8 décembre 1722 : décès de la princesse Palatine, la « commère du Grand Siècle »

À Versailles, tous ne cessaient de dire que « Monsieur est très Madame et Madame est très Monsieur ».
Portrait_of_Elisabeth_Charlotte_of_the_Palatinate,_Duchess_of_Orléans_(Rigaud,_1713)

Le 8 décembre 1722 le royaume de France perdait l’une des personnalités les plus attachantes et improbables de la cour de Versailles : Élisabeth‑Charlotte de Bavière, mieux connue sous le nom de Princesse Palatine, de duchesse d’Orléans ou encore de belle-sœur du Roi-Soleil. Figure à la fois attachante, sincère et sans détour, elle apporta à la cour de Versailles un ton rare de franchise, mêlé à une plume acérée. Madame de Maintenon en fit les frais. En effet, l’épouse morganatique de Louis XIV devient ainsi, sous la plume de Madame, « la vieille conne » ou encore « l’ordure du grand homme ». À travers ses lettres, elle offre ainsi un regard sans fard sur la vie de cour, les intrigues et les personnalités de l’époque. Comment diable une telle personnalité est-elle devenue l’une des voix les plus mémorables du Grand Siècle ?

De princesse Palatine à Madame

Originaire du Palatinat, Élisabeth-Charlotte est née au château de Heidelberg, le 27 mai 1652. Surnommée Liselotte, elle est élevée selon les préceptes de Montaigne et de Rabelais, lui faisant apprécier la nature et la liberté. Cependant, avec le temps, l’enfant laisse place avec le temps à une jeune femme qui devient vite l’objet de convoitises. En effet, son mariage avec une puissance d’Europe assurerait la neutralité du Palatinat avec le pays choisi. Le Roi-Soleil, souvent en guerre contre l’empire des Habsbourg, profite ainsi de cette occasion rêvée. Louis XIV organise alors le mariage de son jeune veuf de frère, Philippe d’Orléans, dit Monsieur.

Les noces ont lieu le 19 novembre 1671, jour fatidique où la Princesse Palatine laisse place à Madame. Cependant, ce nouveau couple est bien des plus improbable. En effet, nul à Versailles n’ignore que le frère du roi préfère le maquillage et la couche du chevalier de Lorraine plutôt que celle de son épouse. Cette dernière, de son côté, n’hésite pas à monter à cheval pour accompagner Louis XIV à la chasse. L’historien Jean-Christian Petitfils décrit ainsi ce couple, dans son livre Le Régent, comme « un hermaphrodite marié à une amazone ». À Versailles, tous ne cessent alors de dire que « Monsieur est très Madame et Madame est très Monsieur ». Néanmoins, cet état de fait ne les empêcha pas d’accomplir leur devoir conjugal, donnant ainsi à la France trois enfants, dont le futur Régent. Cette descendance fonda ainsi la branche des Orléans toujours existante aujourd’hui, et incarnée par la personne de l’actuel comte de Paris, Monseigneur Jean d’Orléans.

Une plume acérée

Cependant, lassée des intrigues de la cour de Versailles et des remarques qu’on peut lui faire sur son caractère ou son physique, Madame passe souvent du temps en sa demeure du château de Saint-Cloud. Pour s’occuper, elle s’adonne alors à l’écriture et commente tout ce qui se passe dans le palais du roi. 60 000 lettres seront ainsi produites sous sa plume. Ses dernières ne manquent pas alors d’un certain style. Qu’on en juge : Élisabeth-Charlotte n’hésite pas ainsi à surnommer le comte de Toulouse, « le bâtard légitimé du roi » et Madame de Montespan, « la chiure de la souris ». Elle ne mâche pas non plus ses mots lorsqu’elle évoque sa propre belle-fille dont elle dit qu’elle « ressemble à un cul comme deux gouttes d’eau ». La Palatine n’est pas avare de mots et n’hésite même pas à se décrire en ces termes : « Ma taille est monstrueuse, je suis carrée comme un dé, la peau est d’un rouge mélangé de jaune, je commence à grisonner, j’ai les cheveux poivre et sel, le front et le pourtour des yeux ridées, le nez est de travers […] les joues ; je les aie pendantes, de grandes mâchoires, des dents délabrés […] voilà la belle figure que j’ai ! ». Comme le dit si bien Madame pour elle-même : « je suis trop franche pour écrire autrement que je ne pense ».

Une fin solitaire pour un grand esprit

À la fin de son existence, Madame n’a plus beaucoup de joies. En effet, son cher Palatinat est ravagé par les campagnes militaires menées par son propre beau-frère. Le château de son enfance à Heidelberg en paye ainsi le lourd tribut et porte encore aujourd’hui les stigmates des guerres du Roi-Soleil. Son mari, Monsieur, ne lui laisse également que des dettes à sa mort en 1701. Cette situation fait alors craindre à Élisabeth-Charlotte d’être obligée de s’exiler au couvent. Néanmoins, Louis XIV, appréciant sa chère belle-sœur, l’aide à maintenir son train de vie en accord avec son rang. Celle qui fut surnommée la « commère de la cour de Versailles » s’éteignit le 8 décembre 1722 en son château de Saint-Cloud avant d’effectuer son dernier voyage vers la nécropole des Rois de France, à Saint-Denis.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Le roi appréciait sa franchise et outre le fait qu’elle avait un petit faible pour lui il supportait bien ses outrances

  2. Le féminin de Trump. Je me demande ce que la Princesse Palatine écrirait aujourd’hui sur Macron et autres personnalités politiques.

  3. Ce qui est intéressant avec elle, c’est qu’elle est sans filtre. Elle débarque à la Cour comme sur la planète Mars. Versailles est le palais des glaces comme celles des maisons de plaisir. Bon sens paysan et plume d’une correspondante au meilleur point d’observation de la Cour. Le roi l’aimait pour sa franchise, preuve d’intelligence. Il n’était pas dupe sur ses courtisans, tenus en bride par l’étiquette, instrument de son absolutisme. Rien donc de malveillant chez elle, aucune volonté de nuire, plutôt une morale. Il en fut autrement pour Bussy-Rabutin qui paya par l’exil son « Histoire de la Gaule amoureuse ». Un scandale à l’époque. Rien à voir avec St Simon dont les  » Mémoires » parurent beaucoup plus tard.

  4. Merci pour cette article très intéressant sur la Palatine qui a eu bien du mérite, avec un physique pareil et un mari en dessous de tout. Louis XIV fût un roi peu commun, il avait le sens de la famille, notion très nouvelle pour l’époque. La Palatine nous a donné le régent, homme aimant la vie dans tous les sens du terme, on dirait aujourd’hui que c’était un dépravé, mais il fût un régent extraordinaire, qui sut garder le royaume en état de marche jusqu’à l’avènement
    de louis xv.

  5. « la vieille conne »? Plutôt « la vieille guenippe » au XVIIème siècle! Il faut l’admirer d’avoir giflé, en pleine Galerie des Glaces et devant toute la cour, son fils très aimé le futur Régent qui venait de s’incliner devant l’ordre du roi d’épouser une de ses bâtardes légitimées.

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