jeunes communistes d’extrême-gauche avaient reçu la consigne de leur chef (Thorez) de ne pas contrarier Hitler !!!….. c’est sans doute pour çà que la gauche répète à l’envi que les nazis étaient d’extrême-droite, alors que NAZI veut dire socialiste !!???!!… La droite résistante et la gauche collabo, c’est la réalité mais ce n’est pas l’histoire qu’on nous raconte.
« la gauche répète à l’envie que les nazis étaient d’extrême-droite, alors que NAZI veut dire socialiste !!???!!… La droite résistante et la gauche collabo, c’est la réalité mais ce n’est pas l’histoire qu’on nous raconte. ».
c’est ce que j’ai entendu toute ma jeunesse (et plus) dans ma famille. J’en suis convaincue, car on me racontait beaucoup de souvenirs de cette époque, où le s »amères loques » et les grands bretons bombardaient les villes où ne vivaient plus un seul « boche », et que le mot d’ordre était = « si vous entendez des avions, regardez. Si ce sont des avions alliés, tous aux abris ».
Votre réflexion devrait figurer dans tous les manuels d’Histoire ! NaZi = Natioal Zocialism ! Oui, hitler était bien de gauche.
L’histoire que l’on nous enseigne est le plus grand mensonge, la plus grande manipulation de l’Humanité.
maintenant ils défient la nation pour en imposer une autre
Alain Griotteray, tout juste âgé de 18 ans, était un de ces courageux lycéens qui défièrent l’Occupant en se rendant sur la Tombe du Soldat inconnu ce 11 novembre 1940.
Co-fondateur de l’UDF de giscard, c’est dire !
Comment dois-je comprendre votre propos, qui ne constitue qu’une minuscule fraction de la longue carrière de Monsieur Griotteray, commencée au sein du RPF, de l’UNR, du CNIP et du FNRI ?
Certes, mais très Algérie française, pas d’ ennemis à droite etc etc bref un type très bien, sévèrement burné, comme il nous en faudrait un peu plus aujourd’hui!
quand les parigots étaient patriotes.
Maintenant ils sont « citoyens du monde ».
Enfin a Paris et dans les banlieues, les français sont fortement dilués ceci explique aussi cela, sans compter que dès la petite enfance ils sont pris en main et endoctrinés par ceux qui devraient leur transmettre le savoir
C’était autre chose que les soit-disants Antifas d’aujourd’hui. Ces derniers enfilent un costume beaucoup trop grand pour eux. Ils sont obligés de s’inventer des nazis partout pour jouer leur pantomime.
Honneur à ces jeunes patriotes, aux gaullistes et honte éternelle aux collabos de tout poil.
maintenant on les met en garde a vue et on interdit notre drapeau
Je connaissais bien entendu le comportement honteux du PCF de septembre 39 à juin 41mais j’ ai appris la semaine dernière qu’ en juillet 40 un article de l’ Humanité clandestine (les démarches pressantes de ses dirigeants auprès de la propaganda staffel pour reparaitre étaient demeurés vaines!) vantait la FRATERNISATION avec les camarades soldats allemands pour construire l’ Europe nouvelle!!!
Les communistes hier comme aujourd’hui, voilà l’ ennemi!
a la libération c’était tous des résistants
Le PCF, les parti des 75 000 fusillés alors qu’il y a eu 4000 condamnations à mort.
renseignez vous sur « le parcours » de Mitterrand ! …
Et pas qu’au sujet des « décorations » qu’il a obtenu à cette époque avant qu’ill arrive à l’Elysée ! …
Comment expliquer les manigances mises en place avec des « dirigeants allemands » pour ce machin devenu « UE » ! …
FREXIT de cette « UE » fédérale devenue dictature au plus vite ! …
Une époque où la France savait encore former de vrais hommes et de vraies femmes, prêt(e)s à mourir pour la Mère Patrie.
Demain il y aura peut être 2 gamins au monument aux morts de mon hameau, les parents ont depuis longtemps oublié pour quoi sont tombés les braves dont le nom est gravé sur le monument.
Cette jeunesse mérite le respect car elle avait encore le sens des valeurs immuables de la nation.
a l époque le patriotisme;;;;;c etait des francais
De tous bords politiques certainement pas. Les communistes soutenaient à fond le pacte germano soviétique donc les nazis comme toutes leurs presses et tracts le prouvaient. Guy Môquet et ses camarades arrêtés par la police parisienne quelques jours avant n’ont fait que distribuer des tracts à la gloire de Staline et de l’URSS
Heuuuuuuuuu ! Qui a fait lire dans les écoles en 2009 la lettre de Guy Mocquet ?
Monsieur Lombard, assimiler l’acte héroïque des étudiants et lycéens du 11 novembre 1940 à La Grande Vadrouille – film que j’adore – est vraiment très léger. Ces jeunes ont risqué leur vie pour l’honneur de la France quand les politiciens de tous bords se sont planqués ou ont offerts leurs services à l’occupant.
C’est ça la France quand tout semble perdu il y a toujours quelqu’un qui se lève pour dire NON.
Bravo, mille mercis !!
Encore une preuve photographique de plus qui illustre le fait que, contrairement au mantra mensonger des gauchisants de tous poils, la France n’a pas toujours été une terre d’immigration … hormis, peut-être, celle de notre espace culturel et civilisationnel !
Je me demande si on ne prendrait pas plus de risques, aujourd’hui, à défiler dans les rues de Paris avec l’étendard français.
Quelle ironie !
Ne soyez pas ridicule.
J’ironisais mais regardez ce que nous vaut un pavoisement ou un défilé à nos couleurs, dans nos rues ou demeures, aujourd’hui.
D’autres drapeaux sont plus volontiers « conformes » et en cour.
Ne soyez pas non plus ridicule.
Leo C a raison. Voyez, la SNCF a déposé plainte contre ceux qui ont mis un drapeau français sous un pont. La municipalité de Lyon a fait effacer le drapeau français peint sur des marche dès le lendemain alors que le drapeau palestinien est resté 3 semaines!
Jo54, ne soyez pas ridicule vous même !