Joyeux Noël à tous, et en particulier à nos agriculteurs !

Sur les barrages de l’A63, de l’A64 et d’ailleurs, les agriculteurs passent Noël.
4

« Dans une pauvre étable est né le fils de Dieu… » ou encore « Entre le bœuf et l’âne gris, dort, dort, dort le petit fils… », chantera-t-on, aujourd’hui, à pleins poumons. Chaque année, la crèche donne des petits boutons à ceux qui nous gouvernent, mais cette fois-ci, c’est de l’urticaire géant… à croire que le prurit de la dermatose nodulaire n’atteint pas que les vaches. Le décor de la Nativité, à l’heure de la révolte agricole, sonne pour eux comme une provocation. À deux doigts d’imaginer que le Petit Jésus, il y a 2.000 ans, l’a fait exprès. Mais qui peut dire, d’ailleurs, que ce n’est pas le cas ? Après Tout, Dieu n’embrasse-t-il pas tout, dans son éternité ? Il est un fait que c’est dans du foin et pas dans une turbulette en piqué de coton que le divin enfançon a reposé et que c'est le souffle d’un bœuf et d’un âne, pas celui d’un chat de salon ou d’un caniche d’appartement, qui l’a réchauffé. Que faisaient-ils d’ailleurs là, tous les deux, tels la carpe et le lapin, reclus dans le même réduit ? Les Évangiles n'en parlant pas, les spéculations vont bon train. Mais on peut imaginer, après tout - pourquoi ne serait-ce pas permis ? -, que le bœuf fuyait, comme l’enfant Dieu, les foudres d’un roi Hérode tuant tous les cheptels innocents en vue d’abattre une seule cible.

Sur les barrages de l’A63, de l’A64 et d’ailleurs, les agriculteurs passent Noël. Il fait froid, mais ils résistent. Ils ont déjà érigé une belle crèche sur une botte de foin, installé des sapins et accroché des guirlandes. Des prêtres se sont proposés pour venir célébrer la messe de Minuit. Tout cela ne fera pas s’évaporer le spectre du Merco, qui n’a de sûr qu’un point : c’est la catastrophe programmée pour nos agriculteurs. Mais chacun sait qu’à Noël est intimement lié le Vendredi saint : dans un poème célèbre, Marie Noël fait répondre au chant de la Vierge celui des anges : « Marie : Je me hâte, je prépare/Le trousseau de mon enfant. [...] J’ai là des drapeaux de toile/Pour l’emmailloter au sec. Les anges : Nous avons un drap de toile/Pour l’ensevelir avec. Marie : Pour ses mains, ses pieds si tendres/Des gants, des petits chaussons. Les anges : Pour ses mains, ses pieds si tendres/Quatre clous, quatre poinçons. » Le calvaire des agriculteurs, hélas, n’est pas terminé.

« Que la France se souvienne qu'elle doit sa survie à ces hommes et ces femmes fidèles à la terre, fidèles au travail, fidèles à la transmission. Seigneur, ne permettez pas que le monde paysan disparaisse » : c’est ainsi que se termine la prière d’un moine prémontré de Conques récitée à la messe dominicale dans ce département d’élevage, s’il en est, qu’est l’Aveyron.

Chacun sait bien ou au moins sent confusément qu’avec les agriculteurs, c’est un combat - notre combat - civilisationnel qui se joue.

Joyeux Noël à tous !

Picture of Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

58 commentaires

  1. Merci pour cet hommage à nos agriculteurs qui se pêlent sur des barrages pendant que, bien au chaud, nous dégustons, dans notre immense majorité, des produits achetés dans des supermarchés !
    « Aux armes citoyens » … même si je ne chéris pas personnellement le côté guerrier de notre hymne national, il exprime bien l’énergie qu’il faut mobiliser en cette époque charnière. Faisant le constat que nous avons plus de pouvoir en tant que consommateur que comme citoyen, soutenons nos agriculteurs en boycotant les rayons alimentaires des grandes surfaces. Certes, c’est plus facile pour la population vivant en zone rurale … mais selon l’insee nous serions 33% de la population française à vivre en zone rurale, c’est à dire y-compris les espaces ruraux périurbains.
    « Allons enfants de la patrie » … vers les point de distribution alimentaires de nos producteurs locaux. Pas besoin d’attendre de prochaines (et vaines) élections pour nous exprimer. Nous avons plus de pouvoir que nous ne croyons. Il suffit de l’exprimer tous les jours !

  2. Nos agriculteurs concentrent tout ce que les Français aiment. Ce président de pacotille, ce « Foutriquet » comme l’appelle Michel Onfray, concentre tout ce que les Français détestent.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois