28 février 1921 : la révolte de Kronstadt, une île contre Lénine
Le 28 février 1921 marque un tournant dans l’histoire de la révolution bolchevique. En effet, à peine quelques mois avant la fin de la guerre civile, l’insurrection des marins de l’île-forteresse de Kronstadt contre le pouvoir bolchevique de Lénine, menée par des hommes qui avaient été pourtant les partisans les plus fidèles de la révolution d’Octobre de 1917, illustre de manière saisissante comment la jeune République des Soviets, et plus particulièrement ses dirigeants communistes, étaient prêts à faire disparaître dans le sang tous leurs opposants, même leurs anciens alliés, afin d’instaurer un pouvoir qui ne pouvait souffrir d’aucune contestation.
La révolte des marins
Autour de Kronstadt, une base navale stratégique de la flotte soviétique en mer Baltique, les marins avaient été jusque-là célébrés comme l’orgueil et la gloire de la révolution. En effet, pendant les années cruciales de 1917, ils avaient été d’une grande aide dans le combat contre l’ancien régime tsariste, puis dans la prise et le maintien du pouvoir par les bolcheviques. Pourtant, au début de 1921, au terme d’un hiver rigoureux, les pénuries alimentaires catastrophiques liées à la politique du communisme de guerre et la répression des mouvements ouvriers et paysans provoquent un profond désarroi. À Petrograd, des grèves massives et des manifestations secouent les usines et les quartiers ouvriers, mouvements sociaux auxquels le gouvernement répond par l’arrestation de militants et le rétablissement de l’ordre par la force.
Le 28 février, alertés par une délégation revenue de Petrograd, les marins des cuirassés Petropavlovsk et Sébastopol adoptent alors une résolution en quinze points. Celle-ci appelle à de nouvelles élections des Soviets au scrutin secret, à la liberté d’expression, de presse et d’association, à la libération des militants socialistes emprisonnés et à la fin de la mainmise du parti communiste sur l’État. Ils plaident aussi pour la possibilité, pour les paysans, de travailler librement leur terre dans le respect de l’égalité et de la justice sociale. Ces revendications, loin d’être un véritable mouvement contre-révolutionnaire, expriment surtout la volonté de redonner un sens aux promesses de libertés faites en 1917 face à un État déjà tombé sous la dictature du Parti communiste.
Une victoire rapide pour sauver le régime
Face à ces demandes, le pouvoir ne voit rien d’autre qu’une menace directe à sa mainmise sur l’État et l’appareil révolutionnaire. Lénine, accompagné de Léon Trotski, choisit alors une réponse implacable : envoyer l’Armée rouge pour écraser cette mutinerie.
Ainsi, à partir du 7 mars, dans le froid mordant du golfe de Finlande, les combats s’intensifient. Pendant plus de deux semaines, près de 50.000 soldats convergent ainsi vers Kronstadt afin de briser la résistance d’environ 15.000 insurgés. Lénine exige une victoire rapide avant le dégel du printemps, qui ferait fondre la glace entourant l’île et rendrait l’assaut bien plus difficile pour ses troupes
En effet, plus le temps passe, plus la simple existence de cette révolte risque d’ébranler l’autorité bolchevique dans l’ensemble du pays. Pour mieux discréditer les insurgés auprès de la population, la presse au service de l’État les désigne alors comme contre-révolutionnaires, nostalgiques du tsarisme ou encore sociaux-traîtres, selon une logique de stigmatisation assimilant toute opposition politique à une trahison. L’Armée rouge, au terme de dix jours de combats violents, après avoir dû affronter une pluie d’obus et de mitraille, finit par prendre possession de l’île. Victoire est faite ; désormais, la terreur de la répression doit s’abattre.
Répression à la mode bolchevique
Selon Stéphane Courtois, dans son Livre noir du communisme, « Kronstadt tombait au prix de milliers de morts de part et d’autre. La répression de l’insurrection fut impitoyable. Plusieurs centaines d’insurgés prisonniers furent passés par les armes dans les jours qui suivirent leur défaite. » Il précise également que, « pour les seuls mois d’avril à juin 1921, on fait état de 2.103 condamnations à mort et de 6.459 condamnations à des peines de prison ou de camp ».
Cependant, juste avant la chute du bastion des insurgés, près de huit mille personnes réussirent à fuir en Finlande. En 1922, attirés par une promesse d’amnistie, certains revinrent en URSS. Cette promesse se révéla être malheureusement un piège. En effet, tous furent arrêtés puis déportés vers les camps des îles Solovki et de Kholmogory, considérés comme les plus sinistres camps de concentration du régime soviétique. Ainsi, sur les cinq mille détenus de Kronstadt envoyés à Kholmogory, moins de 1.500 étaient encore en vie, au printemps 1922. Dans ce camp, on se débarrassait même de certains détenus en les jetant dans le fleuve Dvina avec une pierre au cou. 2.514 civils restés à Kronstadt lors du siège furent également déportés en Sibérie pour débarrasser le cœur de l’URSS de tout ce qui pourrait la menacer.
Les conséquences à long terme
La révolte de Kronstadt eut également des conséquences politiques. Lénine comprit, malgré la victoire, que la possibilité d’autres soulèvements n’allait pas se limiter à cette forteresse isolée En effet, bien d’autres mouvements contestataires pourraient voir le jour, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, voire au sein même de l’Armée rouge.
Ainsi, lors du Xe congrès du Parti communiste, il décida d’abandonner la politique du communisme de guerre et d’instaurer la Nouvelle Politique Économique, la NEP. Cette dernière réinstaure quelques notions de capitalisme, de propriété privée, afin de restaurer un équilibre dans le marché financier. L’État conserve néanmoins le contrôle des secteurs stratégiques comme l’industrie lourde, les transports et la banque. Cette politique vise ainsi à relancer une économie ruinée et à apaiser la colère du peuple.
Cependant, si la NEP constitue un assouplissement économique, elle ne s’accompagne d’aucune ouverture politique. L’écrasement de Kronstadt révèle au contraire la nature profonde du communisme bolchevique refusant toute pluralité. Même ceux qui avaient porté la révolution au pouvoir et qui demandaient simplement le respect des promesses de 1917 furent ainsi traités comme des ennemis à éliminer. On retrouve aujourd’hui, à l’extrême gauche, une mécanique comparable : les anciens alliés électoraux de La France insoumise deviennent rapidement des adversaires dès lors qu’ils s’écartent de la ligne du parti, comme ce fut le cas de Fabien Roussel, publiquement discrédité et même assimilé à Doriot, ou encore avec d’anciennes figures de LFI telles qu'Alexis Corbière, qui ont fait aussi l’expérience d’une mise à l’écart par la direction du parti..
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17 commentaires
KRONSTADT SMARTLADY
« Le meilleur moyen de réussir, c’est toujours d’essayer encore une fois » disait Thomas Edison.
“Plus ça change, plus c’est la même chose.” (Alphonse Karr)
« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » (Albert Einstein, paraît-il).
Cela fait plus de 50 ans que nos gouvernants pratiquent les mêmes méthodes et solutions économiques, sociétales, sécuritaires. Et cela va de pire en pire.
C’est le principe de la fusée « Shadock ».
En France, depuis Giscard nos gouvernants font comme les Shadoks : ils pompent, ils pompent, de pères en fils (spirituels), – car sinon ils n’existent pas-, en espérant que la fusée au « cosmogol » (piquée aux « gibis ») décollera un jour.
Autre exemple: l’U.E. L’U.E., il en faudrait plus, toujours plus d’U.E., plus de normes. Et l’Europe, comme la fusée « Shadock », ne décolle pas : même elle se « crashe ».
Depuis 2017 (et même avant), Macron, toujours plus de Macron (2022). On voit où cela mène ; et ce n’est pas fini.
Je ne parviendrais jamais à comprendre pourquoi l’humanité est à ce point sans mémoire et reitère sans cesse les même erreurs….
Merci pour cet article qui met en lumière ce fait historique que j’avais oublié : Même ceux qui avaient porté la révolution au pouvoir et qui demandaient simplement le respect des promesses de 1917 furent ainsi traités comme des ennemis à éliminer. Alors qu’ils appelaient qu’à de nouvelles élections des soviets au scrutin secret, à la liberté d’expression, de presse et d’association, à la libération des militants socialistes emprisonnés et à la fin de la mainmise du parti communiste sur l’État. Ils plaidaient aussi pour la possibilité, pour les paysans de travailler librement leur terre dans le respect de l’égalité et de la justice sociale. Ces revendications, loin d’être un véritable mouvement contre-révolutionnaire, exprimaient surtout la volonté de redonner un sens aux promesses de libertés faites en 1917 face à un État déjà tombé sous la dictature du parti communiste.
Ceci doit nous rappeler, dans notre combat politique pour la liberté, l’égalité et la fraternité (souvent la grande oubliée de notre devise républicaine), qu’il n’y avait pas que des « méchants » dans les révolutionnaires russes de 1917. Merci à Eric de Mascureau de nous signaler les cas de Fabien Roussel, publiquement discrédité et même assimilé à Doriot, ou encore avec d’anciennes figures de LFI, telles que Alexis Corbière, qui ont fait aussi l’expérience d’une mise à l’écart par la direction du parti.
Les Rouges , d’hier et d’aujourd’hui , sont des racailles à éliminer !!
Oui un PCF existe encore chez nous, et preuve de leur connerie, ils en sont fiers et le sous-produit qu’est la CGT suit sans se poser de questions ! Cherchez l’erreur.
j’ai effectivement du mal à comprendre comment on peut encore se dire communiste si l’on a lu le Livre noir du communisme…
La seule vérité est celle du parti. Tout le reste n’est que complot!
Avec la bénédiction de Léon Trotski, icône de Jean-Luc Mélenchon…
Quand je pense qu’en France il existe toujours un parti communiste. Honte à eux.
Oui, j’ai honte pour mon pays. Le communisme est l’une des 3 dictatures d’extrême gauche du début du 20° siècle, avec le fascisme et le nazisme. C’est la pire dictature actuelle sur la planète, notamment avec l’épouvantable régime des Kim en Corée du nord.
Je vous conseille le livre « j’ai choisi la liberté » de Kravchenko (histoire de sa vie privée et publique de ce fonctionnaire qui a monté les échelons jusqu’à être proche de Staline)
J’ajoute à cette excellente suggestion, la lecture du livre de Ante CILIGA, qui a parcouru l’URSS dans les années 20 et 30 : » dix ans au pays du mensonge déconcertant ». Son témoignage est antérieur à celui de Kravchenko et montre bien que l’imposture sociale, l’appauvrissement et le totalitarisme démarrent immédiatement avec Lénine.
Et dire, malgré cette Histoire tragique , il reste encore un parti d’extrême gauche. Ces fanatiques n’en tirent, n’ont tiré aucune leçon !
Mélenchon me fait penser à Lénine-Staline (ai-je le droit de le penser), il y a de quoi frémir si cet homme arrivait au pouvoir !
Apparemment Corbières, Garrido, entr’autres, n’ont pas compris la leçon d’avoir été évincé par leur maître tant cette idéologie mortifère a imprégné leur cerveau.
N’oublions pas, non plus, qu’ils étaient aussi antisémites.
a toulon il ya un quai kronstadt sur le port
HRONSTADT
Lapsus clavieri: Tome 1 lire tome 2
KRONSTADT
¤ 1
A ce propos : Voline: « La révolution inconnue – Tome 1 :Du pouvoir bolchéviste à Cronstadt
¤ 2
Qui sait ce qui s’est passé en Ukraine et ce qu’a été la Makhnovtchina : Voline: « La révolution inconnue – Tome 3 : La fin de Cronstadt et l’insurrection paysanne en Ukraine.
Déjà le Donbass !
Il faut bien rappeler que les soviétiques se sont inspirés de la révolution française, une catastrophe pour ces deux pays.