15 décembre 1840 : l’Empereur revient enfin en France
Le 15 décembre 1840, Paris tout entier semble s’être rassemblé. En effet, cette journée est loin d’être anodine. Vingt et un ans après la mort de Napoléon Bonaparte sur l’île lointaine et hostile de Sainte-Hélène, la France accueille de nouveau celui qui fut son Empereur et qui fut le maître de son destin pendant plus de quinze années. Ce retour, longtemps espéré par les anciens soldats et par une partie du peuple, est alors rendu possible par la volonté politique du roi Louis-Philippe, soucieux d’unir les Français autour d’une mémoire commune. Il ne s’agit pas seulement de ramener un corps, mais de refermer une blessure laissée ouverte depuis 1815 et de réintégrer définitivement Napoléon Ier dans le récit national.
« L’océan rendit son cercueil à la France »
En 1840, après de longues négociations diplomatiques, le gouvernement français obtient de la Grande-Bretagne l’autorisation de rapatrier les restes mortels de Napoléon. La frégate la Belle Poule quitte ainsi Toulon en juillet, commandée par le prince de Joinville, le propre fils de Louis-Philippe. À son bord se trouvent d’anciens compagnons de l’Empereur, parmi lesquels le général Bertrand et le comte de Las Cases, témoins directs de l’exil impérial sur l’îlot anglais.
La Belle Poule atteint enfin Sainte-Hélène à l’automne. Dans la nuit du 14 au 15 octobre 1840, à la lueur des torches, presque dans une ambiance mystique, le cercueil est alors exhumé des entrailles de la terre, dans la vallée du Géranium, là où Napoléon avait été enterré en 1821. Le silence, seulement troublé par le vent, le bruit des outils et les larmes, donne à la scène une dimension quasi sacrée. Afin d’écarter toute incertitude et tromperie, le cercueil est ouvert afin de vérifier l’identité de son propriétaire. Le corps de l’Empereur apparaît alors dans un état de conservation remarquable, vêtu de son uniforme vert de colonel des chasseurs de la Garde, le visage comme figé pour l’éternité. Après cette reconnaissance officielle, le cercueil est refermé, placé dans plusieurs enveloppes successives pour sa conservation et embarqué à bord de la Belle Poule, véritable catafalque flottant reprenant la mer vers Paris pour ramener le corps de celui qui incarna la France à l’aube du XIXe siècle. « L’océan rendit son cercueil à la France », disait Victor Hugo.
L’arrivée à Paris
Arrivée en France à la fin du mois de novembre, la dépouille de Napoléon remonte la Seine jusqu’à Paris au milieu d’une foule massée sur les berges, saluant en silence le passage du convoi. Elle arrive officiellement dans la capitale le 15 décembre 1840. Installé sur un immense char funèbre haut de sept mètres et pesant près de dix tonnes, l’Empereur défile ainsi de nouveau dans les rues de Paris qu’il avait quitté en 1815. Il passe également sous les arches de l’Arc de Triomphe, monument dont il avait souhaité l’élévation. Le cortège funèbre s’élance ensuite le long des Champs-Élysées, traverse la place de la Concorde et se dirige enfin vers l’esplanade des Invalides. Le char funèbre, monumental et doré, est entouré de détachements militaires, de vétérans de la Grande Armée, émus d’accompagner le « petit caporal » vers sa dernière demeure. La population parisienne, amassée, assiste avec recueillement à ce passage, mêlant admiration, nostalgie et fierté nationale. Tous savent que ce n’est pas seulement la dépouille d’un homme qui passe devant leurs yeux, mais un chapitre de l’Histoire de France.
L’inhumation aux Invalides
Arrivé en début d’après-midi aux Invalides, le cortège est accueilli à la grille d’honneur par le roi des Français et les autres grands représentants de l’État. Ces derniers respectent alors la volonté de Napoléon, qui avait souhaité reposer « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé ». Louis-Philippe Ier, en signe de respect, fait déposer sur le cercueil l’épée d’Austerlitz et de Marengo, gestes hautement symboliques rappelant les grandes heures de l’Empire, avant qu’il ne pénètre dans l’enceinte de l’hôtel des Invalides et passe sous les voûtes de la cathédrale Saint-Louis.
Après près de deux heures de cérémonies, accompagnées par les chanteurs de l’Opéra de Paris et célébrées par l’archevêque de Paris, Mgr Affre, le corps de l’Empereur est déposé dans la chapelle Saint-Jérôme, dans l’attente qu’une tombe digne de sa grandeur ne soit édifiée. Ce tombeau monumental ne sera alors achevé qu’en 1861, lorsque le propre neveu de l’Empereur, Napoléon III, fera placer les cendres de son auguste oncle dans ce sarcophage de marbre rouge, que nous connaissons tous, qui repose depuis sous les lumières du dôme des Invalides.
Au terme de la journée du 15 décembre 1840, le gouverneur des Invalides, le maréchal Moncey, conclut ce moment historique par une phrase restée célèbre, démontrant l’importance de cet événement dans la vie d’un Français : « Rentrons. Maintenant, nous pouvons mourir. »
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33 commentaires
Les français qu’il a tant aimé, sauf quand il les envoyait se faire tuer.
Comment comprendre qu’ à Saint- çyr on vénère encore un général par trois fois a déserté ,abandonnant son armée à l ennemi La première fois en fuyant l’Egypte , la seconde dans le désastre de la retraite de Russie ; la troisième au soir de Waterloo.
Sans vouloir faire injure à nos compatriotes corses, j’avoue que les faits de guerre de Napoléon Ier, les enrôlements forcés de jeunes français pour envahir l’Europe, les morts inutiles pour satisfaire son orgueil, surpassent de loin ce qu’il a pu donner à la France, comme le Code Civil. A sa mort, la France était exsangue, ne restait que les très jeunes mâles et les vieillards. Et des estropiés pour ceux qui avaient survécu à la boucherie des champs de bataille. On oublie trop souvent que, face à la défaite, il a fui en laissant derrière lui toute son armée, comme en Russie… Les soldats sont morts dans le froid et l’indifférence pendant que « l’Empereur » avait retrouvé le confort de Paris. Si autant de Français manquent à l’appel aujourd’hui il faut aussi en chercher la raison dans ces guerres, nombre d’entre-elles auraient pu être évitées !
Lorsqu’on relate un fait historique, il faut être précis. « La Belle Poule » atteint le port de Cherbourg le 30 novembre 1840. Paris n’est pas encore prêt à accueillir l’Empereur. « La Belle Poule » ne pouvant naviguer sur la Seine, les cendres sont transférées, au Havre sur un navire fluvial à vapeur, « La Normandie ». Le 8 décembre 1840, au Havre.
Il faut lire une curieuse enquête du journal Le Gaulois ( numéros des 25 septembre 1887 et suivants) . Le journal est disponible sur la base Gallica de la BNF ( les liens ne fonctionnent pas malheureusement sur Bd Voltaire). On peut y lire que la présence du corps de Napoléon 1er dans le tombeau des Invalides était mise en doute pas Napoléon 3 lui-même qui avait créé une commission d’enquête.Malheureusement,Le Gaulois n’est pas allé jusqu’au bout ( il y eut à l’époque une levée de boucliers comme toujours quand on touche à un tabou) et l’affaire est tombée dans l’oubli.
L’ Europe entière s’est liguée contre la France pour remettre un Bourbon sur le trône, Napoléon n’avait pas d’autre choix que de combattre les Autrichiens, Prussiens et Russes.
« … Des cendres » ? A-t-il été incinéré ?
Napoléon, du moins l’individu qui est dans le sarcophage avait été embaumé.
Excusez-moi. Wikipédia sait tout : « Le terme « cendres » n’est pas utilisé au sens littéral, mais au sens figuré pour désigner les « restes mortels d’une personne ». »
Les centaines de millers de morts dans d’atroces conditions, de l’invasion de la Russie, et de sa retraite catastrophique, sans service de santé, sans nourriture, à la suite de décisions insensées et méprisant les hommes, ces morts rejettent l’accueil de ce dictateur mégalomane à Paris.
La guerre en Espagne, destructrice de ce pays et totalement injustifiée, les espagnols résistants ont payé cher leur combat, et refusent ce transfert.
L’assassinat du général de Frotté, du duc d’Enghien, l’invasion des Etats pontificaux, la déportation du pape Pie VII, sont de sombres rappels, et l’article parle de Napoléon « Auguste », ce n’est possible que si l’on, oublie beaucoup de crimes. .
Beaucoup d’incertitudes quant au contenu du cercueil…Ah! ces Anglais…
Que de haine contre l’Empereur des Français dans les commentaires ! Pourtant Bonaparte puis Napoléon ont laissé d’autres traces que « les millions de morts » de ses guerres – qu’il est loin d’avoir toutes provoquées ! Il a affermi les conquêtes de la Révolution tout en mettant fin aux pires violences, il a réorganisé le pays et son administration, le Code civil, l’Ecole normale, et j’en passe. La France a rayonné grâce à lui et connu la gloire. Mais il est vrai qu’aujourd’hui c’est un mot qui n’a plus grand sens !
Vous avez raison Luccchini, à voir les commentaires de tocards anti-France sur BV aujourd’hui, ils préfèrent qui ? Hitler ? Staline ? Pol-pot ? Berjnev ? J’ai un ancêtre direct qui a été dans l’armée française de 1782 à 1812 donc aussi dans l’armée impériale, alors taisez-vous,Pfff…
Merci monsieur de Mascureau de nous rappeler cette journée qui honorait un des sauveurs de la France qui aurait pu disparaitre sans son génie. Louis Philippe démontrait par ce geste que la nation Française pouvait fermer une cicatrice profonde.
N’est-ce pas Napoléon qui a dit, après une bataille meurtrière (je ne sais plus laquelle) « une nuit de Paris effacera tout cela (les nombreux morts) » ?
Et, lorsque les cendres (de Napoléon ? de l’Aiglon ? Je ne sais plus) les Parisiens, appauvris, ont dit « plutôt que des cendres, que le gouvernement nous donne du charbon » ?
Non, Napoléon n’est pas un « grand homme », à mes yeux. Son seul mérite a été de mettre fin aux horreurs de la Convention et du Directoire.
Vous êtes manifestement victime du masochisme français concernant en particulier Napoléon. Sachez qu’Il est largement admiré à l’étranger ainsi que par les grands du monde: « Oh comme il était grand, que nous sommes petits ! » (Victor Hugo).
Cette admiration est la conséquence de la profonde ignorance de l’histoire de ce dictateur.
» million de morts, une attaque de la Russie inutile et très risquée, comme le lui avaient dit ceux qui connaissaient la Russie.
Tout à fait je suis d accord ma grand mère née en 1885 me parlait de son grand-père qui lui disait Napoléon a amené la misère dans nos campagnes et nos familles des milliers de morts pour rien comme toutes les guerres et ce sont les femmes qui pleurent.
Avait-on vraiment besoin de rapatrier le corps de ce petit Corse teigneux qui fut responsable de tant de millions de morts, en particulier français ?
RAVI AU LIT et les autres : apparement vous ne connaissez pas l’Histoire de votre pays !
Ado, notre prof d’Histoire nous citait une phrase de Napoléon qui m’a marquée : « que m’importe la vie d’un million de couillons ». Et c’est un tel personnage que l’on continue de glorifier par exemple à Saint Cyr avec la céremonie dite du Triomphe. Napoléon ne mérite que le mépris pour avoir mis le feu à l’Europe et laissé la France en 1815 totalement ruinée et à genou.
J’ai eu ce même prof qui glorifiait Robespierre, alors…. ;-)
Ah, ces profs…
Tout à fait de votre avis. Je n’ai jamais compris cette vénération du peuple français, et du reste du monde, même les russes !
NAPOLEON est l’homme qui a Sorti la France du moyen âge, En 15 ans, il a changé le cour de l’histoire de LA FRANCE mais aussi de l’EUROPE.
Visionnaire. En 1820 il disait » je pars en laissant 2 Hercules, la Russie et L’Amérique » qui peut dire le contraite. De Gaulle en son temps disait lui aussi » l’Europe de la l’Atlantique à l’Oural » Si seulement on l’avait écouter …. qui peut contester ces visions…
« ce peuple français que j’ai tant aimé » ? Mais moins que son orgueil et sa famille. Le bilan est mauvais.
Visiblement il ne se prenait pas pour un de ces « couillons »… Et il avait certainement tort.
Bien d’accord !
« Ce peuple qu’il avait tant aimé ! »… Au point d’en sacrifier des centaines de milliers pour sa gloriole propre !
Et celui qui a permis à la Révolution de perdurer et s’installer durablement dans notre pays, jusqu’à aujourd’hui !
Vous savez Clemanceau ne voulait pas de l armistice et de la capitulation demandé par Charles 1er d Autriche disant » en faire baver aux boschs » mais combien de soldats Français ont été tué par sa fierté qui aurait pu être évité Macron veut faire la même chose avec la Russie et à l armée nous compteront les autochtones par rapport à ceux d origines étrangères les soldats de retour d Algérie le disaient et Chirac a arrêté le service pour éviter les problèmes.
Cette citation est encore à l’ordre du jour…