750.000 « vieux » en état de mort sociale
Ce mercredi 1er octobre est la Journée internationale des personnes âgées, une occasion de se pencher sur leur sort… laissant les 364 autres jours de l’année pour les ignorer ! C’est d’ailleurs ce que dénonce Véronique Besse, députée non inscrite de Vendée, qui a pris la tête du groupe d’étude « longévité et adaptation de la société au vieillissement ». Une urgence, dit-elle, quand la France compte déjà 20 millions de personnes âgées.
️ Le vieillissement doit être élevé au rang de priorité stratégique de l’État. Il n’est ni une mode, ni un slogan : c'est une réalité évidente qui bouscule souvent le quotidien de millions de familles.
Ma lettre au Premier ministre, @SebLecornu : https://t.co/t0sdGm2AU8 pic.twitter.com/VEBL3QS5Sx
— Véronique Besse (@veroniquebesse) September 24, 2025
Quantité négligeable et charge comptable
Le sort de nos vieux n’est pas enviable. Pire : « Les personnes âgées sont de plus en plus seules, en France », voilà la conclusion de l’étude réalisée par l’institut CSA pour les Petits Frères des pauvres. Les chiffres révélés par ce troisième baromètre sur la solitude et l'isolement des plus de 60 ans sont terribles : de 300.000, en 2017, puis 530.000, en 2021, les personnes âgées vivant dans un total isolement seraient aujourd’hui 750.000. « En huit ans, la part des personnes âgées en situation de "mort sociale" a ainsi doublé, passant de 2 à 4 % de la population de plus de 60 ans » dit l’étude. Compte tenu du vieillissement de la population, on projette un million de personnes âgées totalement isolées, à l’horizon 2030, cela, dans une société qui non seulement ne veut plus de ses aînés, mais refuse aussi de faire des enfants…
Comme on le dit pour la jeunesse de notre pays, en grande souffrance psychique à ce qu’il semble, on a pensé que la cause principale de cette dégradation des liens sociaux incombait à la crise du Covid-19. L’isolement forcé, sa gestion désastreuse par l’enfermement et la déshumanisation générale qu’il a entraînée, enfin, l’appauvrissement qui s’en est suivi ont certes contribué à l’aggravation de la situation. Mais c’est plus globalement le monde, égoïste, égotiste, ivre de jeunisme et de vitesse, qui rejette ses aînés.
« Le nombrilisme m’a tuer »
Ce sont des détails, dira-t-on. En vérité de réels faits de société, de ceux qui disent comme elle va, et surtout comme elle va mal. Des petites choses qui, mises bout à bout, font comprendre à beaucoup que ce monde n’est plus pour eux.
Ce sont les automobilistes qui, par la fenêtre ouverte, injurient celui-là qui traverse trop lentement à son gré ; le serveur du bistrot qui n’a pas de carte à offrir et montre d’un air méprisant le QR code à scanner sur la table ; l’assureur, la banque, la Sécu, les impôts, la SNCF et tant d’autres qui ne connaissent plus que les dossiers numériques… Et puis, il y a les gens, tous ces gens qui n’ont plus de regard que pour eux-mêmes ; ceux qui déambulent les yeux dans le vague en parlant à leurs écouteurs, qui n’entendent ni ne voient rien ; ceux qui roulent comme des fous sur leur trottinette électrique, au milieu du trottoir, indifférents à celle qui se serre contre le mur d’un pas hésitant, redoutant la collision et la chute. Il y le supermarché qui a remplacé par une machine la caissière avec qui l’on échangeait quelques mots – souvent les seuls de la journée et parfois de la semaine. Et puis… il y a les enfants partis au loin, les petits-enfants trop occupés à « tiktoker », les familles disloquées, les amis disparus et, pour finir, le politique qui vient vous expliquer que « l’aide à mourir dans la dignité » est finalement un cadeau qu’on vous fait, quand on sait bien que le vrai message, c'est : « Dégagez, on vous a assez vus ! »
Pourtant, Véronique Besse rappelait, en juillet, au Figaro, « ils ont bâti notre pays, transmis nos valeurs, relevé les défis d’après-guerre, créé nos entreprises, fait tourner nos hôpitaux ou enseigné dans nos écoles. Ce sont nos aînés. Mais dans le budget 2026 que prépare le gouvernement [alors celui de François Bayrou, accusant les boomers, NDLR] ils n’existent presque pas ou alors pour être pointés du doigt comme une charge. » Elle ajoutait : « Dans une France où un tiers de la population aura plus de 60 ans d’ici 2030, continuer à penser nos villes, nos institutions et nos priorités comme si cette mutation n’existait pas est une faute politique et morale. » Sans faire plus cher, il faut faire mieux parce que plus humain, plus intelligent, plus enraciné dans les territoires, demande la députée. Entre « réserviste civique senior » et « développement de la formation professionnelle vers les métiers du bien vieillir », les pistes ne manquent pas.
Hélas, il ne semble pas que le projet de budget de Sébastien Lecornu porte davantage d’intérêt à ce qui est un véritable défi civilisationnel. Pas plus, d’ailleurs, que les politiques n’en ont porté, dans les décennies passées, au handicap en général.
Interrogé, l‘entourage de Valérie Besse nous confie que les députés n’ont, en guise d’information sur le projet de budget, que les quelques brèves de presse parues à ce jour. De plus, la députée de Vendée siégeant parmi les non-inscrits, elle s’en trouve davantage tenue à l’écart. Ayant fait de ce sujet son cheval de bataille, nous vous promettons d’y revenir en détail avec elle lorsque le budget sera connu.
Plutôt que l’indifférence ou le mépris, accepter le don de la mémoire
Cantonner le sujet au social et à l’économie serait une erreur, et Mgr Rey, l’évêque émérite de Toulon que le pape François a écarté de son diocèse, rappelait récemment, au JDD combien nous devons tous prêter écoute et attention aux aînés, et combien ceux-ci doivent, malgré l’adversité parfois hostile de la société, demeurer soucieux de transmettre. « Les personnes âgées ont un message à adresser aux nouvelles générations, une sagesse de vie à transmettre, un héritage à communiquer, du fait qu’elles ont traversé une vie marquée par des joies et des épreuves, des quêtes et des questionnements », dit-il. « La vieillesse est pour les anciens un temps d’offrande et, donc, nécessairement pour les plus jeunes une occasion de don ». Encore faut-il accepter de le recevoir. La survie de notre monde en dépend...
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63 commentaires
L’hypersécrétion bureaucratique et son usage immodéré de solutions numériques foireuses et de complexités inutiles est à mon avis le principal responsable de la mise à l’écart des vieux. C’est peut-être même fait pour !
Les « vieux » ( pardon pour ce terme ) sont invisibles car ils participent GRATUITEMENT à plein de choses ! …
La garde des enfants … La « VIE associative » … La « VIE politique » locale … entre autre ! …
FAITES LA GREVE DE TOUT pendant quelques mois et vous deviendrez un peu plus « indispensables » ! …
Je vais exagérer exprès alors que je respecte nos anciens, toujours montrés du doigt
« Mais ils coutent cher, ils vivent trop vieux, sont une charge car toujours malades »…..
Nos anciens qui parfois ne voient personne, pas d’aide de vie, pas d’enfant ou trop éloignés, pas « connectés » car trop dur pour eux, ou pas intéressés
Eux on ne les aide pas, nous savons qui on aide , à qui on s’intéresse dans les mairies, et en France en général
« la cause principale de cette dégradation des liens sociaux incombait à la crise du Covid-19. L’isolement forcé, sa gestion désastreuse par l’enfermement et la déshumanisation générale qu’il a entraînée, enfin, l’appauvrissement qui s’en est suivi ont certes contribué à l’aggravation de la situation. «
raletout, je regrette la période covid à accéléré le processus, l’a agravé, mais n’en est pas l’origine, nos enfants, ceux que nous avons élevé, leur offrant leur permis, puis payant leurs études, sans compter l’argent de poche, sont de parfait petit égoïstes qui nous aiment tant que la tirelire est généreuse, puis ensuite nous aiment en nous confiant la garde de leurs enfants, ce que nous adorons aussi, mais lorsque nous ne gardons plus parceque les petits enfants sont grands, en effet, ils nous aiment mais de loin et de moins en moins souvent.
hélas plutôt vrai.
« Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait »…
Hélas : oh , que oui !
Bravo Marie pour cet article émouvant et plein de sagesse.
j’en suis…de ces personnes âgées complètement abandonnée par son propre fils, unique.
j’ai été déracinée de chez moi…pour soi-disant être ensemble : j’ai perdu mes amis et mes voisins
maintenant, il est parti et je ne sais même pas où il habite…et moi, je reste seule, avec mon cancer et tous mes petits problèmes quotidiens
je dois même payer un organisme qui m’appelle tous les jours par téléphone pour savoir « si ,je suis vivante »
et je mourrai seule, peut être parterre…et qui me trouvera ? je ne connais personne ici – personne ne vient chez moi, même plus le facteur !
comme il m’a dit : toi, tu fais partie de mon passé, mon avenir c’est mon fils et ma femme…..
et le problème…c’est que je ne plais pas à sa femme et à la famille de sa femme ! ..car je suis de « droite » !
on était une famille très soudée, très complice…et quand elle est arrivée, je venais de perdre mon mari et tout le reste s’est effondré depuis l’arrivée de Madame, en 3 semaines, même durée pour lui pour perdre toutes les valeurs qu’on lui avait inculquées pendant 30 ans: plus d’honneur, plus de dignité, même pas la reconnaissance de tout ce qu’on lui a donné « je ne vous dois rien, moi, je n’ai ,jamais rien demandé…. »
faites attention, tout bascule en très peu de temps sans que vous compren,iez pourquoi alors qu’il n’y avait jamais eu le moindre problème avant
bonjour
à 38 ans, en 1986, j’ai quitté Paris pour la Corse, où j’avais quelques amis, ma soeur insistait depuis 2005 pour que revienne car on pourrait se voir plus, ok, fin 2016, j’ai quitté une partie de mon travail (donc revenus) et suis revenue, mal m’en a pris ! je vis à présent sans aucun contact avec la familleet, pas davantage avec les voisins qui sont plutôt « froids », mes seules sorties . drives alimentaires et médecin ! je me demande ce qui se passera quand je ne pourrias plus utiliser ma diesel pour faire les 5kms aller + retour pour aller déposer les ordures aux points de collectes, ces écolos » ont’ils penser aux personnes âgées qui sont s eules et sans moyen de locomotion ??? je regrette tellement d’avoir écouter ma soeur ;-((( oui, les « vieux » sont bons à jeter !
@Monic, hélas ça arrive bien souvent, quand la pièce rapportée fait sa loi….et retourne votre fils contre vous
Je n’ai pas eu d’enfant et quand je vous lis je me dis que c’est pas plus mal , le résultat étant le même, je suis seule mais au moins je sais pourquoi
Bon courage en tous cas, vous le méritez
je vous remercie Stroumphette, sincérement, de votre compassion
je vous envoie la même en retour, et de tout mon coeur
@Monic, ça me fait toujours mal au cœur de tels témoignages !!!
Dommage que nous soyons pas dans la même région
Quoiqu’handicapée je ne sors plus mais au moins le téléphone !!!
Je réitère, bon courage
L’abandon de nos vieux à la pauvreté, la fragilité, la solitude, c’est un symptôme de plus du déclin de la civilisation et du retour à ciel ouvert de la barbarie, sans foi ni loi.
Et si nous sommes pragmatiques, c’est le dédain de ce qu’ils apportent – et pourraient apporter à la société.
Une honte morale et un gâchis social.
Je pense personnellement que bien souvent, certains ont oublié que la vieillesse se prépare, comme la retraite et comme le dit le proverbe, les regrets sont éternels
J’ ai moi-même 7 petits enfants et 2 arrières petits fils, mais je suis malheureusemét veuf. C’ est pourtant un réel bonheur de parler au téléphone ou de vive voix avec tout ce petit monde.
Pour moi la réponse à cette « plaie » ne peut être recherchée que dans la famille.
J’ ai moi-même 7 petits enfants et 2 arrières petits fils, c’ est un plaisir de les avoir au téléphone ou être ensemble dans des réunions de famille.
Mais je me permets de rappeler que la famille reste la veritable de la nation
L’État participe à la haine du boomer.
Et pourtant, si les « vieux » arrivaient à se mettre d’accord pour faire la grève du bénévolat et de l’aide au petits-enfants pendant assez longtemps, le gouvernement et la société se rendraient compte qu’ils ne sont pas des inutiles.
vous avez parfaitement raison – nous les » vieux » sommes assé bons lorsqu’ils s’agit de garder les petits enfants, ou faire du bénévolat dans une Assoc. mais si nous faisions grève, 80% des jeunes parents seraient totalement dans la » m…. » pour organiser la garde de leurs enfants, sans compter le coût, parceque papy mamies c’est gratuit !
Le « vieux » n’intéressent personne. Les enfants ( pas tous!) s’en occupent – souvent de loin – . Les jeunes ont d’autres choses à faire que « perdre leur temps » avec les anciens. On parle de quoi avec un vieux? l’âge sépare déjà les vieux « entre eux »… alors d’avec les jeunes !
vous vous trompez, si je peux me permettre
pour vous un « vieux » c’est quel âge ?
on est beaucoup à collaborer sur BV et je pense, un certain nombre est « vieux »…mais on n’a bien toute notre « tête » ?
et je pense que même au delà de la politique, on est nombreux à pouvoir…encore en apprendre aux autres, même intellectuellement…..parler aussi histoire de France, littérature et tant d’autre choses…
Mes 2 petites-filles, que je vois 2 à 3 fois par an, rarement plus , me disent qu’elles adorent quand je leur raconte « des histoires du passé »…
Mon père et son père faisaient parti du comité de bienfaisance du XI arrondissement à Paris. Ils allaient visiter les personnes âgées le soir après leur travail.
super, et vous ?
Et je n’ai pas vu sous l’impulsion hypocrite de Bruxelles les manigances pour exclure les moins accidentogènes de la circulation automobile. La mort sociale avec entre autres la fin des courses au supermarché…
A l’isolement, il faut ajouter la paupérisation d’un grand nombre de retraités. Maintenir des liens sociaux demande des moyens financiers, et contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, les retraités subissent l’inflation directement.
Les vieux votent en majorité pour Macron ou ses copains. (je le sais car j’ai77 ans et je discute avec d’autres « vieux ») donc je ne les plains pas .