[CINÉMA] Cervantès avant Don Quichotte, la grossière récupération d’Amenábar
Il a écrit le premier roman moderne, le premier à jouer avec les structures narratives traditionnelles, rompant pour de bon avec l’épopée chevaleresque – jugée obsolète – et tenant compte pour la première fois des réalités sociales de son temps. Une œuvre ironique, souvent cruelle, qui introduisit durablement dans la littérature la figure de l’anti-héros. Don Quichotte a eu droit à plusieurs adaptations cinématographiques, notamment par Georg Wilhelm Pabst, puis récemment par Terry Gilliam, mais Miguel de Cervantès, son auteur, n’avait fait l’objet jusqu’à présent d’aucun film biographique. Mis en scène par Alejandro Amenábar, réalisateur de l’excellent Agora (2010), Cervantès avant Don Quichotte avait donc de quoi susciter notre curiosité.
Un récit peu connu
Le film raconte les cinq années d’esclavage de l’auteur passées à Alger, après sa capture par les Barbaresques, en 1575, dans la mer Méditerranée, au moment où, précisément, il retournait en Espagne après la victoire de Lépante. Ayant définitivement perdu l’usage de sa main gauche lors de la fameuse bataille, Cervantès est sur le point d’être massacré par les marchands d’esclaves – des musulmans patibulaires évoquant Daech – mais affirme être proche de don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Un coup de bluff qui lui sauve la mise, puisque Miguel a aussitôt l’insigne honneur d’être enfermé dans les geôles du pacha d’Alger, aux côtés d’autres Espagnols. Sur place, le futur auteur de Don Quichotte se lie au prêtre théologien Antonio de Sosa et comprend rapidement que seule son imagination peut le sauver, d’abord de l’ennui, mais surtout de la cruauté du pacha, un Vénitien converti à l’islam et fanatisé par les Turcs, qui adore écouter ses histoires…
Tourné en Espagne, dans les régions de Valence, d’Alicante et dans les jardins de l’Alcazar de Séville, Cervantès avant Don Quichotte semble, sur le papier, une intéressante proposition scénaristique dans la mesure où cet épisode de la vie de l’auteur demeure assez peu connu. Alejandro Amenábar nous montre, à travers son récit (largement imaginaire), le pouvoir de la fiction et l’ascendant du conteur sur le public qui l’écoute. De quoi évoquer, par moments, Les Mille et Une Nuits…
Cervantès dans le harem…
La comparaison avec le célèbre recueil indo-persan, hélas, ne s’arrête pas là puisque notre jeune Cervantès, sorte de Shéhérazade au masculin, va rapidement taper dans l’œil du pacha d’Alger, tortionnaire islamique au grand cœur, sodomite à ses heures. Une attirance bien évidemment réciproque… « Avec ce film, j’ai eu envie d’explorer un monde sensuel et homoérotique », confesse volontiers le cinéaste, dans son dossier de presse. On ne sait d’ailleurs véritablement si Amenábar jouit davantage de filmer des hommes se faire des câlins dans les harems ou de cette représentation fantasmée d’un islam homo-compatible auquel aimerait tant croire la bourgeoisie d’extrêmegauche…
La figure historique de Cervantès, en fin de compte, s’avère un grossier prétexte pour évoquer des sujets qui ne serviront ni l’auteur ni son œuvre ni, plus largement, la littérature.
Plus vain que révoltant.
1,5 étoile sur 5
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6 commentaires
Il faut qu’ils salissent tout, même la mémoire de ceux, forcément, dans l’impossibilité de se défendre !
Pour ce réalisateur, le roman aurait dû s’appeler Don Quichope et Sancho Couina…
Excellent, bravo Andy!
Ça va faire un tabac dans certains quartiers émotifs.
Encore un film qui va allonger la liste des films sans spectateurs.
Quoi que, vu le sujet…
Bof quelques wokistes c’est tout mais surement pas moi.