250 ans de Jane Austen, un engouement qui ne tarit pas

Ouvrir un Jane Austen, c’est voyager à une époque où notre société occidentale avait fait de son mode de vie un art.
Capture d'écran BA Pride and Prejudice
Capture d'écran BA Pride and Prejudice

À un étudiant en littérature anglaise qui lui reprochait de considérer son université comme une arnaque, le regretté Charlie Kirk demandait : « Hé, une petite question pour toi. Quel est ton roman préféré de Jane Austen ? » « Je ne sais pas qui c’est… Jane Austen ? » Charlie en laisse tomber son micro. « Harry Potter », tente l’étudiant. Peine perdue, même la plaisanterie ne fait pas rire devant tant de lacunes ! Jane Austen, dont on fête cette année les 250 ans, a pourtant laissé à la postérité une œuvre majeure dont l’influence et les adaptations cinématographiques ne tarissent jamais.

Un engouement qui ne tarit pas

Peut-être est-ce parce que l’écrivain publiait ses romans anonymement que l’étudiant américain ne connaissait même pas son nom ? Il est permis d’en douter, tant Jane Austen a marqué son temps et la littérature. Née le 16 décembre 1775 dans le Hampshire, dans une famille de la petite noblesse campagnarde, Jane Austen a décrit avec autant d’ironie que d’affection la société dans laquelle elle a vécu. Orgueil et Préjugés reste son roman le plus connu, mais qui pourrait oublier Raison et Sentiments, Mansfield Park, Persuasion et tant d’autres récits de petites et grandes familles cherchant par le mariage à s’élever en société. Avec une ironie mordante qui fait toute la finesse de sa plume, Jane Austen décrit tous les petits travers et les grands drames qui rythment la vie de la noblesse anglaise du XVIIIe. C’est drôle, c’est délicat, c’est fin et c’est profond à la fois. Lire Jane Austen, c’est pénétrer dans le boudoir d’un manoir anglais et participer au petit théâtre d’une comédie humaine où se jouent des destins sur fond de clavecin et de thé fumant dans un service Wedgwood. « C’est une vérité universellement connue qu’un homme célibataire en possession d’une belle fortune doit avoir besoin d’une épouse », commence Orgueil et Préjugés : même si elle est drôle, la sentence est un peu datée. Mais alors, qu’est-ce qui justifie aujourd’hui la fascination de nos contemporains pour ces romans d’un autre siècle ?

Signe d'une nostalgie pour un art de vivre à l'occidentale

Une certaine nostalgie pour une société raffinée ? Depuis 2001, pendant dix jours au mois de septembre, des festivaliers, appelés « janeites », déambulent en costumes d’époque dans les rues de Bath, assistent à des conférences, à des dîners raffinés, à des bals inspirés des romans de Jane Austen. Qu’est-ce qui explique cet engouement ininterrompu depuis plus de 200 ans ? Déjà parce que, comme elle le dit elle-même, « la personne, qu’elle soit gentleman ou lady, qui ne prend aucun plaisir à un bon roman doit être d’une stupidité insupportable », mais aussi et surtout parce qu’un roman de Jane Austen représente la quintessence et l’apogée de nos sociétés occidentales.
Certes, dans des salons lambrissés, les relations sociales sont codées, les mariages pour la plupart sont arrangés, le monde est hiérarchisé mais rien ne se fait sans hauteur d’âme, sans courtoisie, sans bienséance, sans finesse et surtout sans noblesse. La famille et le nom obligent, il faut tenir son rang, et puis, explique la romancière, « la société est la base des bonnes manières, et les bonnes manières sont la fondation de la société ». Ouvrir un Jane Austen, c’est voyager à une époque où notre société occidentale avait fait de son mode de vie un art et se battait pour le préserver. Démodée, Jane Austen ? Jamais !

 

Figure incontournable de la littérature anglaise géorgienne, précurseur du roman moderne et réaliste, comment un étudiant qui avoue lui-même avoir accumulé plus de quatre ans d’étude de littérature anglaise a-t-il pu passer à côté d’elle ? « Tu as prouvé que cette université est bien une arnaque ! » Difficile, pour l’étudiant, de prouver à Charlie Kirk qu’il a tort… mais facile, pour nous, de comprendre comment, en 250 ans, nous en sommes arrivés au meurtre d’un homme qui n’avait d’autre tort que celui de converser.

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Merci pour ce bel article, Victoire, qui fait revivre, l’instant de sa lecture, cette romancière britannique étudiée autrefois en cours d’anglais par la lecture de ses livres dans la langue d’origine; de la poésie, une atmosphère que les esprits chagrins trouvent surannés ,cette littérature nous fait voyager dans une société où les bonnes manières étaient la règle, où le bon goût régnait …..une époque où le respect était de mise tout autant que la discrétion….ça fait plaisir de relire ses romans au regard de certaines littératures contemporaines si miséreuses pour ne pas dire pire…et merci aussi de rendre un hommage à cet homme brillant et sympathique Charlie Kirk, tué lâchement pour les idées qu’il transmettait en toute intelligence.

  2. Charlie KIRK un érudit qui a fallut faire taire pour ne pas porter d’ombrage à beaucoup d’imbéciles, principalement de gauche

  3. Pour un étudiant US en littérature ne pas connaitre Jane Austen, c’est comme un Français ne pas connaître Victor Hugo. Mais c’est vrai que les nôtres préfèrent Céline…

    • Ce n’est pas contradictoire de lire et apprécier Honoré de Balzac, Guy de Maupassant et Céline.
      Pour Victor Hugo, son engagement à gauche ne me convient pas.

  4. OUP’S… tout cela a l’air un peu suranné non? même si c’est toujours agréable à lire ! les moeurs d’aujourd’hui sont dissolus, effrités et dispersés dans un gloubi-boulga tant littéraire et artistique (rap) que « mental ». L’univers des zombies de la rue ( coude fléchi et tête basse sur tiktok) résume tout.

  5. Jane Austen c’était l’élégance, l’absence de vulgarité, le féminisme sans agressivité, le respect.
    Certes l’époque n’était pas facile pour les femmes ni pour les hommes qui devaient guerroyer et maintenir un rang, mais on comprend l’engouement des fans à notre époque d’effondrement économique, social et religieux

  6. Je n’ai jamais lu Jane Austen mais j’ai arrêté de lire des romans à l’âge de 14 ans alors que je savais lire à 3 ans . Mais vous en parlez avec une telle passion et justesse que cela nous donne un bon aperçu des ouvrages de Jane Austen . Il faut parler de littérature .
    Je note tous les livres que l’on me conseille.
    Un jour viendra que je m’y remettrais surtout que les livres en question nous parlent d’une époque où les valeurs morales et les sentiments primaient sur le matérialisme ..
    « Orgueil et préjugés  » c’est un film que j’ai vu . Magnifique
    J’ai aimé, aussi ,dans le genre la série downton Abbey , qui se déroule de 1910 à 1930 dans une demeure aristocratique et décrit avec une certaine justesse les rapports entre domestique et aristocrates sans tomber dans la caricature .
    Il y avait au XVIii ème siècle jusque dans le milieu du vingtième des codes sociaux assez stricts où chacun gardait sa place surtout dans la » bonne société « anglaise .Mais les nôtres existent aussi mais sont plus hypocrites et les valeurs morales au plus bas y compris et surtout dans les couches hautes de la société ce qui influe sur le reste population.

  7. Non, je n’ai jamais lu Jane Austen et ne sais pas même qui est cette brave dame. Mais pour ce que je sais de l’époque, l’on vivait dans une crasse et une profonde misère sociale, physique et physiologique. Pas seulement le « peuple » qui n’était que triste terreau permettant à cette « bonne société » de papillonner. On avait beau péter dans la soie (au sens propre), l’on vivait quasiment dans la merde la plus noire quel que soit son « rang ».

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