22 février 1358 : la révolution ratée d’Etienne Marcel

De ce chaos défiant le pouvoir naîtra un grand roi, Charles V, qui entreprendra la reconquête d'un royaume en guerre.
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Au milieu du XIVᵉ siècle, le royaume de France traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. En effet, la guerre de Cent Ans et la Peste noire provoquent un effondrement démographique ainsi qu’une profonde instabilité économique, engendrant un climat d’angoisse et de colère parmi le peuple de Paris. Profitant de cette situation, le prévôt des marchands de Paris, l'ancêtre en quelque sorte du maire, Étienne Marcel, tente de mener, le 22 février 1358, une insurrection bourgeoise et violente dirigée contre le pouvoir royal lui-même afin d’imposer ses propres volontés.

Un royaume en crise

Depuis 1337, le royaume de France, dirigé par la dynastie des Valois, est engagé dans un long conflit contre le royaume d’Angleterre gouverné par les Plantagenêts. Dès les premières années, la guerre se révèle particulièrement défavorable aux Français. Cette situation atteint même son paroxysme, le 19 septembre 1356, à l’issue de la triste bataille de Poitiers, lorsque le roi Jean II le Bon est capturé par les troupes anglaises et conduit en captivité à Londres. La régence est alors confiée à son fils et héritier, le Dauphin Charles, âgé de seulement 18 ans.

Il doit alors se confronter au dur exercice du pouvoir et défendre également la légitimité des Valois sur le trône de Saint Louis alors fortement convoité. En effet, Édouard III d’Angleterre, revendique la couronne de France en tant que petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle, la Louve de France. Dans le même temps, le Dauphin doit également faire face aux ambitions de son cousins Charles II de Navarre, surnommé le Mauvais, qui prétend lui aussi à la couronne de France.

Ce dernier descend de Jeanne de Navarre, la fille du roi Louis X le Hutin, suspectée de n’être qu’une bâtarde née des infidélités de sa mère Marguerite de Bourgogne dont l’adultère fut avéré lors de la terrible affaire de la Tour de Nesle. Malgré ces prétentions et ces filiations à l’héritage des Capétiens, tous ces rois ont pourtant été juridiquement exclus de la succession au nom de la loi salique, qui interdit l’accès au trône pour les femmes et par les femmes. Cependant, le droit ne suffit pas à faire taire les contestations, et les défaites militaires successives ne cessent de discréditer profondément la légitimité de la dynastie des Valois.

La journée du 22 février 1358

À cette crise dynastique et militaire s’ajoutent les conséquences de la grande peste de 1348, qui a décimé le peuple et profondément désorganisé l’économie du royaume. Pour financer la guerre et la rançon du roi captif, la pression fiscale s’alourdit alors considérablement sur les survivants de ces désastres. À Paris, l’augmentation des impôts nourrit une agitation populaire croissante. Étienne Marcel, prévôt des marchands, s’impose alors comme le porte-parole d’une bourgeoisie qui exige le contrôle des finances publiques et un véritable droit de regard sur les décisions du gouvernement.

Le 22 février 1358, il conduit ainsi une foule armée jusqu’au Palais de la Cité, où réside le Dauphin. Les portes sont forcées, les insurgés envahissent le palais et pénètrent jusque dans les appartements du prince. Sous ses yeux, deux de ses plus proches conseillers sont tués alors qu’ils tentent de le protéger. Il s’agit du maréchal de Champagne Jean de Conflans et du maréchal de Normandie Robert de Clermont.

Profitant de la stupeur et de la peur du dauphin, Étienne Marcel l’oblige à coiffer un chaperon au couleur rouge et bleu de la ville de Paris, symbole éclatant de la soumission du régent à la ville de Paris. Marcel impose également la formation d’un nouveau conseil royal, dans lequel il s’assure la présence de quelques bourgeois à son service. Néanmoins, le Dauphin, loin d’être faible et servile, parvient à échapper à ses geôliers dès le mois de mars 1358 et prépare la reconquête de son autorité et la vengeance de l’humiliation qu’il a pu subir.

La riposte du Dauphin

Le dauphin parvient ainsi rapidement à rallier à sa cause la noblesse et à réunir les armées fidèles à la couronne. Il entreprend alors de marcher sur Paris afin de rétablir définitivement l’ordre royal et mater cette méchante révolte. Face à cette menace, Étienne Marcel cherche des soutiens et des alliés. Il se rapproche ainsi du roi de Navarre, Charles II, et tente également de s’appuyer sur les soulèvements paysans, les Jacqueries, qui éclatent dans le nord du royaume au printemps 1358.

Cependant, les exactions commises par les troupes navarraises, le recours à des mercenaires anglais et la peur d’un massacre général retournent progressivement une partie du peuple de Paris contre le prévôt des marchands. Ainsi, le 31 juillet 1358, alors qu’il s’apprête à faire ouvrir l’une des portes de la ville aux armées de Charles le Mauvais, Étienne Marcel est assassiné.

Quelques jours plus tard, Charles de France fait son entrée solennelle dans la capitale, accorde son pardon, rétablit la paix et restaure pleinement l’autorité royale. Cette épreuve politique marque profondément le futur souverain : devenu roi en 1364 sous le nom de Charles V le Sage, il relèvera la France de ses malheurs et entreprendra la grande reconquête du royaume face aux Anglais

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

22 commentaires

  1. J’adore cette époque
    Si je puis conseiller, Gaston Phoebus, comte de Foix et Seigneur de Béarn (1331 – 1391) dont des livres furent faits pour narrer son histoire
    Les livres sont « Le lion des Pyrénées  » et les Créneaux de feu et ensuite l’histoire de son petit fils Landry, c’est passionnant on y voyage à travers cette période, on y parle des bourgeois de Calais, et bien d’autres, c’est une histoire vraie, écrite par les descendants de Gaston Phoebus, dont l’histoire est magnifique et aussi tragique, je vous les conseille en tous cas

  2. « la grande peste de 1348, qui a décimé le peuple et profondément désorganisé l’économie du royaume. » N’insistez pas trop, vous allez faire saliver les importateurs de Covid qui ont lamentablement foiré leurs perspectives similaires.

  3. Merci à Boulevard Voltaire de rappeler ce chapitre important de la guerre de Cent ans. On constate qu’il y avait alors, comme aujourd’hui des gens prêts à trahir la France, mais le roi Charles V était alors un grand roi. Aura-t-on un grand homme pour diriger la France ?….

  4. Quelle horreur que cette succession de dictateurs héréditaires de droit divin qu’on a appelés « roi de France ». Avec leurs alliés et leurs familles ils ont mis le pays à l’amende pendant plus d’un millénaire. Avec l’aide de l’Eglise ils l’ont épuisé de taxes pour payer leurs fastes outrageux et leurs guerres stupides. Et lorsque le peuple essayait de leur résister ils les écrasaient dans le sang sans le moindre remort… Comme de bons chrétiens.

    • Et vous croyez que Charles le Mauvais à la tête d’une armée anglaise aurait mieux gouverné ? On était au XIVe siècle, pas au XXIè…

  5. comme quoi il ne faut pas être faible. La faiblesse du pouvoir est le terreau de l’insécurité et de la violence.

  6. Nous y sommes, nous avons la possibilité de reconquérir notre pays. Ne laissons SURTOUT PAS, passer cette occasion unique, merci à tous les partis poilitiques de faire alliance (sans rouscailler) afin que l’on arrache notre FRANCE, à ces «  »gauchos » » Aujourdhui Il nous appartient, nous simples citoyens de motiver tous les jours sur le terrain les indécis pour la « reconquète » de notre pays. Merci.

  7. Une belle histoire de France et riche, qui mérite d’être racontée! Quand on voit le dépotoir actuel du pays, je me dis chaque jour qu’il nous faut un roi et un premier ministre qui lui travaille et ne part pas s’amuser en inde pour se déguiser en pirate.

    • Sans oublier qu’au cours de cette funeste bataille de Poitiers, Jean II le Bon fut soutenu par son fils Philippe, qui y gagna son surnom de Hardi : « Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche ». Surtout à gauche, évidemment.

      • Oui, mais il a coûté bien cher à la France, ce duc dont les descendants ont failli se tailler un royaume à partir de la Bourgogne en s’alliant avec l’Angleterre – et il a fallu toute l’habileté de Louis XI pour se débarrasser définitivement de Charles le Téméraire et rattacher cette province à la France.

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