À Chartres, la renaissance d’une église après des années de silence
Il y a les églises qui s’effondrent, celles qui sont incendiées, taguées ou que des municipalités laissent se dégrader. Mais il y a aussi un patrimoine religieux qui renaît patiemment, par refus de voir disparaître notre héritage et par souci de maintenir un savoir-faire français. À Chartres (Eure-et-Loir), le jour de Noël, l’église Saint-Martin-au-Val rouvrira ses portes à l’occasion de la messe célébrée par Mgr Christory. La pierre baignée de lumière se joindra à la prière des fidèles, après plus de trente années de silence. « Le symbole est fort, nous confie l’évêque de Chartres. C’est la réouverture d’une église à un moment où on en ferme beaucoup et la renaissance d’un lieu construit sur un temple païen. Dans une société qui se paganise, cette réouverture a une double dimension symbolique. Et choisir Noël pour l’inauguration est une belle idée. Noël représente le basculement pour l’humanité, le divin venant par Marie pour nous sauver. »
Un chantier au service du patrimoine français
Dominant l’un des quartiers les plus anciens de la ville, l’église Saint-Martin-au-Val est fondée au XIIe siècle sur le site d’un ancien sanctuaire gallo-romain. Elle appartenait à un important prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Père-en-Vallée. Reconstruite et agrandie aux XIIIe et XIVe siècles, elle adopte progressivement le style gothique tout en conservant des éléments romans. Délaissé après la Révolution, l’ensemble monastique connaît une longue période de décadence, avant d’être classé monument historique au XIXe siècle. Au début des années 1990, son état nécessitant des travaux de restauration et de mise en sécurité, l’église est fermée au public. À partir des années 2000, des fouilles agrandies révèlent l’ampleur du passé antique et médiéval du site : l’existence d’un sanctuaire gallo-romain, l’église funéraire mérovingienne, les sarcophages, les vestiges d’inhumations anciennes. Autour de ses fondations antiques, de ses sarcophages mérovingiens, de ses voûtes romanes se lisent les siècles d’une nation façonnée par le baptême de Clovis, la prière des moines, le courage des bâtisseurs.
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@Ville de Chartres – Groupement Martino
Et pour l’évêché de Chartres, cette église revêt une importance significative : « Celle-ci est assez particulière pour son espace liturgique, sa crypte très ancienne et le fait que des évêques y ont été inhumés. Traditionnellement, les évêques nommés passaient une nuit dans la crypte avant de prendre possession de leur siège épiscopal », ajoute Mgr Christory, qui partage sa « joie » de voir rouvrir un lieu de culte et de prière, « nous pouvons remercier la ville de Chartres qui a fait un effort conséquent ». Et de fait, Isabelle Vincent, adjointe en charge de la culture et du patrimoine, cite le montant de « 600.000 euros investis sur la première tranche de travaux (électricité, badigeon, sacristie), dont 20 % financés par l’État via la DRAC ». Au téléphone, l'élue abonde : « On rouvre une église quand les autres les ferment ! C’était une promesse du maire. » Et se félicite : « Chartres montre l’exemple en honorant son patrimoine religieux. C'est un beau signe, aujourd'hui. Quand on voit ce qui se passe partout, c'est bien de montrer que des collectivités œuvrent pour leur patrimoine. »
Restaurer la pratique religieuse
La réouverture d’une église fermée constitue, à l’évidence, une excellente nouvelle, tout en posant un défi à relever. Interrogé par BV, l’abbé Blondeau, curé de la paroisse et recteur de la cathédrale, se réjouit lui aussi : « C’est un signe d’espérance », et ajoute que, désormais, « il faut recréer une communauté de chrétiens dans ce quartier, réactiver un petit groupe pour faire vivre le lieu ». Avec son évêque, le chanoine réfléchit à en faire « un futur lieu de départ de pèlerinages vers la cathédrale ». Mgr Christory évoque, quant à lui, « un lieu ouvert à la prière des fidèles, pas seulement un lieu de célébration dominicale. Elle peut accueillir des soirées de prière, de louange, des adorations de jeunes ou servir aux pèlerins venant à Chartres. » Le successeur de Fulbert rappelle à juste titre que « restaurer une église ne suffit pas : il faut que les chrétiens restaurent leurs pratiques religieuses et vivent leur foi activement, par le culte, la prière et le service des autres. Les baptisés sont prêtres, prophètes et rois. Prêtres pour rendre un culte à Dieu, prophètes pour annoncer le royaume et rois pour servir. Je les attends ! » À bon entendeur, donc.
À l’heure où tant de clochers cessent de sonner, voir Saint-Martin-au-Val rouvrir témoigne d’une France qui refuse d’être déracinée, d'une France charnelle et fidèle à ce qu’elle est depuis quinze siècles, qui se relève le jour de Noël. Dans un pays qui doute, qui s’efface, qui oublie son identité, ce retour à la vie d’une église millénaire, véritable joyau de pierre, résonne comme une clameur silencieuse : nous avons encore des racines et elles sont bien vivantes.
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12 commentaires
Notre mode de vie et nos habitudes quotidiennes ont beaucoup changé depuis sa fondation, dans nos apparences seulement! En admirant ces voûtes austères et parfaites à la fois, c’est mon âme qui se sent invitée à méditer, à s’élever, à prier même! Quelle beauté dans la sérénité. Je me laisse envahir par la paix et l’amour divin qui règnent ici. Pour mieux les partager ensuite. Alléluia! Une renaissance et un ressourcement!
Les anciens étaient croyants et construisaient solide XII au XIV siècle, la rénovation va faire durer longtemps cet édifice bravo
Une belle idée serait que cnews retransmette une cérémonie pendant les fêtes de Noël, ou pourquoi pas la Saint Sylvestre
Belle et harmonieuse
Magnifique ! ça met un peu de baume au coeur de voir renaître cette église qui fait partie de ce patrimoine que certains voudraient effacer. Croyants ou pas, on est fiers de nos beaux édifices qui témoignent de la France qu’on veut éternelle.
Bien
Bravo ! Un regain d’Espérance.
Moi qui suis un non croyant d’une culture malgré tout chrétienne, qui ai encouragés mes enfants pour certains dans leur foi chrétienne, j’applaudis de lire cette article et je dit, Bravo et a combien d’autre.
Merci a ceux qui participent à cette renaissance.
Merci a ceux qui s’activent financièrment et activement à la restauration de notre patrimoine. De plus cette église est magnifique. Bon NOEL A TOUS .
Mieux que l’hideuse mosquée et ses minarets a Strasbourg
Et il est où stéphane bern avec sa fondation, au Luxembourg ?