[CINEMA] Aucun autre choix, l’adaptation coréenne du Couperet
You Man-su est un homme heureux. Entouré d’une famille aimante et de ses chiens, dans sa maison d’enfance qu’il a rachetée et rénovée de ses mains, ce cadre de l’industrie coréenne du papier ne connaît pas les fins de mois difficiles. Un jour, pourtant, il est victime, avec ses collègues, d’un plan de licenciement massif, après vingt-cinq ans de bons et loyaux services. Dès lors, sa petite famille peut dire adieu à sa riche demeure, aux cours de tennis, aux chiens et même à l’abonnement Netflix ! C’en est trop pour cet homme battant et entreprenant qui, ayant repéré une offre d’emploi dans une usine japonaise, décide à contrecœur d’éliminer physiquement ses concurrents potentiels…
Cela faisait plus de vingt ans que le cinéaste Park Chan-wook (la « trilogie de la vengeance », Mademoiselle, Decision to Leave) envisageait d’adapter Le Couperet, le roman à succès de l’auteur américain Donald E. Westlake, paru en France en 1998.
Parvenir à tout prix
Conte moral sur les dérives contemporaines de la société libérale et de l’individualisme déshumanisant, Aucun autre choix a la lourde tâche de succéder à une première adaptation de l’œuvre, particulièrement réussie, réalisée par Costa-Gavras en 2005. À la fois clinique et hyper-réflexif, le film du cinéaste franco-grec allait au bout de son sujet, explorait en profondeur la psyché de son antihéros à la voix off inspirée, joué par un José Garcia en grande forme, et portait un regard distancié mais inquiet sur les évolutions du monde du travail. Un environnement de plus en plus concurrentiel où la valeur de l’individu n’est plus tant affaire de compétences professionnelles ou de qualités humaines que d’ambition personnelle et de disposition à écraser son prochain.
L’œuvre d’un formaliste
Moins intello, plus bouffon, le réalisateur de Old Boy prend le total contre-pied de son prédécesseur et fait du roman de Westlake une farce destinée aux rieurs en quête de sensations fortes, avec son antihéros maladroit et ses assassinats loufoques. Plus graphique (plus complaisant ?) que le film de Costa-Gavras, celui de Park Chan-wook nous prouve une fois de plus que ce dernier est avant tout un formaliste ; en somme, un cynique qui se sert d’un sujet de société pour renforcer sa réputation d’enfant terrible du cinéma, toujours à l’affût d’un énergique mouvement de caméra ou d’un plan choc. En cela, sa démarche ne nous parait pas moins intéressée ni moins roublarde que celle de son personnage principal.
L’IA dans le viseur
Même s’il n’égale pas Le Couperet de Costa-Gavras, Aucun autre choix fonctionne, grâce en partie à Lee Byung-hun, la tête d’affiche, qui collabore pour la troisième fois avec Park Chan-wook, après Joint Security Area (2000) et Trois Extrêmes (2004). Le regard perdu et la candeur pathétique de son personnage, qui comprend tardivement que le véritable concurrent est l’intelligence artificielle, sont les plus beaux atouts de cette itération. Dommage, cependant, que le récit soit tant plombé par les longueurs, les dialogues et sous-intrigues superflus…
3 étoiles sur 5
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3 commentaires
Un très bon film, certes.
Mais j’ai éprouvé un sentiment de malaise du début à la fin malgré quelques scènes loufoques.
Différence de mentalité et de culture ?
Oui, même sentiment ,et le le film aurait gagné à être moins long…
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