[HISTOIRE] 25 novembre 885 : les Vikings mettent le siège devant Paris

Ce siège est un tournant. Les Carolingiens vacillent au profit de nouveaux prétendants au trône de Clovis.
@wikimedia commons
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L’hiver de 885 marque l’un des épisodes les plus dramatiques du haut Moyen Âge, pour le peuple des Francs. En effet, cette année-là, une grande flotte de drakkars, ornés de leurs proues sculptées censées effrayer les pauvres âmes les voyant, remonte la Seine dans l’espoir de piller et ravager la Francie occidentale. Cependant, une cité barre leur route et leur résiste avec acharnement : Paris. Déjà éprouvée par plusieurs attaques vikings au cours du siècle, la ville s’apprête à démontrer une nouvelle fois sa résilience. L’affrontement qui s’engage alors, au-delà d’un simple raid, devient un moment charnière où le pouvoir des Carolingiens régnants va s’affaiblir en faveur de nouveaux prétendants au trône de Clovis.

Un siècle de pillages

Les incursions scandinaves se multiplient, depuis le début du IXe siècle. Pendant de longues décennies, des bandes vikings exploitent ainsi les divisions internes du royaume franc et la richesse des cités et abbayes installées le long des fleuves pour piller, établir des bases permanentes et lever des tributs. En 885, une expédition d’envergure se rassemble à Rouen avant de remonter la Seine vers Paris, cité stratégique par ses ponts, ses abbayes et sa position centrale. Cette armée païenne réunit plusieurs chefs nordiques venus chercher fortune et prestige. Néanmoins, si Paris attire tant leur attention, elle n’est pas le but final de leur projet. En effet, elle n’est que la porte qui ouvre la voie vers des terres plus prospères situées en amont de la Seine, notamment la Bourgogne, et qui n’attendent qu’à être pillées comme on cueille un fruit bien mûr sur un arbre.

Le 25 novembre 885, la flotte viking apparaît devant Paris, alors concentrée principalement sur l’île de la Cité et protégée par de solides fortifications, tandis que quelques hameaux, abbayes et églises occupent encore les rives comme à Saint-Germain-des-Prés ou Saint-Germain-l'Auxerrois. Après avoir pillé ces lieux, les assaillants dressent leurs campements autour de la ville, coupent les voies de communication, ravagent les campagnes voisines pour s’approvisionner et multiplient les assauts contre Paris. Face à une telle armée, les Parisiens organisent une forte défense et repoussent à chaque fois les attaques menées par les Vikings, que cela soit par la terre ou par le fleuve.

Parmi les sources disponibles, le témoignage d’Abbon, un moine de Saint-Germain-des-Prés, relate à travers des poèmes le récit du siège. Bien qu’il exagère sans doute lorsqu’il évoque 30.000 guerriers venus du Nord à bord de 700 navires, il offre néanmoins un récit précieux sur la détermination des défenseurs et la violence des combats.

Eudes de Paris contre Siegfried le Danois

Au milieu de cette tourmente, le comte Eudes de Paris s’impose comme le chef naturel de la cité et de ses habitants. Héritier d’une lignée prestigieuse, il coordonne la défense avec Gauzlin, l’évêque de Paris, dont la parole religieuse soutient la population éprouvée et ravagée par les épidémies qui s'installent. Eudes organise aussi la distribution des vivres, dirige les troupes et inspire à ses soldats une résistance inébranlable.

En face se tient Siegfried, un chef viking mentionné dans plusieurs récits. Ce Danois dirige les opérations d’assaut mais sait aussi négocier lorsque la situation l’exige. Son portrait révèle un meneur pragmatique, plus stratège que simple pillard assoiffé de sang et d’or, exigeant néanmoins que Paris se rende et laisse passer ses navires. Comprenant que la situation devient intenable, Eudes parvient à quitter discrètement la ville afin de solliciter l’aide de l’empereur Charles le Gros, l’arrière-petit-fils de Charlemagne.

Payer plutôt que se battre

Après plus d’un an de siège, Charles le Gros finit par intervenir, mais choisit la négociation plutôt que l’affrontement. Il conclut ainsi un accord prévoyant le versement d’un tribut important de 700 livres d’argent aux chefs nordiques et leur autorise le passage vers la Bourgogne, laissée à leur merci. Cette décision, interprétée comme une humiliation, discrédite profondément l’autorité impériale des Carolingiens, tandis qu’elle renforce le prestige de ceux qui ont mené la défense de Paris.

Ainsi Eudes, fort de son rôle décisif et voyant les navires vikings s’éloigner enfin de sa chère cité, aurait presque pu, plus d’un millénaire avant le général de Gaulle, faire résonner des mots semblables à ceux-ci : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » Le comte sort ainsi grandi, auréolé d’un prestige exceptionnel au terme du siège, au point de devenir, en 888, le nouveau roi des Francs et le premier des Robertiens. Il s’agira néanmoins d’un règne court, car dès 889, il sera renversé par Charles III le Simple. Cependant, le mal est désormais fait : les descendants de Charlemagne ne sont plus en mesure de contrôler et de défendre pleinement leur domaine. Un siècle plus tard, la lignée des Robertiens donnera naissance à une nouvelle dynastie régnante à la France : les Capétiens, dont le pouvoir s’exercera pendant près de huit siècles.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Oh que l’histoire est compliquée quand tout se mêle ! Notre raison a raison d’y mettre de la clarté. Vive les autoroutes aux idées claires. Paris ? Les Parisii ou les Parigi ? Celtes ou transalpins ? Et la France, qui porte le nom fondateur d’une tribu germanique ! Combien de fois Rome, mille fois outragée a payé tribut pour être libre. La vérité sort de la bouche des historiens qui sont des grands enfants mais elle ne raconte pas la même chose. Vercingetorix, copain un temps avec César, c’est vrai. Les Bourgeois de Calais, résistants, c’est faux. Plus nous creusons l’histoire et plus nous sommes étonnés mais rien ne remplacera le plaisir de creuser. Ces Vikings venus du Nord et remontant la Seine est un fait avéré en même temps qu’un récit attachant. Le romantisme fluvial aux portes de Paris. Un jour il faudra ecrire l’histoire des villes contre les nations qui veulent les avaler.

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