[RAISON GARDER] Présidentielle 2027 : « Mécanique infernale »

Il paraît impossible d’empêcher que la présidentielle ne se joue entre le RN et LFI.
Capture d'écran
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Chacun de nous a eu l’occasion de connaître cette impression d’impuissance terrifiée : par exemple lorsque, par mégarde, je heurte le très beau vase venant de grand-mère auquel je tiens beaucoup et que je le vois tomber inexorablement pour aller exploser sur le sol, sans pouvoir rien tenter pour le préserver. Un article du Figaro Magazine du 9 janvier 2026 attire notre attention sur une telle situation en politique : lorsque les choses se présentent de façon totalement insatisfaisante, et même dramatique pour une majorité d’électeurs, et que, pourtant, il est comme impossible de rien faire pour arrêter l’avancée implacable vers la catastrophe.

Rien n’est jamais écrit d’avance : l'exemple américain

Les États-Uniens ont vécu cela (ont failli vivre cela, exactement) aux dernières présidentielles. Une majorité d’entre eux ne souhaitaient pas un combat « retour » entre deux vieillards. Mais le Parti démocrate n’ayant pas eu le courage d’écarter Biden et Trump ayant mis la main sur le Parti républicain, les États-Uniens se retrouvaient sans pouvoir rien faire, dans une configuration qu’ils détestaient, obligés de choisir entre des hommes dont ils ne voulaient pas.

Certes, rien n’est jamais écrit d’avance. Trump aurait pu disparaître à l’occasion de l’attentat du 13 juillet 2024, lorsqu’une balle l’a raté de très peu. Et la dégradation trop visible de la santé de Biden a permis au Parti démocrate de le « débrancher » in extremis, permettant la candidature inattendue de Harris.

Mais un an avant l’élection présidentielle française de 2027, si l’on part des données sérieuses du moment, on se trouve face à une situation qu’une majorité semble rejeter, et qu’elle devra néanmoins subir, comme le suggère l’analyse prospective utilisée par Le Figaro Magazine.

Et en France...

Les sondages, et toute l’histoire politique récente, montrent que le candidat du RN va obtenir au premier tour entre 25 % et 30 % des voix (Marine Le Pen : 21 % en 2017 ; 23 % en 2022). Et que Jean-Luc Mélenchon va obtenir entre 20 % et 25 % (19,5 % en 2017 ; 22 % en 2022).

En hypothèse basse, il resterait donc aux candidats restants, qui seront entre sept et dix (prenons, là aussi, l’hypothèse basse), 55 % des voix à se partager, soit un peu moins de 8 % en moyenne.

Certes, nous savons que les Dupont-Aignan, Arthaud, Lassalle et autres Poutou, ou du moins leurs clones de 2027, feront chacun beaucoup moins de 8 % : en 2017, les candidats marginaux ont récolté à eux tous un peu plus de 8 %, en 2022 un peu plus de 12 %. Tablons donc sur une moyenne raisonnable de 10 %. Ceci signifie que pour les candidats un peu sérieux autres que ceux du RN et de LFI, il reste 45 % des voix à se partager.

Ces candidats, a priori, seront entre trois et quatre, comme le montrent les deux élections précédentes. Aucun de ceux-là, à vue humaine, en se basant sur ce qui est très probable, et même quasi certain, ne bénéficiera d’un parti puissant, ni d’un élan irrésistible, ni d’une personnalité fédératrice. En moyenne, ils devraient obtenir chacun (au mieux) entre 12 % et 15 % des voix. Et si l’un d’entre eux se détache un peu, cela signifiera qu’il tendra vers les 20 %. Autrement dit, tous ces candidats, quels qu’ils soient, seraient dépassés par les candidats du RN et de LFI. Comme, dans l’élection présidentielle, seuls les deux arrivés en tête du premier tour accèdent au second, il paraît impossible d’empêcher que la présidentielle ne se joue entre le RN et LFI. Et ce, même si une majorité d’électeurs rejetait l’idée que le prochain Président soit issu d’un de ces deux camps.

Conte de fées

Pour arrêter cette « mécanique infernale », il faudrait que les trois ou quatre candidats « sérieux » se mettent d’accord pour que seul celui d’entre eux qui a le plus d’espérance électorale se présente, et que les autres (qui se retireraient) le soutiennent sans état d’âme. Et il faudrait encore que les électeurs suivent le mouvement et acceptent de donner leur voix dès le premier tour à un candidat qu’ils n’aimeront pas forcément. En France, pays très divisé sur le plan politique, imaginer une telle solution relève a priori du conte de fées.

Autrement dit, à vue humaine et si un événement imprévisible ne vient pas brouiller les cartes, le prochain Président devrait être RN ou LFI.

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Alexandre Dumaine
Journaliste, écrivain

Vos commentaires

118 commentaires

  1. Le RN a beaucoup plus de chances (je devrais dire possibilités) de l’emporter au deuxième tour face à Mélenchon plutôt que face à un gauchiste adoubé par le PS, Renaissance, LR, surtout si c’est Bardella qui représente le RN. Marine Le Pen est injustement un repoussoir pour une bonne partie des Français qui la relient encore trop à son père et au FN.
    Est-ce à dire que le sauvetage de la France est lié à son inéligibilité avec exécution provisoire? Si les juges de gauche pensent comme moi, elle pourra se présenter.

  2. C’est malheureux mais je crois qu’une fois de plus les français vont se réveiller à la dernière minute pour voter pour un type, style ,Olivier Faure .Ils vont choisir un bonhomme pour son bagou lors du fameux débat de l’entre deux tours ,mais pas pour son programme . En 2017 , Marine Lepen était dans le vrai mais c’est le look et le côté conseiller financier de banque qui les a convaincu . Ils se sont dit avec celui on ne risque pas de faire banqueroute …Et pourtant !
    Les français se disent à chaque fois , de toute façon on ne peut pas aller pire que çà et pourtant à chaque fois on tombe un peu plus bas .
    Quand vont ils renverser la table? Ils n’ont plus rien à perdre !

  3. Tout le monde y va de son pronostic et il en ressort que le RN reste en bonne place pour affronter MELENCHON ou un centre reconstitué : HOLLANDE ?
    Face au machiavélique MELENCHON, le RN n’a aucune chance et s’il gagnait LFI nous promet la révolution et on est en droit de les croire.

  4. Peut on espérer que « la droite la plus bête du monde » (Guy Mollet) prenne conscience de l’enjeu et se mette d’accord sur un seul candidat pour barrer la route à la catastrophe que serait l’arrivée au pouvoir de Mélanchon et de sa clique ?

    • Pour une catastrophe cela serait une belle CATASTROPHE ,mais je n’y croit pas ,il y a encore des Français suffisamment intelligents pour ne pas voter pour Mélanchon !

  5. Tous les partis représentés-représentatifs de gauche, du centre, de droite (ou peu représentatif comme Reconquête) présenteront en 2027 des candidats ayant pour dénominateur commun le maintien de la France sous la coupe de l’Union européenne et de l’OTAN donc de Washington. Cette double servile vassalisation, qui nous empêche de maîtriser notre immigration et la criminalité induite, est la source de la perte de notre souveraineté et du malheur de la France et des Français. Ceci est le contraire de ma conviction qui est que la survie de la France et de notre nation dépend de notre affranchissement de ce double système carcéral.
    Les partis en faveur du Frexit (UPR d’Asselineau, Les Patriotes de Philipot, DLF de Dupont-Aignan) ont ma préférence, mais ils sont trop marginaux pour peser. Aussi je ne voterai pas à la présidentielle 2027 et irai à la pêche, refusant de cautionner un RN pro-UE et pro-OTAN.

      • Désolé, mais je ne donne mon bulletin de vote à aucun candidat ni aucun parti qui prône l’asservissement de la France à l’UE et à l’OTAN. Il en est malheureusement ainsi de tout le spectre politique représenté au parlement, de la gauche (LFI, Soc, GDR, écolos), au centre (Macron et compagnie), et à la droite (LR, UDR, RN). Pas plus Mélenchon que Bardella, je les mets tous dans le même panier des pantins de Bruxelles et Washington. Quant à vous, vous êtes libre de préférer la soumission à l’indépendance, c’est votre problème. Le seul pour qui je peux voter c’est le frexiter François Asselineau de l’UPR, mais son audience est faible. Je répète : Frexit !

    • Seul un candidat ayant un programme identique à celui de Milei en Argentine aurait ma faveur. Si non j’irai aux fraises (n’étant pas pêcheur).

    • Réponse groupée à Gavroche 79, Emile 2 et Liberdom
      Bonjour. Très franchement, si le Rassemblement National prônait la sortie de la France de l’UE et de l’OTAN, alors je voterais des deux mains pour ce parti sans sourciller, mais pour l’instant cela n’est pas la boussole politique du RN.

  6. A la lecture des commentaires, je suis surpris que beaucoup de personnes pensent que « certains politiques » puissent influencer les électeurs. Cela n’a jamais été mon cas depuis 60 ans (voter à toutes les élections). Ce laps de temps m’a confirmé que seuls les visionnaires (je ne citerai aucun nom) se sont rarement trompés. Ainsi donc, j’ai toujours voté en fonction de ces derniers.

  7. Cette perspective à l’air de vous déranger. Et oui, le RN sera présent et écrasera le gauchiste. N’en déplaise aux centristes et aux LR.

    • N’en soyez pas si sur hélas, les « castors » du front républicain vont encore nous faire un coup tordu comme pour les législatives où ça semblait bon pour le RN, qui devait être majoritaire à l A N, on a vu ce qu’il est advenu
      Mais pour élire le pire des pires, certains préfèreront toujours cela au RN qui n’est plus le FN, tellement insipide après tant de renoncements pour être « votable » (ça n’existe pas mais pas grave) mais il y a l’étiquette RN, qui sera toujours un repoussoir, il faut être réaliste hélas

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