37 mesures (insuffisantes) pour relancer la natalité

L'économiste Jean-Didier Lecaillon estime qu’ « on ne s'attaque pas au fond du problème ».
@Unsplash
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Souvenez-vous, c’était en juillet dernier. Malgré des températures estivales de saison, la France basculait dans son hiver démographique. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les experts notaient un solde naturel négatif, autrement dit, plus de décès que de naissances. Un basculement attendu certes, mais deux ans plus tôt que prévu. Depuis, les questions de natalité ne cessent de s’inviter dans l’actualité. Il y a quelques jours, le gouvernement lançait, ainsi, son plan contre l’infertilité, avec le risque - dénoncé par Ludovine de La Rochère dans nos colonnes - « d’inciter les femmes à remettre leur maternité à plus tard », sans voir « la violence d’un processus qui consiste à aller contre la physiologie et le rythme naturel de la femme et à lui faire subir des processus invasifs et pénibles ».

« Une révolution en matière de politique familiale »

Ce mercredi, c’est une mission d’information parlementaire sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité - présidée par la député Liot du Loiret, Constance de Pélichy, avec pour rapporteur le député Horizons du Calvados Jérémie Patrier-Leitus - qui présentait une série de 37 mesures visant à « recréer les conditions dans lesquelles la parentalité redevient une source de joie et de projection ».

Sans surprise, la mission parlementaire a observé que le désir d’enfant demeure élevé (autour de 2,3 enfants par femme), mais que pour des raisons multiples et principalement économiques, l’indice de fécondité tombe à 1,5 enfant par femme en France. Les conséquences de cette chute de la natalité affectent directement le financement des retraites et accentuent les déséquilibres territoriaux (fermetures d’écoles, de maternités). Ne boudons pas notre plaisir, le rapport plaide donc pour « une révolution en matière de politique familiale », et surtout, souligne « la nécessité de réhabiliter la place de l’enfant et de la famille dans l’espace public ».

Parmi les 37 propositions que BV a pu consulter, et qui ne sont, hélas, que des recommandations, on notera de manière non exhaustive : la création d’un ministère dédié aux familles et à l’enfance, rattaché au Premier ministre ; le versement unique de 250 euros par enfant et par mois, jusqu’aux 20 ans de l’enfant et dès le premier enfant, sans condition de ressources ; une prime de naissance versée aux salariés par l’employeur exonérée de cotisations sociales ; un prêt à taux zéro pour l’acquisition ou l’agrandissement du domicile familial à l’occasion de chaque naissance ; un congé parental unifié qui offre aux parents la possibilité de rester auprès de leur enfant de la naissance à l’entrée en maternelle ; un Plan Marshall des modes de garde ; enfin, la mise en place d’un label « Familles » attestant que les employeurs certifiés ont adopté des mesures favorables à la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle.

Une fois n’est pas coutume, les associations familiales, plutôt habituées à batailler pour faire entendre leur voix, réagissent avec enthousiasme : « Un ensemble de propositions qui témoigne d’un souci de redonner lisibilité, visibilité et pérennité à une politique familiale ambitieuse et universelle » saluent les Associations Familiales Catholiques (AFC). Un rapport qui « remet enfin la famille et la natalité au centre du débat public » se félicite également le Syndicat de la Famille qui apprécie « ce changement de cap et juge pertinentes la majorité des propositions formulées pour encourager l’accueil de l’enfant ».

« On ne s’attaque pas au fond du problème »

Pour Jean-Didier Lecaillon, professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Assas et auteur d'un ouvrage de référence en la matière, La Famille au cœur de l’économie (Éd. Salvator), « ces mesures ne sont évidemment pas suffisantes, mais vont assurément dans le bon sens ». Contacté par BV, l’économiste « retrouve quelques propositions » qu’il a faites par ailleurs en conférences ou dans son livre. Ainsi, cela fait « des décennies » qu’il en appelle à « un véritable ministère de la Famille directement relié au Premier ministre. C’est toujours le ministère des Affaires sociales qui a en charge la famille, déplore-t-il. Je ne considère pas que la famille soit un problème social au sens d’assistance. C’est un problème sociétal certainement, mais pas un problème comme celui de traiter la maladie, le chômage, le handicap. La famille n’est pas un handicap. »

S’il salue la simplification de prestations qu'il considérait jusque-là comme « des usines à gaz », Jean-Didier Lecaillon estime en revanche qu’ « on ne s'attaque pas au fond du problème ». Considérant que la famille crée de la richesse, mais aussi transmet des valeurs indispensables pour le bon fonctionnement de l’économie et de la société (éducation, transmission, savoir-être, civisme, honnêteté intellectuelle, valeurs morales, etc.), il appelle à un changement de logiciel : « Tant qu’on n’aura pas reconnu que toutes ces dépenses pour la famille ne sont pas un coût, mais un investissement, on passera à côté de l’essentiel. » Là encore, faut-il vraiment le rappeler ? Les trop nombreux exemples récents d’ensauvagement, conséquences de nos renoncements ne font qu'étayer cette thèse.

Maintenant que le constat est posé (depuis longtemps), et que des solutions sont (à nouveau) proposées ; puissent des candidats à la présidentielle s’inspirer de ces préconisations qui, d’après les spécialistes, « vont dans le bon sens ». Encore faudrait-il pour cela, sortir de cette idéologie persistante qui incite à nos lycéens, pour sauver la planète, à avoir un enfant de moins, ou ces discours immigrationnistes qui compensent notre manque d’enfants par un grand remplacement. Et il y a urgence à retrouver le goût de la vie, tel que le rappelle Laurent Frémont, maître de conférences à Sciences Po : « une société qui ne sait plus donner la vie sans assistance, et qui ne sait plus accompagner la mort sans protocole, n’est pas simplement en crise ». C'est beaucoup plus grave :  « elle est en train de perdre le sens même de l’humain. »

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Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Savez-vous tous, chers lecteurs de BV , qu’aujourd’hui, dans notre République qui veut relancer la natalité en France, l’échographie préalable à une IVG est remboursée à 100% par l’Assurance Maladie. Alors que l’Assurance Maladie prend en charge les deux premières échographies à hauteur de 70 % et seulement la troisième à 100 % du tarif de convention. Pour les échographies du premier et du deuxième trimestre, la différence entre le tarif de convention et le taux de remboursement de la Sécurité sociale est à la charge de l’assurée. Et nos Politiques prétendent relancer la natalité en France ?

  2. il suffit de faire un tour dans une maternité pour se rendre compte qu’une partie de la population n’est absolument pas concernée par cette baisse, au contraire ce sont eux qui rendent le taux moins mauvais, c’est dire la contre partie et qu’il y a de quoi s’inquiéter

  3. la seule solution : réinstaurer la famille telle qu’elle était il y a 60ans avec un père chef de famille et une mère au foyer. je sais, c’est politiquement incorrect mais c’est comme çà. Il faut combattre la stratégie Rockfeller.

    • D’accord avec vous, à trois conditions : 1/ enlever le mot « chef » de votre formule. 2/ que le salaire
      du père soit suffisant pour la famille. 3/ que les enfants soient limités à 2 ou 3 maxi.
      PS : je suis issu d’une famille nombreuse à une époque où il n’y avait aucune aide sérieuse…

      • je n’enlève pas le mot chef, celui qui est fait pour cheffer (Chirac). C’est de cette sensiblerie à utiliser ce mot que viennent tous nos problèmes. Trump, Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Orban sont des chefs. Et on voit leur action….. comparativement à nos cheffaillons.

  4. Vu que le gouvernement regroupe les gens les plus bêtes du pays, ils n’arriveront à rien. Quand on n’est même pas foutu de dire non au Mercosur, au plan de l’énergie de l’Europe…sur un sujet encore plus compliqué comme la démographie, ils seront encore plus à côté de la plaque! Un incompétent est bon en rien!

  5. Donc d’un côté un manuel svt (manuels écrits et conçus par des gauchistes faut pas s’étonner après) où on culpabilise les gens qui voudraient des enfants, ça pollue et j’en passe, les nôtres pollueraient mais ceux d’un certain continent où le taux de natalité est fort haut , non par contre, faudrait qu’on m’explique

    Et là des mesures pour inciter à avoir des enfants, dont on sait à qui ça va profiter …..

    Si les Français ne veulent pas d’enfant, si on exclue l’endoctrinement cité plus haut, c’est aussi , en voyant notre société bien malade, qu’ils ne veulent pas que leur descendance subissent ce que nous subissons, insécurité, harcèlement , montée de l’intégrisme, difficulté pour les études aussi et pour trouver du travail…

    Il y a aussi difficulté pour se loger, premier poste du budget des ménages, vu que les logements sociaux ne sont pas vraiment accessibles, avoir une voiture c’est de plus en plus cher, l’achat lui même et le reste…

    Ne pas s’étonner que les nôtres hésitent quand les « autres » par contre, pas de souci, les aides ils en ont pas mal , pas de contraception ni d’avortement….

  6. On trouve des tas de raisons pour expliquer la dénatalité, mais la raison principale c’est l’ambiance générale et délétère qui règne sur le monde depuis 40 ans, la menace continue d’une guerre mondiale pour laquelle chacun se prépare fébrilement avec des moyens de plus en plus montrueux tout en expliquant que « c’est
    pour l’éviter », mais il n’est pas d’exemple dans l’Histoire où cette folie collective ne se termine pas tragiquement ! Et cette menace, chacun l’a en arrière pensée sans qu’elle soit explicitement exprimée…
    Ce n’est pas avec des primes et des allocations qu’on redonnera confiance en la vie ! Les gouvernements
    souhaitent tous une forte démographie, mais c’est pour avoir des troupes sous la main (rassurez-vous,
    ils ne l’avoueront jamais !). On nage dans l’hypocrisie la plus destructrice !

    • Grodrigas

      Je serais d accord également pour un salaire afin d’ élever les futurs citoyens. Il n y a pas mieux que la famille. On devrait aider les mamans financièrement pour les élever au moins pour les trois premières années. Le caractère de l enfant se construit et c est important de l’ accompagner.

  7. Je me risquerais bien à une bouffonnerie, si le sujet n’était pas si important : l’hiver démographique date de juillet, alors il devrait bien se trouver un de nos brillants élus pour contraindre les vieux à ne pas mourir et à refaire des enfants : simple non, l’ENA ou science po doivent bien enseigner un truc comme çà ; et en plus ça coche la case « qui détruit, paye »

  8. Je ne pense pas que la peur de l’avenir soit la seule et la vraie raison de la dénatalité. Au temps de Germinal, on avait le choix de mourir à la guerre ou de crever à la mine et pourtant on faisait beaucoup d’enfants. Dans de nombreux pays d’Afrique la situation est bien pire qu’en France et pourtant les africains font des enfants.Les sources du bonheur ont changé. L’hédonisme est devenu une raison d’être et la consommation passe avant tout. Alors, s’occuper des gosses n’est pas vendeur. Et malheureusement, s’occuper des vieux non plus. Alors, qui s’occupera des vieillards sans progéniture ? Qui pour croire que le monde moderne et sa Sécurité Sociale peuvent palier à tout lorsque l’on a pas d’enfants ? A Madagascar, après le passage du dernier cyclone, les vieux comptent sur leurs enfants.

  9. Hollandouille a torpillé les familles, et par conséquent la natalité. Seule la confiance en l’avenir pourrait relancer la natalité….on en est loin….très loin avec les gigolos qui nous gouvernent, et qui chaque jour enfoncent la France un peu plus.

  10. Relancer la natalité ( 37 mesures ) c’est 74 mesures qu’il en faudrait ( humour ) !!!!!! en commençant par Flamby HOLLANDE (ps) qui a détruit et torpillé les allocations familliales ( que tu sois riche ou pauvre , tous les couples désirant un enfant , doit être traîtés et bénéficier de tous les avantages ….une politique familiale doit être attrayante pour les femmes et les couples ….ce que proposait , à l’époque MARINE LE PEN , un salaire familial pour la maman… ( pendant (3 ou 4 ans ).et là vous allez voir LA NATATILITE » française « repartir….Mais qui va oser le proposer ? Eviter de faire peur aux familles à leur demandant de sacrifier leurs enfants pour aller défendre un pays en guerre …comme le fameux général qui a eu des propos infâmes , et qui a choqué des millions de français !!!! D’ailleurs ce général a-t-il lui même des enfants ? Qui concerne aussi MACRON ? c’est bien de faire la guerre quand on n’est npas impliqué…..CQFD

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