[CINÉMA] Nouvelle Vague, l’hommage de Richard Linklater à Jean-Luc Godard

Ce film expose un courant cinématographique qui se construisit sur le mépris du cinéma classique des années 30.
®JeanLouisFernandez
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Peut-on valoriser un film dont on exècre l’objet ? Oui, absolument. La preuve par Nouvelle Vague, de l’Américain Richard Linklater (Rock Academy, A Scanner Darkly, Boyhood).

Aboutissement de dix années de réflexion de Linklater avec les scénaristes Holly Gent et Vince Palmo, Nouvelle Vague nous raconte, en 1959, les tribulations de Jean-Luc Godard, critique impitoyable aux Cahiers du cinéma, alors impatient de mettre en boîte son premier film, À bout de souffle, devant le succès de ses camarades Claude Chabrol et François Truffaut ; lesquels sont parvenus avant lui à franchir le cap : le premier a réalisé Le Beau Serge, et le second Les Quatre Cents Coups. Le film de Linklater nous fait également côtoyer Raoul Coutard, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Éric Rohmer, Jacques Rivette, Robert Bresson, Jean Cocteau, Jean-Pierre Melville, Roberto Rossellini, Juliette Greco et Agnès Varda.

Ce que fut la Nouvelle Vague

Mais plus qu’un simple panorama de la nouvelle génération du cinéma français des années 60, Nouvelle Vague nous expose, à travers le tournage d’À bout de souffle, les principes moteurs de ce courant cinématographique qui se construisit sur le mépris de la « qualité française » et du « cinéma de papa » ; soit le cinéma classique des années 30 aux années 50-60, celui qui faisait encore consensus dans la société et attirait les couches populaires… Avec la Nouvelle Vague – qui fut « beaucoup plus vague que nouvelle », pour reprendre le bon mot de Michel Audiard –, le modeste réalisateur-artisan d’autrefois cédait la place à « l’auteur », à l’intellectuel, artiste parisien et parisianiste, à l’écoute de soi et de ses désirs qui, sous couvert de spontanéisme et d’authenticité, promouvait volontiers une économie de moyens et de main-d’œuvre. De là, la réduction drastique des équipes techniques, souvent d’origines ouvrières, qui assuraient auparavant un certain consensus idéologique au sein des productions françaises…

Avec la « politique des auteurs » promue par la Nouvelle Vague, le cinéaste devenait alors aussi légitime qu’un écrivain, un intellectuel ou un sociologue à aborder tous les sujets de société, souvent sous un prisme jeuniste ou libertaire. De quoi ouvrir la voie au cinéma militant des années 70, foncièrement déconnecté du peuple, et à celui de propagande (puisque financé massivement par l’État) des années 80 à aujourd’hui. Bien évidemment, le public français déserta progressivement les salles…

Un film paradoxal

Non conscient de toutes ces implications, Linklater se laisse fasciner par son sujet comme un étudiant de première année et nous montre, l’air de rien, la réalité d’un tournage mené par Jean-Luc Godard…

Hautain, prétentieux, ce dernier ne respecte aucun planning, balaye avec dédain les inquiétudes de son producteur, écrit son scénario au jour le jour, sans le moindre respect pour ses comédiens, et n’en finit pas de se saouler de lui-même avec ses aphorismes faciles et ses propos sentencieux… Le tout pour un thriller foutraque et indigeste, mi-yéyé mi-sartrien, qui n’existe que pour servir son « auteur ».

Réussi, selon les critères qu’il s’est fixés, fidèle dans sa reconstitution du tournage et de ses anecdotes (les acteurs sont tout simplement bluffants), Nouvelle Vague repose néanmoins sur un paradoxe non négligeable entre sa forme hyper-exigeante et rigoureuse et sa défense d’un courant cinématographique hostile à tout formalisme…

 

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Godard ? Bof.
    Le « cinéma-de-papa » comme l’appelaient avec mépris les tenants de la Nouvelle Vague méritait autre chose que ce dédain. Je doute qu’on se précipite sur les films de Godard aujourd’hui, à part peut-être A bout de souffle. Et si Truffaut résiste (leur amitié n’a pas résisté longtemps), c’est qu’il avait trouvé, pour son inspiration, quelque charme à ce cinéma d’antan,
    Comme disait Michel Audiard, « la Nouvelle Vague, elle est plus vague que nouvelle »

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