[VIVE LA FRANCE] « Un pays extrêmement généreux et hospitalier »

En traversant la France à pied, la famille Brès a découvert la richesse de ses terroirs et la bonté de sa population.
@Galorbe
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Après un « coup du sort » qui les a laissés dans un vide professionnel et social, Justine et Romain Brès décident de parcourir « la diagonale du vide » (aujourd'hui appelée « diagonale des faibles densités »), dénomination appliquée à la bande de territoire qui relie les Ardennes aux Pyrénées. Durant quatre mois, d’avril à août 2024, de Sedan à Saint-Jean-Pied-de-Port, ils ont marché 1.550 kilomètres avec leur nouveau-né, Homère, découvrant les paysages et les villages français. Ce voyage, dont ils livrent le récit dans leur ouvrage Une famille en chemin (Transboréal), leur a permis de rencontrer leurs compatriotes et d’expérimenter une hospitalité inattendue. Pour BV, ils reviennent sur ce périple qui les a transformés.

« Une diagonale de l’amour »

En quittant leur vie conventionnelle à Paris, Romain et Justine pensaient pouvoir s’évader loin du monde, ne demandant rien à personne, recherchant « les sentiers désertés pour cheminer ». Mais le réel les a rattrapés, et pour le meilleur, car dans les Ardennes, sous une pluie battante qui durera trois mois, ils n’auraient pu affronter seuls les chemins boueux, une poussette au bout des bras. « Nous étions vulnérables face aux éléments », témoigne Justine. Rapidement, le couple a compris que leur traversée ne se ferait pas sans l’appui de leur prochain, et d’autant plus avec un bébé âgé de trois mois. « Le rapport s’est inversé : nous n'avons plus fui notre prochain mais au contraire, nous sommes allés à sa rencontre car on avait besoin de lui », explique Romain. S’ouvrant à l’autre, ils ont découvert la générosité inconditionnelle de leurs compatriotes : « On nous a tendu la main tout le temps, tous les jours, on nous offrait le gite et le couvert, du temps, de la sollicitude », raconte Justine, encore touchée par cet accueil inattendu. « Sur 122 nuits dehors en France, 2 nuits seulement sous tente », précise Romain.

Imprévue, la rencontre est devenue un élément essentiel du voyage, une sorte d'« addiction », ou plutôt une « thérapie », avoue-t-il. Partis de la capitale « blessés par l’humain », ils ont pu se réconcilier avec l’altérité. « Ces personnes-là nous ont donné tellement d’amour que cette diagonale du vide a été [...] une diagonale de l’amour », résume Justine. La famille Brès affirme ainsi avoir « découvert un pays extrêmement généreux, ouvert, hospitalier » : il n’y a donc pas qu’à l’étranger que l'on peut goûter à cette bonté. Sans terme de voyage fixé, le couple a pris le temps de découvrir ceux qui croisaient leur route : « des personnes extrêmement différentes, des profils variés, de tous les âges, de toutes les classes sociales, qui exerçaient des métiers divers », racontent-ils. Ils ont tous accueilli Romain et Justine les bras ouverts. En retour, le couple offrait leur écoute attentive et les cris de vie d’Homère. « La joie qu’il procurait », témoigne sa mère, donnait à ces rencontres intergénérationnelles une émotion particulière.

Patrimoine, traditions et paysages

Ils en sont maintenant convaincus : l’aventure en France, c’est possible ! Romain et Justine ont été émerveillés par la diversité et la richesse des paysages : « On peut voir des plaines désertiques, des forêts, des océans, des mers », raconte la jeune maman. Le couple a l’impression d’avoir traversé non pas « un pays mais plusieurs » parce qu’ils ont « retrouvé dans la diagonale du vide, les vieilles provinces, parfois médiévales, avec leur spécificité », expliquent-ils à BV. La diversité des régions s’exprimait notamment à travers les différences d’architecture, d’environnement, mais aussi des langues et des spécialités culinaires. Romain évoque le passage de la cathédrale en calcaire de Condom (Gers) à celle d’Eauze en brique rouge, à peine 30 kilomètres plus loin. La pierre fait basculer dans une autre atmosphère, « l’architecture annonçait les changements de province », résume le jeune voyageur. Ils se sont parfois sentis dépaysés, tant la langue et ses expressions changeaient : ils ont par exemple découvert « la beuquette », cet œil-de-bœuf sur les façades des maisons ardennaises qui permet d’espier les passants sans être vu. Néanmoins, une partie du patrimoine reste fragile et ne demeure que grâce à la bonne volonté des habitants locaux qui la font vivre.

Un peuple engagé envers son terroir

La famille Brès a été touchée par l’attachement et l’engagement de ces Français envers leur territoire, parfois délaissé. En effet, la « diagonale des faibles densités » souffre de la fuite de certains services publics, notamment des hôpitaux : « Dans le Morvan, des femmes sont obligées de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour aller accoucher, ce qui fait que certaines accouchent dans leur voiture », raconte Justine. Il y a aussi le cas des écoles qui ferment pour être regroupées : « En dessous de sept habitants au kilomètre carré, les écoles ferment », précise Romain, ajoutant qu'il y a un « effet domino », car d’autres institutions disparaissent par la suite. Cette réduction des services inquiète parfois la population locale, et notamment les édiles, mais la détermination et l’engagement de ces habitants demeurent inébranlables. « Il y a, au sein de ces personnes, cette force qui pousse à multiplier les bonnes actions », explique Romain.

Avec une certaine « combativité », ces habitants travaillent à protéger et défendre leur patrimoine : « On a trouvé des personnes très dynamiques pour faire renaître, par exemple, des races d'élevage indigènes, comme le roux ardennais, un mouton qui était menacé de disparition », racontent-ils. « Beaucoup d’engagement, mais jamais de résignation », ajoute Justine. Ils ont notamment été frappés par « la résilience » de certains commerçants qui s’occupent de plusieurs commerces à la fois : « Ils jonglaient entre sept ou huit activités différentes et tout reposait sur leur bonne volonté. » Le couple a rencontré une diversité d’acteurs, de l'agriculture intensive aux néo-ruraux herboristes, « deux extrêmes, qui se parlent parfois difficilement mais qui ont chacun un amour pour leur métier, pour leur terre », raconte Romain. D’après Justine, aussi divers soient-ils, ces habitants ont tous en commun un certain « bon sens » : « Les familles prenaient soin les unes des autres, prenaient le temps d’être altruistes envers leur prochain », décrit-elle.

Le couple a notamment été touché par l’harmonie constante et continuelle entre l’habitant et son environnement. « Cette harmonie est visible partout, dans le soin qui est porté aux champs qui sont travaillés, aux forêts qu’on a pu traverser, aux GR entretenus : il n’y a aucun gaspillage. » Ce profond respect, à la fois des paysages géographiques et de l’homme dans son environnement, a été une source d’inspiration, pour le couple Brès. Tous les deux en reconversion, ils expliquent avoir besoin de sens et de concret : « Je pense qu’on a trouvé de l’inspiration sur la route, et qu’aujourd’hui, on a envie d’être utiles tout en travaillant de nos mains », précise Justine, qui se forme à la thanatopraxie. De son côté, Romain est apprenti boucher : il souhaite « contribuer à maintenir ce lien entre l’assiette et la ferme en répétant des gestes ancestraux », partage-t-il à BV. Il s’applique ainsi à recevoir cet « art français, ce savoir-faire précis » qu’est le métier de boucher, une façon, pour lui, de « rendre hommage à tout ce patrimoine », explique-t-il. Installée dans le Pays basque depuis peu, la jeune famille démarre une vie nouvelle, transformée par ce voyage à travers la France. Un voyage qui prend tout son relief dans Une famille en chemin, disponible dans les librairies de la « diagonale du vide » et d'ailleurs !

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Ombeline Marignane
Etudiante en journalisme.

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Oui, la France est belle partout. Les paysages, la diversité des architectures, de. la Gastronomie.
    La preuve ! Ceux qui crachent sur la France, ne veulent pas la quitter !

  2. Bel hommage d’amour à notre pays et à sa population enracinée quelque part (les « somewhere »), certes à ne pas idéaliser mais à ne pas confondre avec les « anywhere » modernes. Ceux qui oublient leurs racines ne voleront pas très loin ni très longtemps…

  3. Ce périple me rappelle celui de Jacques Clouteau et son âne Ferdinand.
    Ils ont parcouru 900 kilomètres, de Noirmoutier à Tournus, sur les traces de Saint Filibert, dont les restes étaient déplacés de monastère en monastère, fuyant l’avancée des Normands.
    Tout cela est consigné dans « Le dernier voyage de Filibert ».
    Un régal

  4. Et pourquoi pas ?
    Voyez Sarko : trois semaines en cabane, donc nourri logé – blanchi, je ne sais pas – et il fait un carton avec son livre écrit tellement vite que je me demande s’il ne l’avait pas préparé à l’avance.

  5. Donner du sens à sa vie, prendre conscience de celles d’autrui, apprendre ce que vivent ses semblables pour enfin s’établir est un raccourci vécu à cent à l’heure de ce que l’on pourrait apprendre en plusieurs décennies. Je trouve cette escapade en France digne des aventures modernes les plus nobles. Sans besoin d’aller chercher à des milliers de kilomètres l’exotisme tant vendu à coup de journaux télévisés ou de revues spécialisées, cette démarche de Justine et Romain Brès est des plus nobles qu’elle évacue d’un vécu, tout l’espoir que le peuple français possède contrairement à cet image désastreuse qu’entretien une gauche revancharde. Bonne vie à ce couple.

  6. Les africains ont découvert ça bien avant eux, ils aiment tellement la France que maintenant ils sont partout et ils nous trouvent tellement accueillants qu’ils ne veulent pas repartir chez eux. Par contre ils marchent beaucoup moins que ce couple, juste un peu pour aller au distributeur retirer de l’argent avec la carte bleue si gentiment offerte par ces français si sympathiques.

    • Et pourquoi pas ?
      Voyez Sarko : trois semaines en cabane, donc nourri logé – blanchi, je ne sais pas – et il fait un carton avec son livre écrit tellement vite que je me demande s’il ne l’avait pas préparé à l’avance.

  7. … Mais de doux rêveurs, il faut être un peu inconscient pour se lancer dans un tel périple avec un enfant en bas âge et sans avoir planifié quoi que ce soit ni avoir assuré ses arrières, à moins que l’on ne sache pas tout
    Le quotidien devait tout de même être angoissant mais ils semblaient être confiants dans les gens.
    Quant aux métiers et motifs choisis pour leur reconversion, ils relèvent à mon avis de la pure idéologie.

    • Vous n’êtes qu’un rabat joie , a la campagne les gens sont plus ouvert que dans les villes ou tout le monde ce fait la gueule ou reste sur la défensive devant les agressions et autres méfaits d’une délinquance qui monte inexorablement , tant les pouvoir publique sont totalement absent pour la combattre.
      Beaucoup d’autres personnes sont dans leur cas , ont fuient les villes pour trouver leur bonheur après une reconversion dans les campagnes.

    • La preuve que non…
      Ces gens ont finalement émigré de leur capitale, comme s’ils allaient dans un autre pays : j’ai cru que l’article allait nous parler d’africains venus chez nous, le pays « néo-nazi au racisme systémique d’État »…
      Absolument magnifique ! A offrir et à s’offrir pour Noël ! Allez, tout le monde en librairie ou sur vos sites d’achat en ligne !!! FAITES EXPLOSERCLES COMPTEURS DE VENTES !!!

    • La preuve que non…
      Ces gens ont finalement émigré de leur capitale, comme s’ils allaient dans un autre pays : j’ai cru que l’article allait nous parler d’africains venus chez nous, le pays « néo-nazi au racisme systémique d’État »…
      Absolument magnifique ! A offrir et à s’offrir pour Noël ! Allez, tout le monde en librairie ou sur vos sites d’achat en ligne !!! FAITES EXPLOSER LES COMPTEURS DE VENTES !!!

  8. Une bonne famille, avenante, curieuse, sens du civisme, de l’effort, souriante, éduquée…c’est sûr que ça contraste avec d’autres!

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