8 septembre 1855 : la France triomphe de la Russie à Malakoff
La guerre de Crimée, opposant depuis 1853 la Russie à une coalition formée par la France, le Royaume-Uni et l’Empire ottoman, se transforme rapidement en un siège sanglant autour de Sébastopol. Le 8 septembre 1855, la prise de la tour fortifiée de Malakoff par le général Patrice de Mac-Mahon marque alors un tournant décisif : la citadelle russe tombe, le siège s’achève dès le lendemain et l’issue du conflit se précise. Cet épisode glorieux, immortalisé par la célèbre formule « J’y suis, j’y reste », illustre ainsi la capacité, à l'époque, de la France à rivaliser avec le géant russe et à réaffirmer son prestige sur la scène européenne.
La guerre de Crimée
Le conflit prend ses racines dans la crise dit « des Lieux saints » en Palestine mais également de la volonté du tsar Nicolas Ier d’étendre son influence sur les Balkans au détriment de l’Empire ottoman, surnommé alors « l’homme malade de l’Europe ». La guerre éclate ainsi en 1853 et oppose la Russie aux grandes puissances occidentales, alliées de circonstance des Ottomans, notamment l’Angleterre, soucieuse de préserver sa domination économique et de contenir la puissance russe, et la France de Napoléon III, déterminée à laver l’affront de 1815 et de regagner son rang de grande puissance.
La campagne commence alors par des combats acharnés : l’Alma, Inkermann, Balaklava ou encore la Tchernaïa. En 1854, les Alliés choisissent d’assiéger Sébastopol, symbole de la domination russe sur la mer Noire. Cependant, l’hiver 1854 s’avère être terrible et provoque maladies et privations dans les rangs alliés. Ces derniers ne doivent alors leur survie qu’à l’aide d’une ligne de chemin de fer reliant Balaklava aux positions avancées, qui permet de rétablir l’approvisionnement et de renforcer l’artillerie dès avril 1855.
Le 18 juin, jour anniversaire de Waterloo, une attaque française d’envergure est lancée mais échoue malheureusement. Les Alliés comprennent alors que les assauts frontaux sur Sébastopol seraient trop coûteux en vies humaines et que la clef de la victoire réside sans doute dans la forteresse de Malakoff, dominant la rade et verrouillant l’accès à la ville. Dès lors, tous les efforts militaires convergent vers ce bastion redouté.
La clef de la victoire
La « tour Malakoff », ainsi nommée par les Français, n’est en réalité qu’une tour arasée qui domine une vaste fortification, appelée Kornifoff par les Russes. Elle dispose alors de quatre lignes de défense intérieures et d’une unique ouverture vers Sébastopol. Ses fossés profonds de six mètres, ses parapets élevés et ses batteries de canons en font une position quasiment imprenable.
C’est pourtant l’exploit que le général Mac-Mahon décide de tenter, le 8 septembre 1855. Vers midi, ses zouaves se lancent ainsi à l’assaut du bastion. Sous une pluie de balles et d’éclats, ils franchissent le fossé, escaladent les parapets et engagent les Russes dans de dangereux combat au corps à corps. Ils découvrent aussi un danger inattendu : la poudrière reliée par des fils électriques, que les Russes s’apprêtaient à faire sauter. L’intervention rapide des assaillants évite un véritable désastre.
Selon la légende, Mac-Mahon, voyant ses hommes solidement établis, les aurait rejoints et, grimpant sur la plus haute tour de la forteresse, aurait alors crié au général russe Todleben : « J’y suis, j’y reste ! » Cette phrase, reprise en France comme un cri de victoire et de détermination, symbolise alors la ténacité de l’armée française. Le soir même, les Russes, conscients que leur défaite est inévitable, évacuent Sébastopol après avoir, comme à Moscou en 1812, appliqué la politique de la terre brûlée en incendiant tout ce qui pourrait être utile à l’ennemi.
L’issue du siège
Le 9 septembre, Sébastopol, immense et en partie en flammes, tombe néanmoins aux mains des Alliés. La victoire française est alors saluée dans toute l’Europe. Le général Pélissier est élevé à la dignité de maréchal de France par Napoléon III, le 12 septembre, et reçoit le titre de duc de Malakoff. Mac-Mahon, promis à une brillante carrière, obtiendra à son tour le bâton de maréchal et le titre de duc de Magenta après la bataille éponyme de 1859.
La chute de Sébastopol ouvre également la voie à la fin de la guerre. En effet, en février 1856, un armistice est signé, suivi en mars par le traité de Paris actant la défaite de la Russie. Cette guerre, au plan humain, aura cependant coûté très cher, à la France : 95.000 soldats tués, dont une majorité par maladie, soit le tiers des forces que la France engagea dans ce conflit.
En France, la prise de Malakoff devient rapidement un symbole de gloire nationale pendant des décennies. Pour cela, on donne alors son nom à de nombreux lieux. Ainsi, la commune de Malakoff, fondée en 1843 près de Paris, finit par prendre son nom en hommage à cette victoire en 1883. De même, le pont de l’Alma et la station de métro Alma-Marceau commémorent la première grande victoire des Alliés, remportée en septembre 1854. Ces lieux demeurent ainsi l’écho de cette guerre et de cette grande victoire dans notre mémoire collective.
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22 commentaires
En tant que Franco-Russe, je ne célébrerai pas plus la victoire française de Malakoff que je ne célèbre la victoire russe de Borodino quarante ans plus tôt sur les troupes françaises. Nos peuples ont vocation à être alliés, pas à s’affronter inutilement. Hélas, l’histoire se répète actuellement. Vive la France, vive la Russie et vive l’amitié franco-russe.
Guerre injuste, et victoire inutile à long terme
Absolument d’accord avec vous…
En cherchant bien, nous avons surement donne une raclée aux Russes en footballe, aux dominos, au saut en hauteur et plein de trucs en plus…..
Austerlitz par exemple.
Boulevard de Sébastopol, Avenue Malakoff, Rue de Crimée, Métro Crimée, Commune de Malakoff. Rien que ça ! La France était en guerre (avec l’Angleterre … et le Piémont-Savoie) en Ukraine ! contre l’Ukraine ?
Contre la Russie qui avait domination sur l’Ukraine et la Pologne…
Une période de l’histoire que je ne connaissais pas . J’avoue que j’ai un peu de mal avec ces périodes de la restauration , Louis XVIII et Charles X ou du second empire Napoléon III. Merci pour cet article très instructif. Parfois on peut en apprendre beaucoup en s’interrogeant sur les noms de villes tels que Kremlin Bicêtre , Montrouge , toutes proches de Malakoff .
Très belle rubrique, à laquelle il manque cependant… l’essentiel. Le tsar Nicolas Ier voulait effectivement étendre son influence sur l’empire ottoman agonisant, mais surtout exaucer le voeu millénaire de la Russie : occuper les détroits. C’est uniquement pour cela que l’Angleterre entra en guerre, entraînant à sa suite une France avide de venger Waterloo. N’oublions jamais ce voeu, encore poursuivi par Poutine de nos jours sous une forme différente (embrasser la Turquie pour mieux l’étouffer).
Mais quelle honte déjà et quelle preuve de l’imbécilite profonde de Napoléon III en matière de politique étrangère. ! S’allier aux pires régimes musulman pour contrer le mouvement d’émancipation des balkans contre ces tortionnaires turcs .Et tout cela pour consolider l’empire de la perfide Albion trop contente de voir ces idiots de français faire couler leur sang à la place de celui de leurs troupes !…Il faut espérer que devant la répétition de cette folie meurtrière, l’histoire renverra notre nation si mal gouvernée dans le cercueil qu’elle s’est elle-même construit.
On est dans les débuts de l’entente cordiale, et ne pas croire que les Anglais s’en soient sortis sans casse (la Charge de la Brigade légère) …. Mais surtout c’est la montée de la Prusse qui inquiète. L’unité allemande se dessine. Autant être amis avec les Anglais. Et dans 15 ans ce sera Sedan.
Ce qui est cruel dans cette affaire, c’est que les Anglais et les Français feront, quelques décennies plus tard, d’immenses et vains sacrifices pour tenter de secourir les Russes en s’emparant des détroits défendus par les Turcs et les Allemands. La terrible affaire des Dardanelles est un bien étrange miroir de cette guerre de Crimée contre la Russie. Et si les Dardannelles avaient été prises, la face du Monde d’aujourd’hui ne serait pas la même ….. Constantinople s’appellerait toujours Constantinople et Sainte Sophie serait encore une Basilique chrétienne … Et Poutine serait un ministre du Tzar Nicolas V !
Célébrer des massacres, très peu pour moi !
On cherche en vain des victoires républicaines.
Les Rois et Empereurs ont fait la grandeur de la France. Les Républiques ont à leur passif deux guerres mondiales, les guerres décoloniales et maintenant la guerre UKraine-Russie qui nous ruine. C’est un constat, juste un constat.
Les empires français se sont terminés dans les désastres de Waterloo et Sedan.
La république a gagné la première guerre mondiale, et était victorieuse à l avènement de Napoléon 1 er…
Quand la France voulait elle pouvait.. Le jour où la Nation voudra, à nouveau, et aura les coudées franches à Bruxelles et dans les urnes (referendum, nouvelle constitution), elle pourra à nouveau.
Elle pourra quoi ? Recoloniser la Chine ?
Au moins ,maintenir ses territoires ultra marins dans le giron de la France. La France, deuxième puissance maritime mondiale !
Ce qui nous donne quelques atouts . Encore faut-il que les principaux concernés en soient conscients et ne tombent pas dans l’éternel piège gauchiste de la repentance éternelle contre l’intérêt de notre propre pays .
La repentance, une spécialité bien franco française et unique au monde .
Il est vrai que les pays arabes n’ont rien à se reprocher , ni les américains , ni les australiens , ni les nouveaux zélandais , ni les peuls ,etc …
La France et ses alliés pourraient ils répéter un petit »Malakoff » en Ukraine? Macron n’est certainement pas Napoléon III et on peut se poser la question à savoir si notre peuple aujourd’hui comprend les enjeux de cette guerre?
Non seulement elle ne le pourrait pas mais, ne faisant plus d’enfants, elle n’a pas les moyens de pertes aussi lourdes . Quant aux motivations, elles ne sont nullement définies.
Vous avez envie de voir vos enfants aller risquer leur vie pour servir de forces substitutives à l’extension de l’empire …?
Quels empire ? Le nôtre ou celui qui est couvert par l’OTAN ?
C’est 15 ans plus tard que ça s’est sérieusement gâté…