À la veille du discours de Macron : Israël est souverain et la France ne le serait plus ?

Ce 2 mars, E. Macron doit prononcer un discours sur la doctrine de dissuasion nucléaire. Faut-il craindre le pire ?
bombe atomique

Alors qu’une guerre vient d’entrer dans sa cinquième année, une autre vient d’éclater au Proche-Orient. La première fait rage à quelque deux mille kilomètres de Strasbourg : environ deux heures d’avion ou deux jours de route. Encore trois mois, sauf cessez-le-feu que l’on ne voit pas venir, et ce conflit aura duré plus longtemps que notre Grande Guerre qui fut le tombeau de la vieille Europe et marqua notre Histoire, notre mémoire et même nos paysages de l’est et du nord de la France, pour des générations.

Fenêtre d'opportunité ?

La seconde guerre vient d’éclater « loin de chez nous ». Une guerre, pour l’instant essentiellement aérienne, qui a probablement été minutieusement préparée depuis des semaines, voire des mois. Une guerre que l’on voyait venir en lisant notre chroniqueur international Vincent Arbarétier depuis plusieurs semaines : les porte-avions Abraham-Lincoln et Gerald-Ford, transportant quelque deux cents aéronefs, n’ont pas rejoint la région du golfe Persique pour faire seulement des ronds dans l’eau. L’immense majorité de nos lecteurs approuvent l’intervention conjointe des États-Unis d’Amérique et d’Israël. Nul doute qu’ils voient dans cette guerre comme l’occasion, la fenêtre d’opportunité qui ne s’ouvrira peut-être pas de sitôt, de « dessouder » le régime des mollahs dont nous connaissons tous les méfaits depuis près d’un demi-siècle.

Faut-il rappeler ici l’attentat du Drakkar qui tua cinquante-huit de nos paras au Liban en 1983. Au même moment, deux cent quarante et un marines américains étaient tués après l’explosion d’un camion suicide. Les services de renseignement français et américains s’accordèrent pour considérer que le commanditaire était alors le gouvernement iranien, agissant par l’intermédiaire de mouvements chiites radicaux libanais. Dire que, par l'intervention américaine de ce 28 février 2026, nos paras du Drakkar ont été vengés relèverait d’un raccourci un peu rapide qui, d’ailleurs, a dû échapper aux décideurs, organisateurs, planificateurs et acteurs de cette attaque colossale sur l’Iran. Mais il n’empêche qu’il est impossible de ne pas penser à cet épisode de triste mémoire.

Guerre, donc, dont on ne sait si elle sera éclair ou pas, régionale ou plus, c’est-à-dire mondiale. En tout cas, elle ne sera ni fraîche, ni joyeuse, et ne fera pas dans la dentelle. Comme toutes les guerres. Car si l’on sait quand commence une guerre, on ne sait jamais quand et surtout comment elle s'achève.

« L’ordre mondial onusien » est mort

Quels enseignements tirer, moins de 48 heures après le déclenchement de l’opération « Fureur épique » ? D’abord, que « l’ordre mondial onusien » né à San Francisco en 1945 de par la volonté des Américains est bien mort. Et ce, du fait des Américains mais aussi des Russes lorsqu’ils envahirent l’Ukraine en 2022. Cet ordre qui voulait qu’une intervention militaire soit légitimée par une résolution des Nations unies. Que cela plaise ou pas. Pas question de dire que c’est bien ou c’est mal. C’est ainsi. Du reste, Donald Trump s’est bien gardé, semble-t-il, de consulter son Conseil de la paix, sorte d’ONU bis ! Et les sauts de cabri d’Emmanuel Macron au cri de « l’ONU, l’ONU, l'ONU ! » n’y pourront rien.

Le deuxième enseignement – et ça sera suffisant pour ce soir ! – pourrait intéresser, justement, Emmanuel Macron. On ne sait jamais, s’il venait à lire BV durant sa longue nuit d’insomnie ! Israël qui a décidé seul de porter le fer et le feu au cœur de l’Iran. Certes en coordination avec les Américains, dans une opération combinée, comme on dit en langage otanien, mais Israël a décidé souverainement. Or, ce lundi 2 mars, paraît-il, Emmanuel Macron va prononcer un discours sur notre dissuasion nucléaire. Un discours « attendu avec impatience par l’Europe », dit-on.

Que va dire Macron, ce 2 mars ?

De deux choses l'une. Si c’est pour paraphraser, en moins bien - forcément -, la doctrine d’emploi de nos forces nucléaires qui prévaut depuis le général de Gaulle, ce sera, une fois encore, pour Emmanuel Macron, l'occasion de parler pour ne rien dire. Rappelons que déjà en 1972, sous Georges Pompidou, on pouvait lire ceci dans le premier Livre blanc de la défense : « Si la dissuasion française est réservée à la protection de nos intérêts vitaux, la limite de ceux-ci est nécessairement floue […] La France vit dans un tissu d’intérêts qui dépasse ses frontières. Elle n’est pas isolée. » Ce « flou » est très clair ! En revanche, si Emmanuel Macron prend la parole, pour lever ce « flou », ce brouillard de l'incertitude, qui contribuait jusqu'alors à la dissuasion, pour entrer dans une sorte de contractualisation, de formalisation sous l'égide de l'Union européenne, on changerait alors gravement de paradigme, comme on dit aujourd'hui.

« Non, il n’y a pas une nation européenne… », déclarait, en 1981, Michel Debré, initiateur de ce premier Livre blanc de la défense en 1972, alors qu’un journaliste lui demandait si « la force de dissuasion française serait peut-être mieux employée, reviendrait peut-être moins cher au sein d’une défense européenne ». Plus d’un demi-siècle plus tard, il n’y a toujours pas de nation européenne. Ne pas comprendre ou plutôt nier cette réalité relèverait tout simplement de la trahison. Israël, État qui n’a pas quatre-vingts ans, pays de moins de onze millions d'habitants, serait militairement souverain. Et la France, État millénaire, pays de soixante-huit millions d'habitants, devrait renoncer au saint des saints de sa souveraineté… Ce n'est pas seulement l'Europe, qui attend avec impatience le discours de Macron, mais la France et les Français. Du moins, on l'espère.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

82 commentaires

  1. Israël, État qui n’a pas quatre-vingts ans, pays de moins de onze millions d’habitants, serait militairement souverain. Et la France, État millénaire, pays de soixante-huit millions d’habitants, devrait renoncer au saint des saints de sa souveraineté…
    ##
    La différence, c’est que les Israéliens savent ce qui les attend si jamais ils faiblissent, les Français ne croient pas être menacés!

  2. Je n’espère qu’une seule chose que Macron ne fasse pas utiliser la dissuasion nucléaire qui appartient à notre pays et à notre souveraineté nationale.

  3. Si le pire n’est jamais sûr, force est de constater qu’avec Macron le pire ne peut pas être exclu! Pour répondre à la question, faut-il craindre le pire?. La réponse est évidemment OUI!

  4. Après l’euthanasie et maintenant le nucléaire, sans oublier le fascisme intérieur et l’internationale réactionnaire, tout ceci ressemble à une propagande de dictature, pour l’instant mentaliste mais avec une certaine efficacité relayée par 3 médias sur 4 en tant que tristes courtisans menteurs de Monseigneur…Grâce à ce travail de sape intérieure, ma fille qui est « archidiplômée » de 30 ans et acculturée par Quotidien et autres « médiastans », pense que Trump est très méchant car il bombarde(rait) Dubaï et le Qatar etc…bien convaincue de sa culture géographique tout aussi pathétique que je n’ai plus rien à en dire…trop vieux pour savoir.
    Le crépuscule de Macron me rappelle celui de Empédocle, philosophe ancien et non un président trop gâté, qui ne pouvant comprendre les merveilles du mont Etna, se jeta dedans par une vanité ridicule et, trouvant l’action belle de peur d’en perdre le fruit et que la postérité ne l’ignorât, laissa ses sandales au pied du mont.
    Oui Emmanuel, on oubliera pas la leçon donnée: on ne va pas des études à la fonction suprême, c’est irresponsable.

  5. Je ne n’écouterai pas son discourt ce soir, je ne peut plus le voir ni l’entendre. Je lirai demain ce que BV. en écrira.

  6. La dissuasion nucléaire, c’est comme les forces spéciales: moins on en parle et plus on est crédible.

  7. POUR QUE LA DISSUASION NUCLÉAIRE RESTE FRANÇAISE [Date limite de recueil des signatures : 19/06/2029]
    Exact, la pétition demeure disponible à qui le veut. J’en viens ! Merci à « montvives.canalblog » pour le renseignement.
    Cela étant, oui, hélas, il faut s’attendre à tout avec Monsieur Macron et surtout le pire.
    Mais comment l’arrêter ? Je suis effaré que personne dans l’ Armée ne s’élève face à une trahison institutionnelle ! C’est tout l’Eta-Major qui devrait faire barrage.

  8. C’est une évidence, ce président a déconstruit la France.
    Encore un an, peut être après lui verrons nous le jour.

  9. Sa fin de règne aurait pu être une fin digne, une volonté d’amorcer le redressement de la France. Au lieu de cela il a préféré regarder ailleurs et laisser n+1 premier-ministres s’effondrer jusqu’à en nommer un qui a tout cédé aux socialistes pour permettre au président de mener sa croisade européenne jusqu’à se rendre inaudible. Il lui reste encore un an et en un an il a le temps de déconstruire encore un peu, jusqu’à l’irréversible ?

  10. J’attends ce soir avec gourmandise : savoir comment il va se tortiller pour nous faire son grand régalien et nous servir son suprême « en même temps », pour dire aux Allemands qu’il partage et à nous qu’il ne partage pas. Que nous sommes « pleinement souverains » (je ne sais même pas s’il connait le sens de ce mot).

  11. Les propos de Michel Debré sont très clairs. Lumineux même.

    Par comparaison, notre minus présidentiel fait bien pâle figure.
    Une image me poursuit : Starmer et Merx papotent et rient. Arrive notre minus, sautillant et se frottant les mains tout en riant.
    L’image parfaite du chauffeur de salle. Nous en dommes réduits à ÇA.

  12. Les Russes sont intervenus en Ukraine pour protéger les russophones bombardés par leur propre gouvernement, aussi légalement, du point de vue de l’ONU, que l’intervention américaine en Yougoslavie.
    Par contre, l’intervention actuelle contre l’Iran se fait sans accord de l’ONU, sans même une consultation du Congrès américain par Trump. oui, l’ordre mondial onusien est mort.

  13. Inquiert, oui car cette personne en fin de règne est capable de tout mais surtout du pire au regard de la destruction qu’il a déjà opérer contre notre pays dans quasi tous les domaines.
    Le pire di pre est peut être à venir si jamais il prenait la tête de l’UE !

    • Job29
      Le pire du pire.
      Dans ce cas-là, si nous avons ce qu’il faut là où il faut, nous sortirons de l’UE. Enfin…

  14. Merci pour cet extrait d’entrevue avec Michel Debre .Tout ce qui se concoit bien , s’enoncait clairement ..a l’epoque .

  15. Il existe une pétition :
    POUR QUE LA DISSUASION NUCLÉAIRE RESTE FRANÇAISE [Date limite de recueil des signatures : 19/06/2029]

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