59 victimes de l’extrême droite ? Un gros problème de méthode

Additionner des crimes sans rapport entre eux permet d'obtenir l'effet recherché : un chiffre assez haut pour effrayer.
Photo de George Becker: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/1-1-3-texte-sur-tableau-noir-374918/
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Douze victimes depuis 2022, cinquante-neuf morts depuis 1986… Tel serait le bilan criminel de l’extrême droite, en France. Deux chiffres répétés dans les médias et sur les réseaux sociaux à seule fin de faire passer la mort de Quentin Deranque pour un accident exceptionnel, alors que la violence d’extrême droite serait meurtrière de façon systémique et avérée sur quarante ans.

Le premier chiffre est celui du député LFI Paul Vannier. « 12 personnes sont mortes sous les coups de l’extrême droite depuis 2022 dans notre pays », a-t-il tweeté pour dénoncer le fait que « Marion Maréchal ment ». Les 59 morts, eux, sortent de la musette de l’historien Nicolas Lebourg, relayés par 20 Minutes, eux aussi pour démentir Marion Maréchal. Historien, il l’est, Nicolas Lebourg. Il est aussi passé par « Ras l’Front » et la Gauche populaire. Première alerte : les chiffres viennent de sources non exemptes de biais idéologiques.

Additionner tout et son contraire

La seconde alerte est méthodologique. L’étude comptable de Nicolas Lebourg — « Les morts causées par les radicaux en France » — est révélatrice car « l’extrême droite » y est un concept fourre-tout, passé sur le lit de Procuste. Se retrouvent mêlées des victimes de conflits de voisinage et des victimes de mouvements indépendantistes. « Nationalisme = extrême droite dans cette hallucination statistique », commente Arnaud Stephan. Relevons, de notre côté, cet autre trait hallucinatoire : le décompte de l’assassinat d’un pied-noir, en 1993 à Montpellier, « par un extrémiste de droite pagano-sataniste », spécimen d'une grande rareté… La méthode veut qu’on ne mette pas ces crimes sur le même plan que la rixe qui a provoqué la mort de Clément Méric.

Le chiffre de Paul Vannier est de la même eau. L’assassinat du rugbyman Federico Martin Aramburu fait suite à une altercation dans un café de Saint-Germain-des-Prés au petit matin. La politique y a peu de part, sinon aucune part. Les trois Kurdes tués à Paris, fin 2022, par William M. ? Son racisme ne peut être détaché de ses troubles paranoïaques et schizophréniques. De même la mort d’Aboubakar Cissé dont le meurtrier, Olivier Hadzovic, est dérangé et n’a pas le profil du « faf » ordinaire, puisque appartenant à une famille rom originaire de Bosnie.

Entre nuances et « fake news »

L’étude de Nicolas Lebourg n’est d’ailleurs pas dépourvue d’honnêteté. Elle reconnaît que le tableau est très complexe suivant la matière prise en compte, ce qui est intentionnel, circonstanciel, etc. Nicolas Lebourg sait faire preuve de nuance lorsqu’il écrit : « La moitié des morts violentes (sauf djihadistes) concerne les militants politiques [droite et gauche, NDLR], la moitié des assassinats (sauf djihadistes) implique des mouvements séparatistes, et plus des deux tiers des victimes ont été provoqués par des violences à référentiel islamique. »

Mais lorsqu’il présente les choses dans les médias, le message devient tellement simpliste que la coupable est « l’ultra-droite », avec ses 59 victimes, tandis que l’ultra-gauche, elle, n’en aurait que six à son actif. Pour le commun des lecteurs et téléspectateurs, « ultra-droite » renvoie peu ou prou au Rassemblement national ou à Reconquête. On voit le tour de passe-passe.

Si ces chiffres étaient vrais…

Adoubé par Mélenchon, le chiffre de 59 est obtenu si artificiellement qu’il peut être ramené à 57 par Manon Aubry ou à 53 par le politologue Xavier Crettiez, sur Arte. Ce qui compte est qu’un chiffre circule et qu’il soit assez haut pour effrayer. Or, si le nombre de victimes était si considérable, pas une semaine ne passerait sans hommage devant une plaque commémorative, sans documentaire sur France 2 et sans éditorial d’Aphatie.

Nous sommes là dans un récit gauchiste, celui d’une mythification qui devient « fake news » en passant de main en main. Ce nombre de victimes de « l’extrême droite » est à rapprocher d’autres mythifications. Celle, par exemple, d’une menace du terrorisme d’extrême droite, dont la majoration n’échappe à personne : elle est destinée à minimiser le terrorisme islamiste, aux morts bien réels par centaines. Ou celle de « la police tue », alors que c’est essentiellement le narcotrafic lié à l’immigration, qui tue. Et, le cas échéant, l’extrême gauche et les sbires de la Jeune Garde, organisation dissoute sur le papier… mais prospère sur les trottoirs de Lyon et d’ailleurs.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

49 commentaires

  1. c’etaient les methodes Communistes pendant la guerre d’Algérie ;mon nom a été placardé sur les murs de mon pays comme etant de l ‘OAS ,je revenais juste d’être démobilisé de mon rappel en Tunisie et ne connaissais même pas ce qu’etait l’OAS ,peut être que je n’avais pas contribué à passer des valises pleines d’argent au profit du FLN ,cela devait sans doute deplaire aux cocos

  2. L’inversion accusatoire fait partie des méthodes de base de la phraséologie révolutionnaire.
    Il en aurait été tout autrement si ce Quentin s’était appelé Ilian ou mohamed

  3. Rien de sérieux n’est argumenté dans tout ce galimatias de l’extrême gauche, le seul but avancer des chiffres des victimes dont les causes n’ont aucun rapport entre eux. Ce seraient éventuellement le cas, les médias et tous les partis se seraient levés en masse pour dénoncer et condamner les évènements.
    La seule offensive des partis d’extrême gauche c’est d’inverser la victimisation, pour minimiser le meurtre en bande organisée perpétré par des voyous hors la loi proche des responsables de L.F.I.

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