Alger va débattre d’une loi criminalisant la colonisation française

Et aucun accord ne sera conclu avec la France tant qu'elle n'aura pas reconnu son « crime d'État »
@Wikimedia commons
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Dimanche 21 décembre, l’Assemblée populaire algérienne débattra une proposition de loi criminalisant la colonisation française. « Le texte impose également que l’État algérien ne conclue aucun accord avec la France tant que les conditions de reconnaissance des crimes coloniaux ne sont pas réunies », rapporte l'agence de presse turque Anadolu Ajansi. Le vote sera ensuite soumis aux votes algériens le 24 décembre prochain. Les relations franco-algériennes semblent n’avoir jamais été aussi mal, mais comment reprocher au gouvernement de Tebboune de s’engouffrer dans la porte laissée béante par Emmanuel Macron ?

Après la repentance, l'auto-procès ?

En février 2017, alors en pleine campagne présidentielle, le candidat Macron s’était rendu en Algérie sur l’invitation de Tebboune. Là, rappelle l’INA, à la télévision algérienne, celui qui deviendrait Président avait déclaré, au sujet de la colonisation française, que « c'est un crime. C'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. » La proposition de loi sur la criminalisation du colonialisme français que devrait voter l’Algérie, dimanche, ne fait qu’emboîter le pas du Président Macron : après la reconnaissance et le mea culpa médiatique, Alger veut une reconnaissance politique, diplomatique, juridique et financière. En effet, comme l’explique l’Algérie aujourd’hui, « loin d’être un simple texte symbolique, ce dernier qualifie la colonisation de crime d’État, tout en exigeant reconnaissance, excuses et réparations ». Parce que c’est bien de cela qu’il est encore question : repentance et victimisation ! Et si notre Président avait fait le choix de donner raison à l’Algérie, pour le média El Moudjahid, « cette démarche, empreinte de fermeté et de détermination, a été lancée en mars 2025 par la chambre basse du Parlement dans un contexte d’attaques et de surenchères récurrentes du courant de l’extrême droite française contre l’Algérie ».

Un nouveau moyen de coercition contre la France

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement algérien tente de légiférer sur le sujet : en 1984, d’abord, puis en 2001, 2005, 2006, 2017, 2020 et 2021, rappelle le média Anadolu Ajansi. Comment ne pas voir dans le retour de cette proposition de loi un nouveau moyen de coercition de la part d’Alger ? D’ailleurs, le média algérien Horizons DZ insiste : « Dans un contexte où Paris continue de refuser toute reconnaissance claire de ses responsabilités, ce projet de loi incarne une volonté souveraine de clore les blessures du passé non par la vengeance mais par le droit. Le texte tient à rappeler de prime abord que l’agression française contre l’Algérie fut considérée comme le point de départ d’un "projet colonial systématique", raciste, ayant duré plus de 132 ans. » Horizons DZ, qui dit avoir pu se procurer la proposition de loi, détaille avec minutie ce que l’Algérie reproche à la France et ce qu’elle attend d’elle : en bref, une autocritique et des excuses officielles assorties de réparations et de dédommagements. Si la France est sur le banc des accusés, elle n’est pas la seule : tous ceux qui seront suspectés d’un tant soit peu de complaisance au sujet de la colonisation française en Algérie seront sanctionnés : « La proposition prévoit également des peines de prison et des amendes conséquentes pour quiconque s’aventurerait à glorifier la colonisation ou à dénigrer des figures de la résistance », rapporte L’Algérie aujourd’hui.

Légiférer sur l'Histoire qui déplaît

En clair, gare à celui qui oserait critiquer le FLN ou reconnaître que la France a doté l’Algérie d’infrastructures, de ports, de réseaux routiers et électriques, par exemple. D’ailleurs - et c’est tout un symbole -, le texte de loi condamne pour haute trahison, rapporte El Moudjahid, « toutes les formes de collaboration des harkis et de ceux qui étaient avec les autorités coloniales contre les diverses formes de lutte et de résistance pour le recouvrement de la souveraineté nationale et l’indépendance du pays ». Mais ce n’est pas tout, rapporte L'Algérie aujourd'hui, « la proposition de loi rappelle que l’Algérie était une nation pleinement souveraine et reconnue sur la scène internationale avant l’agression militaire du 14 juin 1830, une agression qui a marqué le début d’un projet colonial systématique et raciste, prolongé pendant plus d’un siècle ». Autrement dit, l’Algérie s’octroie le droit de façonner l’Histoire à sa convenance, puisque c'est le général Schneider qui donna son nom à l'Algérie en 1838 et que, expliquait Jean Sévillia au Figaro, « le territoire actuel de l'Algérie n'avait, de fait, jamais connu d'unité politique avant la conquête française ». Si la réalité déplaît, il suffirait donc de légiférer ?

Une semaine après que la Kabylie a proclamé son indépendance et sa volonté de se libérer du joug et de la colonisation algériens, voilà Alger qui revient à la charge avec la colonisation française : une façon de se persuader de son unité ? En tout cas, Alger a bien pris garde à inscrire dans sa proposition de loi « l’imprescriptibilité » de ce qu’elle appelle le « crime d’État » français.

Vos commentaires

134 commentaires

  1. Incapable d’exploiter elle-même ses richesses, l’Algérie a trouvé par cette loi le moyen de vivre sous perfusion d’argent français.
    J’espère que tous les Algériens qui vivent en France vont fissa retraverser la Méditerranée pour aider à reconstruire le pays de leur cœur.

  2. La messe est dite depuis le 5 juillet 1962. Le rideau a alors été tiré entre les deux pays. Chacun chez soi une fois pour toutes.

  3. Menaces ou promesses ? On dirait qu’il cherche sous ses babouches des astuces pour rentrer du « pognon » ….? Plutôt que de faire le « kéké », ce monsieur devrait se projeter dans le passé pour connaître l’histoire de l’Afrique du Nord !
    1°/ les premiers habitants de l’Afrique du Nord étaient les Berbères, Gétules (populations nomades) et les Maures (anciens musulmans d’Espagne) sont les premiers occupants de l’Afrique du Nord.
    2°/ La romanisation de l’Afrique du nord, commencée dès le IIIe siècle avant JC, ne sera terminée qu’au IIIe siècle après JC.
    3°/ A partir du VIII e siècle avant J. ‑C., les Grecs fondent des cités-États comme Athènes ou Sparte. Ces cités développent ensuite des colonies en Italie, au sud de la Gaule et en Afrique du Nord.
    4°/ Les Ottomans au 16e siècle durant 3 siècles.
    Conclusion, si ce monsieur Téboune avait la tête bien faite, il devrait nous manifester éternellement de la reconnaissance ! Et si jamais notre inculte Chef d’Etat aussi inculte que le précédent répond favorablement (lui qui ne connaît rien de notre HISTOIRE de FRANCE et encore moins de ce dernier épisode historique) on devine où Téboune veut en venir…..

  4. C’est révélé en psychiatrie : pour exister vraiment un gamin doit « tuer » le père (quitte à le pleurer après). C’est ce à quoi s’emploie le président algérien.

  5. DONC:
    1_ Rompre toutes les relations
    2-Expulser TOUS les Algeriens n’ayant pas la double nationalité (y compris les 8 000 et quelques « étudiants »
    3-Saisir TOUS les biens des Algeriens (sauf ceux ayant la double nationalité) placés ou existant en France (On le fait bien avec les biens Russes)

  6. « la proposition de loi rappelle que l’Algérie était une nation pleinement souveraine et reconnue sur la scène internationale avant l’agression militaire du 14 juin 1830 »
    Si le gouvernement Algérien d’aujourd’hui veut être honnête avec son histoire, ce dont je doute, il devra d’abord condamner les Ottomans qui ont occupé ce territoire durant 300 ans sans jamais rien construire, à part la specialisation dans les razzias sur les cotes Françaises et en mer , tous les européens amenés en esclavage, plus d’un million de personnes, les hommes étaient émasculés , une bonne partie mourrait d’infection. et puis condamner la France pour un pays qui n’avait meme pas de nom et que son histoire commence avec l’arrivée de la France qui a donné naissance à l’Algerie, je serai curieux de savoir quelle histoire est racontée dans les livres scolaires avant 1830. l’histoire de cette region :
    La colonisation du plateau Nord de L’Afrique :
    Du 11 è siècle à l’An 146 avant Jésus Christ : Domination Carthaginoise
    De 146 av.J.C à 429 après J.C = Domination Romaine. De 429 à 525 = Les Vandales
    De 526 à 547 = Domination Grecque
    De 647 à 1070 = Domination Arabe
    De 1070 à 1492 = Domination Berbère
    De 1492 à 1830 = Domination Turque
    Berbères ou Barbares ( Etat Barbaresque )
    Annazigh ou Chillah, comme au Maroc,
    Kabyles comme en Algérie, Tunis ou Tripoli
    Tibbous ou Touaregs dans le Sahara…
    La France par sa présence, a mis fin à l’esclavage, à la piraterie et à la barbarie du territoire en instaurant L’Algérie sur la Régence D’Alger
    Bref, avant l’arrivée de la France, ce pays inexistant était une page blanche que la France a commencé à révélé.

  7. Vous verrez que l’autre qui n’a rien dans le pantalon va la signer la reconnaissance .
    Au fait c’était un état constitué l’Algérie en 1830 , ou juste une dépendance de l’empire ottoman servant de base pour les razzias et de marché aux esclaves ?
    C’est lui le Tebboune devrait commencer à compter si il a assez d’argent en caisse pour nous dédommager des écoles collèges lycée hôpitaux routes assainissement des marais que la méchante France a apporté à ce pays , l’Algérie existe parce que la France l’a fabriqué !!

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