7 mars 1966 : la France quitte le commandement intégré de l’OTAN pour choisir l’indépendance

Par ce choix, de Gaulle met fin à la présence militaire américaine sur notre sol et entraîne la fermeture de 73 bases.
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Le 7 mars 1966 constitue une date majeure, dans l’histoire diplomatique et militaire française. En effet, ce jour-là - il y a soixante ans, exactement -, le général Charles de Gaulle annonce sa décision de voir la France quitter le commandement militaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Ce choix marque alors un tournant stratégique dans les relations entre Paris et Washington. La France demeure néanmoins membre de l’Alliance atlantique, mais démontre sa volonté de redevenir une puissance militaire indépendante sur la scène internationale.

OTAN contre URSS

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les tensions entre le bloc occidental et l’Union soviétique conduisent rapidement à la création de l’OTAN, le 4 avril 1949. Cette alliance militaire regroupe alors les États-Unis, le Canada et plusieurs pays d’Europe occidentale, dont la France, afin d’organiser une défense collective face à la menace des rouges. Durant les années 1950 et au début des années 1960, l’Alliance atlantique s’organise alors autour d’un commandement militaire dominé par les États-Unis. Ainsi, de nombreuses bases militaires américaines sont installées en Europe et sur le territoire français.

On retrouve ainsi plusieurs sites à Châteauroux, Metz, Marville, Chambley-Bussières, Toul-Rosières, Phalsbourg, Verdun, Sarrebourg, Étain, Bar-le-Duc ou encore Nancy. Cependant, lorsqu’il revient au pouvoir en 1958 et fonde la Ve République, Charles de Gaulle nourrit une autre ambition, pour la France : celle d’une nation pleinement souveraine dans ses choix stratégiques et diplomatiques, moins dépendante de la puissance américaine.

La lettre du 7 mars

Dès 1959, l’homme du 18 juin entreprend de retirer progressivement certaines forces françaises du commandement intégré de l’OTAN. Le processus aboutit officiellement le 7 mars 1966. Ce jour-là, le général de Gaulle adresse une lettre au président américain Lyndon B. Johnson pour lui annoncer que la France se retire du commandement militaire intégré de l’OTAN et demande le départ des forces étrangères stationnées sur son territoire.

Au total, 56 bases terrestres, 17 bases aériennes, 370 dépôts logistiques, environ 27.000 militaires et près de 37.000 personnels civils sont concernés par cette décision. Le quartier général des forces américaines en Europe, installé à Saint-Germain-en-Laye depuis 1954, ferme alors ses portes en 1967 et est transféré en Belgique. La France conserve, néanmoins, son appartenance politique à l’Alliance et demeure engagée dans la défense collective de l’Europe occidentale.

Une indépendance revendiquée

La décision du président de la République repose alors sur plusieurs motivations. D’abord, de Gaulle considère que la défense nationale doit rester entièrement sous contrôle français. Il refuse que la dissuasion nucléaire française, alors en plein développement avec la force de frappe, devenue opérationnelle en 1964, puisse être placée sous un commandement étranger.

Ensuite, le chef de l’État estime que l’intégration militaire dans l’OTAN limite la capacité de la France à mener une politique internationale indépendante. Dans un monde marqué par la guerre du Vietnam et par la confrontation entre les superpuissances, il veut éviter que la France ne soit entraînée dans des conflits décidés par d’autres puissances. De Gaulle rassure toutefois ses alliés en affirmant que sa décision ne fait que « modifier la forme de notre Alliance sans en altérer le fond ». Ainsi, la France continue de coopérer avec l’OTAN à travers divers accords militaires et stratégiques.

Le retour

Pendant près de quarante ans, tous les présidents de la République, de Georges Pompidou à Jacques Chirac, en passant par Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, maintiennent la décision du général de Gaulle et préservent cette ligne stratégique, même si certaines évolutions apparaissent. En effet, en 1995, sous la présidence de Jacques Chirac et le gouvernement d’Alain Juppé, une tentative de rapprochement avec le haut commandement est envisagée, mais elle n’aboutit pas, notamment après l’arrivée du gouvernement de Lionel Jospin en 1997.

La situation change avec l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007. En effet, le nouveau chef de l’État souhaite rapprocher la France de l’Alliance atlantique, un désir qu’il annonce officiellement devant le Congrès américain, le 7 novembre 2007. Il estime alors qu’une participation pleine et entière aux structures de l’OTAN permettrait à Paris de peser davantage dans les décisions militaires qui affectent le monde.

Après moults débats et de fortes divisions politiques, la décision est confirmée par un vote de confiance à l’Assemblée nationale, le 17 mars 2009, adopté par 329 voix contre 228. La majorité présidentielle, composée de l’UMP et de ses alliés centristes, soutient alors le projet face à l’opposition de la gauche socialiste.

Cette situation pourrait toutefois être remise en question à l’avenir si le Rassemblement national venait à remporter les prochaines élections présidentielles. En effet, le Rassemblement national défend depuis plusieurs années l’idée de revenir à la position gaullienne, en quittant le commandement militaire intégré de l’OTAN tout en restant membre de l’Alliance. Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, a régulièrement exprimé cette volonté, tandis que Jordan Bardella a indiqué que cette décision ne pourrait être envisagée qu’en dehors de toute période de guerre.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 11/03/2026 à 12:43.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Sarkozy n’aurait pas dû proposer de réintégrer l’OTAN. La gauche ne l’a pas voté en 2009.
    Je précise que le projet du candidat à l’élection présidentielle de 2027, Nicolas Dupont-Aignan, prévoit la sortie au chapitre « Défense. » Et je me permets de préciser que je ne vois pas Marine Le Pen ou Jordan Bardella défendre notre maintien au sein du « machin »…

  2. Tout cela n’est que de la forme et ne change rien au fond.
    La France est revenue dans le commandement de l’OTAN, mais les bases américaines en France n’ont pas ouvert de nouveau il me semble.

  3. N. Sarkozy avait décidé le retour au commandement militaire intégré de l’OTAN sous la pression, peut-être légitime, des militaires qui déploraient leur mise à l’écart des discussions stratégiques. Motivations devenues apparemment caduques aujourd’hui.

  4. Que de discutions stériles! Trump a été élu parce qu’il avait promis de ne pas envoyer les enfants à la guerre et le voici qui s’embourbe dans cette guerre contre l’Iran comme il l’a fait pour l’Ukraine. Ce sont des guerres « d’USURE » que les occidentaux ne connaissent et ne maitrisent pas comme le font Russes et Iraniens. Israël a peur que l’Iran possède l’arme nucléaire qui est pratiquement en fin de d’achèvement. C’est un problème complexe car il y a un grand risque de l’augmentation des actes terroristes etc…Trump n’a plus le soutient du peuple Américain. Nous ferions mieux de faire le ménage chez nous. Nous n’avons malheureusement pas aidé le Liban lorsqu’il nous appelait à l’aide. Je m’arrête là…

  5. C’était une trahison de Sarkosy de rentrer dans l’OTAN qui n’est qu’un  » machin » de destruction et d’appauvrissement des pays , sans oublier la soumission aux USA !

  6. L’OTAN aurait du être défaite à la suite de la fin du « Pacte de Varsovie ». L’erreur de Sarkozy et du Parlement est de nous y avoir fait re rentrer et celle du nabot actuelle de nous y maintenir.

  7. Décidément le Grand Charles était visionnaire , le machin ne sert à rien , sauf aux intérêts des USA .

  8. On se rappellera que sous De Gaulle, la France c’était devenue la 4è puissance mondiale… On voit ce qu’en ont fait ses successeurs et particulièrement le dernier d’entre eux aujourd’hui, qui n’est plus capable que de pleurer devant un micro : « Ils font la guerre et on ne m’a même pas prévenu. »… Que ce soit sur le plan économique, militaire ou sécuritaire, il continue de creuser. (et on ne parle pas du reste : santé, justice, police, éducation nationale, diplomatie…). Pas foutu de se faire respecter par l’Algérie, mais veut mettre Poutine, Netanyahou et Trump au pas. A mit la France en faillite, mais va expliquer aux Libanais comment il doive gérer leur pays… Et il aurait gagné 6 points dans les sondages ? Pipeau !

  9. Au-dela des jugements à l’emporte-pièce, il faut reconnaître que le système de solidarité collective a permis de faire face pendant plus de 40 ans à l’appétit de conquête soviétique et son bras armé le pacte de Varsovie. Ça n’est pas l’Europe qui nous a protégés, c’est l’OTAN. Les mandats d’opérations étaient clairs et les règles d’engagement à l’opposé de celles de l’ONU, organisation qui envoyait nos soldats au tir au lapin.

    • Sauf erreur de calcul 45 a 66 ca fait 21ans..en admettant que ce soit  » la solidarite » qui nous ait épargné..a partir de 66c’rdt juste notre dissuasion nucleaire..et pas une hypothétique solidarité européenne dont l’expression aujourd’hui est l’achat de f35 er d’armes aux us plutôt que d’avions et armes
      europeens…nous devons garder notre puissance nucléaire pour nous.Installer des rampes de lancement ou stationner des aéronefs dans d’autres pays n’a pas de sens ,a l’heure où nos missiles nucléaires peuvent etre lancés sur plusieurs milliers de kms depuis un sous marin..

      • L’installation d’armes nucléaires dans un autre pays est un moyen peu coûteux de garantir que ce pays ne sera pas envahi car il y aurait alors forcément une réaction. Si le missile nucléaire est à des milliers de km , il risque fort de ne servir à rien. Il sera estimer qu’on est loin de vouloir s’en servir et aura perdu de son rôle de dissuasion.

      • Eljalladeau..ce n’est pas a nous de fournir notre armement nucleaire pour défendre  » un autre pays » d’ailleurs ce n’est pas a notre  » president » de commander le  » bouton rouge » au benefice de pays soi disant menaces d’invasion c’est incohérent ..Aucun pays ne sera réellement d’accord a ces conditions..tous voudront etre « decideurs »

    • Exact. Nous a protégé jusqu’à la chute du communisme. De ce point de vue la date de 1966 n’a pas de signification réelle. Tout le problème est venu du manque de clairvoyance des Européens après la chute du mur. « On » a laissé faire les Américains. « On » s’est jeté tête baissée dans la « mondialisation ». « On » a élargi l’UE à tout va. « On » a gardé l’OTAN quand la dissolution du Pacte de Varsovie aurait justifié une mesure symétrique. « On » a subi la dislocation de la Yougoslavie et pire que tout la France avec l’OTAN a quelques années plus tard bombardé la Serbie reniant une vieille amitié, arrachant le Kosovo à la Serbie pour ouvrir le donner aux terroristes albanais de l’UCK. C’était déjà une faute sans nom mais surtout l’ouverture d’une brèche dans le droit international qui allait être de plus en plus piétiné jusqu’à être un chiffon de papier aujourd’hui.

  10. C’est un des rares sujets où je trouve que mlp a raison…nous n’avons rien a faire dans ce  » machin » commande par les us…ni d’ailleurs dans une soi disant armée européenne..nous avons la dissuasion nucléaire et nous sommes les seuls..garantie d’indépendance..

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