Archéologie : découverte d’une « tombe-bûcher » en Dordogne

Cette trouvaille nous offre un éclairage sur les pratiques funéraires de l'Antiquité, en particulier en Aquitaine.
Sébastien Thébault, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
Sébastien Thébault, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

Au cœur d’un chantier de fouilles préventives mené sur un terrain de 8.000 m2, en amont d’un projet d’aménagement au lieu-dit La Bourgatie Ouest, à Lamonzie-Saint-Martin en Dordogne, les équipes de l’INRAP, après avoir révélé une occupation du Néolithique au Moyen Âge, ont fait émerger de la terre un vestige inattendu : une « tombe-bûcher » datant du Haut-Empire romain, richement pourvue. Cette découverte exceptionnelle nous offre alors un éclairage nouveau sur les pratiques funéraires antiques, en particulier en Aquitaine.

Bustum ou ustrinum ?

Lors de leur recherche, les archéologues ont mis au jour, dans le limon, une grande fosse rectangulaire d’environ 2,20 m sur 1,05 m, dont les parois présentaient des marques de chauffe, comme si elles avaient été soumises à un feu intense. Les spécialistes de l’INRAP ont reconnu aussitôt les caractéristiques d’un bustum, cette structure funéraire romaine où la crémation s’effectue directement dans la tombe elle-même.

Dans les rites funéraires romains, la distinction entre bustum et ustrinum est essentielle. Un ustrinum est un lieu de crémation réutilisable, où les corps sont brûlés avant que les cendres ne soient récupérées et placées dans une urne, puis déposées dans une autre tombe. En revanche, un bustum correspond à une structure unique qui combine à la fois le bûcher et la sépulture : le défunt est incinéré à l’endroit même, avec son viatique, et les restes sont laissés dans la fosse.

Le mobilier funéraire de Lamonzie-Saint-Martin

La fouille de ce bustum, menée par une équipe pluridisciplinaire sous la direction de l’anthropologue Anne Viero, fut conduite avec une grande rigueur scientifique. Grâce à un enregistrement minutieux, ce sont près de 487 objets qui ont été retrouvés, dont la majorité correspondent à des fragments osseux issus de la crémation.

 

Le mobilier découvert témoigne alors d’un niveau de richesse remarquable. Parmi les objets déposés figurent ainsi un gobelet en céramique sigillée, probablement originaire des ateliers du Tarn, une fiole en verre, une dizaine de pièces de monnaie, dont certaines en or, ainsi qu’un bracelet torsadé. On trouve également une bulla, un pendentif traditionnel offert aux jeunes aristocrates romains, et une bague portant une inscription en alphabet grec, « Allallé » - peut-être le nom du défunt.

D’autres objets plus énigmatiques complètent cet ensemble : un long fer corrodé, potentiellement un mors de cheval, ainsi que des cristaux et des éléments en verre, probablement issus d’une parure dont la monture, peut-être en cuir, a disparu, ont également été mis au jour.

Les pratiques funéraires sous le Haut-Empire romain

À l’époque du Haut-Empire, entre le Ier et le IIe siècle après Jésus-Christ, la crémation constitue la norme dans tout l’Empire romain, et la Gaule n’échappe pas à cette pratique largement répandue. La mort, loin d’être traitée dans l’intimité du cœur des cités, était alors encadrée par une législation stricte : les lieux de crémation comme les bustum et les ustrinum, tout comme les cimetières, devaient se situer hors des zones habitées. Pour les Romains, la ville appartenait aux vivants, tandis que les morts trouvaient leur place le long des grandes routes, où se développaient d’immenses nécropoles.

Cependant, à côté des tombes ordinaires et des urnes alignées dans les nécropoles, l’Antiquité romaine du Haut-Empire vit s’élever également des monuments funéraires spectaculaires. À Rome, l’exemple le plus emblématique est le mausolée d’Hadrien, construit au IIe siècle et devenu le célèbre château Saint-Ange. Plus tôt, encore, le mausolée d’Auguste, au cœur de la Ville éternelle, marquait déjà la volonté impériale de laisser une trace de son passage sur Terre après son trépas.

La Gaule adopte à son tour ces modèles monumentaux. Parmi les exemples les mieux conservés, on peut citer le mausolée des Julii à Glanum, près de Saint-Rémy-de-Provence, érigé au Ier siècle avant Jésus-Christ. On peut également évoquer la nécropole du Valladas à Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme, ou encore le mausolée de Lanuéjols, en Lozère, construit à la fin du IIe siècle.

Ainsi, depuis les simples urnes scellées dans l’ombre des nécropoles jusqu’aux mausolées colossaux qui dominent encore nos paysages, les pratiques funéraires du Haut-Empire ont pris des formes bien diverses. Le bustum de Lamonzie-Saint-Martin en est l’une des expressions les plus parlantes et sa singularité nous éclaire sur la manière dont les Gallo-Romains ont adapté et se sont approprié les rites hérités de la puissante Rome.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Certains disaient les Gaulois cannibales par moment.
    Q: Dites les enfants vous aimez grand-père ?
    R: Oui,………… bien cuit.

  2. Maintes fois inquiété, jamais condamné dit-on d’un délinquant habile. Sarko semble être une exception dûe à l’amitié indéfectible que lui vouent les magistrats, mais à force de se reproduire les faits finissent par être tétus. Vae victis !

  3. Bonne choses que nous font découvrir les archéologues et grand merci a eux que de nous apprendre en nous montrant notre histoire lointaine et briser certains archétypes comme ce qu’étaient les homme de la préhistoire et les gaulois.
    Tout les débuts d’après-midi j’essaie de ne pas manquer l’émission « la guerre des trônes » sur ‘Planète Plus’ un vrais régale pour bien connaitre l’histoire qui n’a d’égale qu’avec les reportages archéologiques. On ne perd pas son temps.

  4. Monsieur de Mascureau vous devenez pénible, chacun des vos articles est passionnant, vous montrez qu’aimer l’Histoire est encore possible et vous parvenez même à être compréhensible.
    Mais après vous avoir lu, je ressens toujours l’impression bizarre et pénétrante d’être un parfait crétin.
    Cette petite plaisanterie mise à part, ne changez rien je pense pouvoir me faire a l’idée que je ne suis finalement ni totalement parfait ni totalement crétin et c’est toujours agréable de s’instruire.
    Merci à vous donc.

    • Et figurez vous qu’il existait également un mur portant votre praenomen et votre nomen en Angleterre. Le mur d’ Hadrien.

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