Fermeture d’abbayes en France : fin du catholicisme ou signe d’un renouveau ?

La vie religieuse des catholiques français traverse une période de transformation profonde.
Capture d'écran France 3
Capture d'écran France 3

La vie religieuse catholique en France traverse une période de transformation profonde. Plusieurs abbayes anciennes, parfois fondées au Moyen Âge, se voient contraintes d’envisager un départ et une fermeture après des siècles de présence. Pourtant, cette situation ne signifie pas nécessairement un effacement du catholicisme car, en parallèle, se dessinent d’autres dynamiques souvent tournées vers la tradition.

La Trappe, la fin de neuf siècles d’Histoire

Au cœur de l’Orne, l’abbaye de Notre-Dame de la Trappe incarne, depuis près de neuf siècles, l’une des expressions les plus connues de la vie monastique cistercienne. Fondée au XIIᵉ siècle, elle a donné son nom à l’ordre des trappistes, officiellement appelé ordre cistercien de la Stricte Observance. Pourtant, la communauté actuelle se trouve confrontée à une dure réalité. En effet, les moines envisagent un départ du monastère à l’horizon 2028.

La raison principale de cette décision réside dans la diminution progressive du nombre de religieux et l’absence de nouvelles vocations, qui rendent de plus en plus difficile la gestion quotidienne d’un ensemble monastique d’une telle ampleur. Les bâtiments historiques exigent un entretien constant et des moyens humains importants que la communauté ne possède plus. Les moines ont, toutefois, tenu à souligner que cette perspective de départ ne signifie pas une fermeture immédiate de l’abbaye : la vie monastique continue, pour l’instant, normalement. « Les frères sont toujours là, fidèles à la prière et au travail », rappellent-ils, soulignant la continuité de leur vocation malgré les incertitudes sur l’avenir.

Bellefontaine, une transmission monastique

En Anjou, l’abbaye Notre-Dame de Bellefontaine a connu, elle aussi, un changement majeur en novembre 2025. En effet, les moines trappistes, présents depuis le XIXᵉ siècle, ont décidé de céder l’abbaye à une autre communauté : des bénédictins venus de l’abbaye du Barroux, située dans le Vaucluse. Ce changement ne correspond pas à une disparition totale de la vie religieuse mais à une transmission. Les trappistes de Bellefontaine, confrontés eux aussi à une baisse des effectifs et à un vieillissement important, n’étaient plus en mesure d’assumer pleinement la gestion d’un domaine monastique étendu. Le doyen de la communauté, frère Benjamin, avait d’ailleurs atteint l’âge remarquable de 105 ans, illustrant l’ancienneté de certains vénérables moines encore présents.

L’arrivée des bénédictins du Barroux marque un tournant symbolique. Cette communauté, connue pour son attachement à la liturgie traditionnelle, possède une histoire particulière puisqu’elle fut longtemps proche de la Fraternité Saint-Pie-X avant de se rattacher officiellement à Rome en 1988. Ce passage de relais illustre l’émergence de nouvelles forces monastiques issues de courants plus traditionnels du catholicisme.

Chantelle, trop grand pour trop peu de religieuses

La situation de l’abbaye Saint-Vincent de Chantelle, dans l’Allier, reflète aussi cette transformation du monde monastique. Fondé au Xᵉ siècle et occupé par des bénédictines depuis 1853, ce site emblématique du Bourbonnais abrite, aujourd’hui, une communauté devenue très réduite. Alors qu’elles étaient encore une trentaine, il y a quelques décennies, les religieuses ne sont désormais plus que six. Face à ce constat, les sœurs ont décidé de vendre leur abbaye devenue trop compliquée à parcourir et à entretenir. Cependant, les bénédictines ne quitteront pas Chantelle. En effet, elles ont acquis une grande maison, convenant plus à leur besoin et capacité, où elles projettent de s’installer après des travaux d’aménagement.

La cession du monastère sera étroitement encadrée, les religieuses ayant posé des conditions très claires pour la vente. Il n’est pas question, pour elles, que ce lieu millénaire devienne un hôtel de luxe ou un projet immobilier privé fermé au public. Elles souhaitent que l’abbaye conserve sa dimension spirituelle et reste fidèle à son histoire monastique. Par ailleurs, la vente ne concernera pas l’ensemble des activités du monastère. La production de cosmétiques développée par les sœurs depuis 1954 continuera dans un bâtiment distinct.

Un avenir catholique tourné vers la tradition

Ces départs pourraient alors donner l’impression d’un déclin irréversible du catholicisme en France. Pourtant, d’autres signes semblent démontrer le contraire et laissent à penser que ces départs de communautés religieuses correspondent plutôt à une transformation de l’Église ainsi que des pratiques et sensibilités des catholiques

En effet, le pèlerinage de Chartres, organisé chaque année à la Pentecôte, ne semble pas souffrir d’impopularité lorsqu’il rassemble des foules immenses de jeunes fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. L’édition 2025 avait notamment réuni près de 19.000 pèlerins marchant entre Paris et Chartres, ce qui en fait l’un des plus grands rassemblements catholiques d’Europe.

La croissance et le succès de la communauté Saint-Martin illustrent, également, cette dynamique. Cette société de prêtres de sensibilité classique et fondée en 1976 compte ainsi aujourd’hui 186 prêtres, 20 diacres et plus d’une centaine de séminaristes, ce qui pourrait représenter entre 20 et 40 % du clergé français actif dans les prochaines décennies, selon la Conférence des évêques de France.

Ce phénomène dépasse même les frontières françaises. En Suisse, également, certaines enquêtes montrent l’intérêt croissant de jeunes catholiques pour des formes de pratique plus traditionnelles.

Ainsi, la fermeture ou la transformation de certaines abbayes historiques ne marque pas seulement la fin d’une époque. Elle révèle aussi une recomposition du catholicisme en France où de nouvelles communautés, souvent plus jeunes et attachées à la tradition liturgique, semblent détenir entre leur main l’avenir de l’Église de France.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 16/03/2026 à 13:52.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

7 commentaires

  1. La France n’est plus un pays catholique, pas même chrétien. 4% de catholiques, allant à la messe régulièrement ; 3% de protestants. L’idéologie gouvernante en France, les « Lumières », est athée. L’islam représente 8% de la population soit autant et même un peu plus que les chrétiens.

  2. Cela ne sert à rien de se voiler la face, de nier l’évidence, le catholicisme est complètement décadent. Mon point de vue est que « les lumières » n’ont pas éclairé le monde tout de suite, il a fallu attendre l’instruction obligatoire, et, au delà la généralisation de l’accès aux études supérieures (deuxième moitié du XXème siècle), pour que les gens se rendent enfin compte que cette religion n’était qu’un moyen de les asservir. Il faut préciser que les autres ne valent pas mieux. Quant aux couvents si bien remplis, ils ne l’étaient pas qu’avec des personnes ayant la vocation, mais avec des filles et des garçons que les parents obligeaient à renoncer à tout avenir pour intégrer ce qui ressemblait à une prison à perpétuité !

    • « pour que les gens se rendent enfin compte que cette religion n’était qu’un moyen de les asservir. » Erreur. Les gens, comme vous dites, pratiquent spontanément la servitude volontaire de la Boétie, car synonyme de sécurité et de confort physique et intellectuel. Leur maître n’a aucune importance si les deux critères sont réunis. Ce fut longtemps le catholicisme, puis le marxisme, actuellement l’écologisme, en attendant la suite. Cela permet surtout d’échapper à la liberté, synonyme d’incertitude, d’inconfort, de travail physique et intellectuel, et surtout de responsabilité. Toutes choses à fuir, ce qui aboutit au scrutin de dimanche dernier.

  3. Comme je ne me suis jamais caché d’être non croyant, j’aime même pas le mot athée répugnant d’être étiqueté, j’aime le catholicisme comme des gens exprimant une façons d’être, les bâtiments de la petite chapelle que j’aime a l’occasion m’y rendre jusqu’aux immenses cathédrales dont l’architectures est impressionnantes et contempler les pierres au niveau du sol avec une pensée émue pour ceux qui les ont mis en place, démolir certaines églises relève du crime profanateur et destruction du patrimoine, des fossoyeur de la mémoire humaine.
    Mais quant je regarde une mosquée sans esthétique en béton armée sur le sol Français alors la plus grande irritation m’envahis vue ce qu’elle est sensée représenté humainement.

  4. Incroyable ….Vous etes toujours en train de sombrer grace et a cause de Vatican II …et vous vous felicitez de cette preuve flagrante de l’abandon des voeux de la France …! Quid de l’etat de nos grands seminaires notamment dans les terres de l’Ouest ? La resistance spirituelle et les vocations dans la tradition montrent bien le seul chemin qui plait a notre Seigneur et Sauveur . Le reste ne sont que des sursauts d’un grand corps malade …

  5. La photo est très bien choisie et appelle à la méditation sur la situation des chrétiens et pas seulement des catholiques, les tradits sont de plus en plus présents encore hier àl’église était bien pleine vatican deux a fait que le prêtre ne se tourne plus vers la lumière, mais lui sourde le dos. Alors pourquoi s’étonner des conséquences

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