750.000 « vieux » en état de mort sociale

"Boomerisés", accusés de tous les maux, éjectés de la société du tout numérique, la société française ne veut plus d'eux
@Unsplash
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Ce mercredi 1er octobre est la Journée internationale des personnes âgées, une occasion de se pencher sur leur sort… laissant les 364 autres jours de l’année pour les ignorer ! C’est d’ailleurs ce que dénonce Véronique Besse, députée non inscrite de Vendée, qui a pris la tête du groupe d’étude « longévité et adaptation de la société au vieillissement ». Une urgence, dit-elle, quand la France compte déjà 20 millions de personnes âgées.

Quantité négligeable et charge comptable

Le sort de nos vieux n’est pas enviable. Pire : « Les personnes âgées sont de plus en plus seules, en France », voilà la conclusion de l’étude réalisée par l’institut CSA pour les Petits Frères des pauvres. Les chiffres révélés par ce troisième baromètre sur la solitude et l'isolement des plus de 60 ans sont terribles : de 300.000, en 2017, puis 530.000, en 2021, les personnes âgées vivant dans un total isolement seraient aujourd’hui 750.000. « En huit ans, la part des personnes âgées en situation de "mort sociale" a ainsi doublé, passant de 2 à 4 % de la population de plus de 60 ans » dit l’étude. Compte tenu du vieillissement de la population, on projette un million de personnes âgées totalement isolées, à l’horizon 2030, cela, dans une société qui non seulement ne veut plus de ses aînés, mais refuse aussi de faire des enfants…

Comme on le dit pour la jeunesse de notre pays, en grande souffrance psychique à ce qu’il semble, on a pensé que la cause principale de cette dégradation des liens sociaux incombait à la crise du Covid-19. L’isolement forcé, sa gestion désastreuse par l’enfermement et la déshumanisation générale qu’il a entraînée, enfin, l’appauvrissement qui s’en est suivi ont certes contribué à l’aggravation de la situation. Mais c’est plus globalement le monde, égoïste, égotiste, ivre de jeunisme et de vitesse, qui rejette ses aînés.

« Le nombrilisme m’a tuer »

Ce sont des détails, dira-t-on. En vérité de réels faits de société, de ceux qui disent comme elle va, et surtout comme elle va mal. Des petites choses qui, mises bout à bout, font comprendre à beaucoup que ce monde n’est plus pour eux.

Ce sont les automobilistes qui, par la fenêtre ouverte, injurient celui-là qui traverse trop lentement à son gré ; le serveur du bistrot qui n’a pas de carte à offrir et montre d’un air méprisant le QR code à scanner sur la table ; l’assureur, la banque, la Sécu, les impôts, la SNCF et tant d’autres qui ne connaissent plus que les dossiers numériques… Et puis, il y a les gens, tous ces gens qui n’ont plus de regard que pour eux-mêmes ; ceux qui déambulent les yeux dans le vague en parlant à leurs écouteurs, qui n’entendent ni ne voient rien ; ceux qui roulent comme des fous sur leur trottinette électrique, au milieu du trottoir, indifférents à celle qui se serre contre le mur d’un pas hésitant, redoutant la collision et la chute. Il y le supermarché qui a remplacé par une machine la caissière avec qui l’on échangeait quelques mots – souvent les seuls de la journée et parfois de la semaine. Et puis… il y a les enfants partis au loin, les petits-enfants trop occupés à « tiktoker », les familles disloquées, les amis disparus et, pour finir, le politique qui vient vous expliquer que « l’aide à mourir dans la dignité » est finalement un cadeau qu’on vous fait, quand on sait bien que le vrai message, c'est : « Dégagez, on vous a assez vus ! »

Pourtant, Véronique Besse rappelait, en juillet, au Figaro, « ils ont bâti notre pays, transmis nos valeurs, relevé les défis d’après-guerre, créé nos entreprises, fait tourner nos hôpitaux ou enseigné dans nos écoles. Ce sont nos aînés. Mais dans le budget 2026 que prépare le gouvernement [alors celui de François Bayrou, accusant les boomers, NDLR] ils n’existent presque pas ou alors pour être pointés du doigt comme une charge. » Elle ajoutait : « Dans une France où un tiers de la population aura plus de 60 ans d’ici 2030, continuer à penser nos villes, nos institutions et nos priorités comme si cette mutation n’existait pas est une faute politique et morale. » Sans faire plus cher, il faut faire mieux parce que plus humain, plus intelligent, plus enraciné dans les territoires, demande la députée. Entre « réserviste civique senior » et « développement de la formation professionnelle vers les métiers du bien vieillir », les pistes ne manquent pas.

Hélas, il ne semble pas que le projet de budget de Sébastien Lecornu porte davantage d’intérêt à ce qui est un véritable défi civilisationnel. Pas plus, d’ailleurs, que les politiques n’en ont porté, dans les décennies passées, au handicap en général.

Interrogé, l‘entourage de Valérie Besse nous confie que les députés n’ont, en guise d’information sur le projet de budget, que les quelques brèves de presse parues à ce jour. De plus, la députée de Vendée siégeant parmi les non-inscrits, elle s’en trouve davantage tenue à l’écart. Ayant fait de ce sujet son cheval de bataille, nous vous promettons d’y revenir en détail avec elle lorsque le budget sera connu.

Plutôt que l’indifférence ou le mépris, accepter le don de la mémoire

Cantonner le sujet au social et à l’économie serait une erreur, et Mgr Rey, l’évêque émérite de Toulon que le pape François a écarté de son diocèse, rappelait récemment, au JDD combien nous devons tous prêter écoute et attention aux aînés, et combien ceux-ci doivent, malgré l’adversité parfois hostile de la société, demeurer soucieux de transmettre. « Les personnes âgées ont un message à adresser aux nouvelles générations, une sagesse de vie à transmettre, un héritage à communiquer, du fait qu’elles ont traversé une vie marquée par des joies et des épreuves, des quêtes et des questionnements », dit-il. « La vieillesse est pour les anciens un temps d’offrande et, donc, nécessairement pour les plus jeunes une occasion de don ». Encore faut-il accepter de le recevoir. La survie de notre monde en dépend...

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

63 commentaires

  1. Lors d’une réunion de famille, un jeune homme demanda à ses parents, tantes, oncles et grands-parents « mais comment viviez-vous avant, sans télévision, sans wi-fi, sans internet,sans ordinateurs, sans drones, sans bitcoins, sans téléphones portables,sans facebook, sans twitter, sans youtube,, sans whatsapp, sans instagram ? » Le grand-père répondit « exactement comme votre génération vit aujourd’hui, sans respect, sans prières, sans valeurs, sans personnalité, sans sens du devoir, sans intériorité, sans saveur, sans idéaux, sans humanité, sans vertus, sans but, sans orientation, sans identité…. Nous qui sommes nés entre 1920et 1975,, après l’école, on faisait d’abord nos devoirs et on allait jouer dehors ensuite, avec de vrais amis, pas comme les amis virtuels sur internet, nos parents n’étaient pas riches, mais ils nous offraient et nous enseignaient l’amour, pas des valeurs mondaines et matérielles.Nous n’avions ni portables, ni DVD, ni Playstations, ni Xbox, ni jeux vidéos, mais on avait de vrais amis.
    Nous sommes une génération unique et plus avisée, car nous sommes la dernière à avoir écouté nos parents et la première à avoir dû écouter nos enfants !!! Nous sommes une édition limitée…Nous avons traversé 8 décennies, 2 siècles, 2 millénaires. Nous sommes passé du téléphone filaire aux appels vidéos,aujourd’hui nous transportons des gigaoctets et mégaoctets dans nos poches ! Nous avons connu une enfance analogique et une vie adulte numérique. Nous sommes un peu du genre « j’ai tout vu ». Notre génération a vécu et vu plus que n’importe quelle autre, dans toutes les dimensions de la vie et s’est vraiment adapté au monde !!!  » (message anonyme reçu sur Whattsapp )

  2. 73 ans je constate de pus en plus d’abu de faibllesse ;;;les gens s’imagine que les gens ages sont senile

  3. Chez nous, un vieil adage dit : « On est apaisé quand on n’a plus forcément besoin des autres pour passer ses journées. »
    Cet adage exprime une forme de puissance tranquille qui dérange les systèmes fondés sur la dépendance sociale.
    Et si la souffrance liée à la solitude n’était pas innée, mais culturellement construite ?
    Une personne seule et apaisée échappe à de nombreux mécanismes économiques : elle achète moins pour compenser un vide, consomme moins de divertissements, de voyages, de gadgets… Elle n’est pas une cible facile pour les industries pharmaceutiques, du couple, de la fête, du bien-être social…
    La solitude devient souffrance parce qu’on nous conditionne à la craindre. Si, dès l’enfance, on cultivait l’autonomie affective et la richesse intérieure, le grand âge ne serait pas synonyme de manque, mais de continuité.
    Ce qui fait mal, ce n’est pas l’absence, c’est l’habitude de la présence. Quand toute une vie est construite autour de fêtes, de divertissements et de relations constantes, leur disparition devient un drame.

  4. Réponse à Monic29 plus bas. Je vais avoir 83 ans, veuve, trois enfants à l’étranger et heureux. Je le suis aussi car grâce à internet nous nous voyons souvent et papotons tous les jours. J’ai beaucoup de chance d’avoir cette petite famille unie qui ne sait que faire pour me faire plaisir. Mais je suis d’un autre siècle…

  5. Tellement vrai qu’après 70 ans on n’opère plus de la prostate un vieux et on le laisse crever d’un cancer de la prostate…. ça coûte trop cher er faut payer ça aux étrangers avec l’AME.

  6. Les vieux, sacrifiés sur l’autel du progressisme. Comment peuvent-ils comprendre une société qui s’évertue d’angliciser tout ce qui tombe sous le joug des bien-pensants ? Les vieux mis à l’écart.
    Les vieux : Comment peuvent-ils s’adapter à une administration qui ne voit que par le mobile ? Sans mobile , la relation avec ces administrations devient le parcours du combattant. Et quand bien même ils le possèderaient, son exploitation ne leur est pas toujours évidente compte-tenu que nos informaticiens ne font pas dans la simplicité.

  7. Bien rappeler( au besoin ressasser) à nos vieux , que même s’il ne leur reste plus grand chose, il gardent un bulletin de vote et que pour l’instant ,il ne leur est pas interdit de s’en servir .

  8. Merci pour ce magnifique « résumé » d’une « réelle réalité »! Il manquerait peut-être que, après avoir contribué au « fonctionnement » de la France, ils demeurent aussi des « agents » économiques qui font vivre, soutiennent, de nombreuses professions et des industries…S’il n’y a plus ni de « vieux » ni de « malades & co », de nombreux pans de l’économie vont s’effondrer. Le « viellissement » est de fait, un capital « inépuisable » (!) et un agent non négligeable sur le plan « économique »! Au-delà de permettre la survie de diverses professions, il y a les diverses cotations boursières et les gains des « boursicoteurs » de diverses entreprises! Le « vieillissement » (inéluctable !) et les « maladies » (!??) sont des « mines d’or/diamant & co » des « puits de pétrole » (tarissables) pour des « géants » () qui ont « calculé » (raisonnement mathématique douteux ??) leurs bénéfices à « court terme »! En résumé, au-delà d’une « ode funèbre », il serait peut-être utile de les considérer comme pourvoyeurs de richesses !

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