28 novembre 1632 : naissance de Lully, la musique au service du Roi-Soleil
Le 28 novembre 1632 naît à Florence, sous le nom de Giovanni Battista Lulli, celui qui allait devenir l’un des piliers de la musique à la cour de Louis XIV. Très tôt, son destin se confond avec celui d’un royaume en quête de faste et de gloire. Le Roi-Soleil usera de son talent pour en faire une arme. Cependant, à la place des mousquets et des épées, ce seront les violons, les voix et les tambours qui joueront sur les champs de bataille des opéras et des théâtres pour magnifier l’image du monarque, renforcer son autorité et inscrire sa gloire, sublime et durable, pour les siècles à venir.
Un Italien au service de la Grande Mademoiselle
Né dans une famille modeste, Giovanni est repéré très tôt pour sa vivacité et son intelligence. Vers 1645, le jeune garçon attire ainsi l’attention du duc de Guise, qui l’emmène à Paris pour servir auprès d’Anne-Marie-Louise d'Orléans, cousine du roi de France, surnommée la Grande Mademoiselle. Cette dernière souhaite alors perfectionner son italien. C’est ainsi qu’à quatorze ans, Lulli quitte sa Florence natale pour le plus grand royaume de son temps : la France.
Profitant de son intégration à la maisonnée de la princesse, Giovanni est alors initié aux arts de la musique et de la danse qui, entre ses mains, deviennent de l’or. Ainsi, peu à peu, ses dons font l’admiration de la cour et lui permettent d’entrevoir un destin insoupçonné.
En 1653, Louis XIV souhaite s’entourer des meilleurs pour glorifier par les arts sa victoire sur les désordres de la Fronde. Pour cela, il ordonne l’écriture d’une œuvre qui illustrera à merveille son succès politique. Dans ce Ballet royal de la nuit, le jeune roi incarne et joue lui-même Apollon, le dieu-soleil, autour duquel viennent se prosterner et rendre hommage des vertus représentées par des membres de la noblesse s’étant autrefois rebellés. Durant ce spectacle, qui assoit de façon manifeste l’autorité royale sur ses sujets les plus récalcitrant, un jeune danseur accompagne le roi : Lulli. Le Florentin se rapproche dès lors de Louis XIV, gravit les échelons et, en 1661, est nommé surintendant de la musique de la chambre du roi. La même année, il est naturalisé français : Giovanni-Battista Lulli devient pour toujours Jean-Baptiste Lully.
Faire de la musique un instrument de politique et de gloire
À mesure que ses responsabilités s’élargissent, Lully compose pour les bals, les fêtes et les cérémonies de la Cour, des spectacles de danse ou de comédie. Chaque pièce qu’il conçoit, chaque tableau sonore qu’il imagine, est pensé pour exalter la grandeur du souverain, dont la puissance permet ces créations. Lully ne se contente pas d’être un musicien virtuose : il façonne, selon les attentes de son maître, une musique devenue un outil politique. À l’image de Lebrun, Le Nôtre ou Le Vau, il participe à l’entreprise visant à ériger autour de Louis XIV tout ce que les arts peuvent offrir de plus beau et de plus raffiné. Tout converge vers la personne du roi, soleil du XVIIe siècle autour duquel tout gravite.
Lully collabore également avec Molière pour sublimer ses pièces de théâtre. En compagnie de Jean-Baptiste Poquelin, il compose les musiques du Mariage forcé, de Monsieur de Pourceaugnac ou encore du Bourgeois gentilhomme avec sa célèbre Marche pour la cérémonie des Turcs. Ce duo de Jean-Baptiste finit pourtant par se séparer : le maître de musique se brouille avec le maître du théâtre.
En 1673, Lully atteint son apogée lorsqu’il obtient le monopole du théâtre en musique et prend la direction de l’Académie royale de musique. En imposant un style français dont il fixe les règles, il devient le véritable fondateur de l’opéra national et l’architecte sonore de la monarchie absolue.
Seul le roi peut connaître une gloire constante
Cependant, seule la figure du roi peut connaître une gloire constante et Lully, sujet du royaume, ne peut égaler son monarque. Ainsi, en 1685, le surintendant voit son crédit diminuer. Influencé par la très pieuse Madame de Maintenon, Louis XIV observe d’un mauvais œil le vice italien dont est coutumier son musicien. Cette année-là, Lully est accusé de comportements immoraux avec un jeune page dont il avait la responsabilité. Le roi refuse alors d’assister à la première d’Armide, malgré son immense succès.
Malgré cette disgrâce, Lully cherche toujours à plaire à son souverain. Ainsi, en 1686, après l’opération réussie de Louis XIV pour une fistule anale, il veut diriger un Te Deum d’action de grâce. Lors d’une répétition où il bat la mesure avec un lourd bâton, un geste brusque fait frapper le bois non sur le sol mais sur son pied. La blessure s’infecte et les médecins préconisent l’amputation, mais Lully, danseur depuis sa jeunesse, refuse catégoriquement. Faute de traitement efficace, Lully décède le 22 mars 1687, à l’âge de 54 ans.
Cependant, ses œuvres et son nom sauront faire fi de ses dernières disgrâces. Ils influenceront nombre de compositeurs, tels Rameau, Couperin ou Marais. Aujourd’hui encore, la musique de Lully est indissociable du château de Versailles. L’entendre, c’est plonger dans les fastes du Grand Siècle et ressentir le but premier de cet art façonné pour le Roi-Soleil : plaire et émerveiller.
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12 commentaires
Il est exact qu’il y a eu des personnes qui ont émigré en France à l’époque, notamment des Liégeois. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux qui inventa la machine de Marly, sans laquelle, il n’y aurait pas eu d’eau pour alimenter les fontaines du parc de Versailles.
Lully laisse dans l’Histoire plus de trace que n’en laisseront les rappeurs de caniveaux.
« après l’opération réussie de Louis XIV pour une fistule anale, il veut diriger un Te Deum d’action de grâce ». Il ne l’obtiendra pas, mais son Te Deum lui survivra sous le titre de « God save the king », hymne national britannique. Cela fait toujours plaisir d’entendre, en cérémonie officielle, les Anglais célébrer la fistule anale du roi de France.
difficile de retrouver le GSthe king dans le te deum non?..
Ne jamais oublier que Louis XIV a ruiné la France et installé un absolutisme qu’aujourd’hui on qualifierait de dictature tandis que pendant ce temps-là l’Angleterre commençait à installer une monarchie parlementaire et prenait le pouvoir sur toutes les mers du monde alors que sa population était le quart de la nôtre. Alors que les Britanniques apprenaient à discuter entre eux pour résoudre leurs problèmes grâce à Louis XIV les Rois de France pouvaient continuer à donner libre cours à toutes leurs lubies et leurs incompétences. On sait la suite, la GB a dominé le monde et a depuis constamment battu la France dans tous les domaines, à part ceux de la musique et du vin, peut-être…
Pas pire que les autres ( les croisades, les guerres…) Louis XV a « refilé » l’Inde aux english en virant Dupleix, et la guerre de 7 ans a anéanti toutes nos possessions outre atlantique. Ça ça a été la « ruine ».
Oui mais ils n’ont pas eu Louis XIV. « Waterloo est la victoire des épiciers »
Louis XIV avait l’Italie dans les veines. Je ne sache pas que le vice italien (appelé français de l’autre côté des Alpes) l’ait tant dérangé. Son frère Philippe d’Orléans en avait le goût. Son épouse, la princesse Palatine, appréciée du roi pour son franc parler, nous a laissé une correspondance brut de décoffrage sur les moeurs de Versailles by night pas piquée des vers. Du porno bien écrit, qu’on étudie en Sorbonne comme « les dames galantes » de Brantome. Sur la fistule anale du roi, son chirurgien créa pour lui un instrument spécial qu’il essaya moult fois dans les hôpitaux de sa Majesté sur des gueux pris en cobayes. Reste le mystère Lully. Empoisonnement, gangrène ? On ne sait trop. J’écoute chaque fois « la marche turque » avec plaisir et même Mozart était un peu italien.
A cette époque les Français était écrasé d’impôts mais la France brillait et était la plus grande puissance mondiale .
On voit bien la différence aujourd’hui….il y’a bien plus d’impôt et la France est en voie de sous développement, merci la repoublique
C’est vrais, écouter sa musique c’est s’imaginer revivre l’époque du Grand Siècle celui de Louis XIV.
La gauche a raison quant elle dit que la France a toujours été un pays d’immigration, ceux qui ont immigrés en France en ces temps là c’était par pour le social ni le RSA mais venaient dans un pays de lumières et n’étaient pas n’importe quelle migrants, des personnages de valeurs rejoindre un pays de valeurs.
Intéressant
Une musique très politique, souvent pompeuse. Pendant ce temps l’Italie donnait : Monteverdi, Cavalli, Scarlatti, Albinoni, Vivaldi, Durante, Pergolese, Cimarosa ; et l’Allemagne : Telemann, puis Haendel, Bach… Ce n’est qu’au XIXe siècle que la musique française se réveillera enfin du centralisme parisien.