[Cinéma]Hurlevent, l’adaptation criarde et décérébrée par Emerald Fennell
Unique roman d’Emily Brontë, décédée à l’âge de trente ans seulement, Les Hauts de Hurlevent, paru en 1847, est considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature anglaise du XIXe siècle, au même titre que les poèmes de Keats ou de Byron.
Récit d’amour et de vengeance dans l’Angleterre de George III, le roman suit la destinée de Heathcliff, un orphelin de Liverpool adopté par M. Earnshaw, propriétaire terrien du Yorkshire, déjà père de deux enfants biologiques : Catherine et Hindley. Au fil de l’histoire, la première développe avec Heathcliff une relation privilégiée, chargée d’empathie, de complicité et de passion… De quoi bouleverser l’équilibre de leur entourage, et notamment de leurs futurs conjoints, pris dans une spirale de souffrance et de violence morale.
Un film destiné aux adolescents…
Roman à succès dès l’époque de sa sortie, Les Hauts de Hurlevent fit l’objet de nombreuses adaptations au cinéma. On pense en particulier à celles de William Wyler, en 1939, de Luis Buñuel, en 1954, et de Jacques Rivette, en 1985. La dernière en date, simplement intitulée « Hurlevent » (avec les guillemets), est actuellement en salles. L’actrice-réalisatrice Emerald Fennell confie avoir voulu rendre hommage à ce roman d’Emily Brontë qu’elle a découvert à l’âge de quatorze ans : « Ce récit fiévreux, effrayant, profondément évocateur et – pour moi – érotique, qui parlait d’un amour interdit, de vengeance et de mort, m’a hantée. »
Hélas, le regard que porte Emerald Fennell sur cette histoire semble ne pas avoir évolué depuis son adolescence. Exit la complexité des rapports humains, exit même le personnage de Hindley (!), le récit élude presque en totalité le désir de revanche sociale de Heathcliff, qui innervait pourtant l’ensemble du roman et le rendait si noir, si révélateur de son époque. Un XVIIIe-XIXe siècle que l’on ne reconnaît ici ni politiquement ni visuellement, tant le film s’entête à vouloir mixer bêtement toutes les périodes dans une esthétique kitsch de Star Academy, convoquant l’imaginaire Disney et les contes de Perrault…
Chic et choc
En fait de transgression, la cinéaste se contente de mettre la focale sur l’amour impossible de ses deux héros, à la manière de Roméo et Juliette, nous prouvant ainsi qu’elle n’a à peu près rien compris à ce qui faisait le sel de l’œuvre. Sans doute est-il plus excitant pour elle, en effet, de filmer des rapports sexuels interdits, de multiplier les allusions vulgaires (le public se gaussait dans la salle…) et de s’inspirer ostensiblement de Cinquante nuances de Grey, pour l’érotisme chic et choc, et de La Chronique des Bridgerton, pour l’improbable casting multiethnique.
Plombée, en définitive, par ses images criardes de film postmoderne intégralement tourné en studio, noyée sous une musique pop incongrue, cette version lisse et hyper formatée des Hauts de Hurlevent, héritière de l’esprit Netflix, ramène l’œuvre d’Emily Brontë à un niveau de crétinerie absolue.
1 étoile sur 5
https://www.youtube.com/watch?v=UUa7Bhj5ZDA
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour


































8 commentaires
Encore un truc qui devrait plaire à un ici …..j’ose espérer que ça n’a pas été subventionné ?
Le seul intérêt de ce film est la plastique de Margot Robbie, si je comprends bien!
Bon, la chose est claire : Inutile de se déplacer
Un vrai navet! Je n’ai pas reconnu le roman qui m’avait éblouie quand j’étais ado. Musique moderne incongrue à fort volume, trop de clichés érotiques qui ne rendent pas justice à l’univers sombre, sauvage et romantique du roman. Je regrette d’avoir vu ce film. Un conseil: relisez le roman et ne perdez pas votre temps (et votre argent) à aller voir ce film!
Un navet sur le sexe d’après des spectateurs.
En regardant l’extrait, j’ai l’impression de regarder 50 nuances de Grey à la mode du XIX siècle et c’est sur qu’autant de mièvrerie ne fera pas recette avec moi. Encore un réalisateur qui nous prend pour des idiots avec des personnages aussi naïfs! Tout est tellement complexe donc les caricatures me gênent profondément.
L’extrait ne me donne pas envie de le voir
Moi non plus. C est une grande mode de transformer des oeuvres. On les remets au goût du jour avec toutes les tares de la société que l on veut inculquer. Comment transformer le beau en laid ! De plus, il n y a plus d imagination pour la création d autres oeuvres.