Acculés, Radio France et France TV déposent plainte contre CNews et Europe 1

Mis en cause pour ses divers manquements et dérapages, l’audiovisuel public contre-attaque en se posant en victime.
Photo Jean Bexon
Photo Jean Bexon

La meilleure défense, c'est l'attaque. Critiqué de toutes parts, l’audiovisuel public appelle les juges à son secours. Selon les informations du Figaro, Radio France et France Télévisions auraient ainsi assigné leurs concurrents CNews, Europe 1 et le JDD devant le tribunal de commerce de Paris. Les deux groupes publics s’estiment victimes de « dénigrement ». Pointés du doigt après l’éclatement du scandale touchant Thomas Legrand et Patrick Cohen, deux figures de France Inter et France TV, ils dénoncent depuis plusieurs semaine une « campagne de dénigrement systématique et quotidienne », provenant notamment des médias du groupe Bolloré.

France Télévisions et Radio France ont ainsi choisi de porter la riposte sur le terrain judiciaire plutôt que sur le fond des critiques. Soit. Mais de quel « dénigrement » parle-t-on ? N’est-il plus permis de se critiquer les uns les autres, fût-ce en des termes crus ? Ou bien est-ce de diffamation que se plaint l’audiovisuel public ? Ce serait assez culotté. En août 2019, France Inter s’en était pris à notre média, le qualifiant de « site de désinformation ». Peut-être Boulevard Voltaire devrait-il, lui aussi, poursuivre certains de ses confrères pour « dénigrement » et « concurrence déloyale » ?

Œil pour œil, dent pour dent

Pour étayer leur thèse victimaire, France Télévisions et Radio France ont réalisé, en septembre dernier, un « best of » d’extraits d’émissions peu amènes à leur endroit. Ce mercredi matin, Europe 1 a rendu coup pour coup, réalisant une compilation du même acabit. On y retrouvait une courte sélection non exhaustive d’attaques particulièrement virulentes à l’encontre de CNews, diffusées à l’antenne du service public : de la journaliste de France Inter Sonia Devillers, qui qualifiait en 2018 la chaîne privée de « version low cost de la Fox News américaine », à la patronne Delphine Ernotte, qui en faisait une « chaîne d’extrême droite », en passant par Thomas Legrand qui la taxait de « non-journalisme ». Si ça n’est pas du « dénigrement », ça y ressemble très fortement.

Ajoutons ici que les critiques adressées aux médias dépendent aussi du statut de chacun. Public et privé ne sont pas tenus aux mêmes devoirs. Pour le dire simplement, le citoyen Pascal Praud a un droit de regard sur le travail de Delphine Ernotte dans la mesure où il lui paie son salaire. L’inverse n’étant évidemment pas vrai. Cette réalité semble être régulièrement oubliée par les employés de l’audiovisuel d’État.

Cerise sur le gâteau, France 2 travaille depuis plusieurs mois à un numéro de Complément d'enquête consacré à CNews. « On a une enquête sur la galaxie, la bollosphère et la désinformation », avait été contraint de confirmer le présentateur Tristan Waleckx, au printemps dernier, après que Pascal Praud eut dévoilé le pot aux roses dans son émission L’Heure des pros. S’agira-t-il d’une « enquête » neutre et objective ? Vus l’angle choisi et les termes employés, c’est fort peu probable.

L’obsession Bolloré

Au-delà du service public, c’est l’ensemble de la sphère médiatique qui a pris pour habitude de tomber à bras raccourcis sur le groupe Bolloré. Pas un jour ne passe sans un article à charge contre le « milliardaire breton » et son terrible « empire ». « Le groupe Bolloré, premier actionnaire de Vivendi, en passe d’échapper à une facture colossale » (Le Monde, le 19 novembre), « Sacré-Coeur, soutenu par Bolloré » (Marianne, le 18 novembre), « Médias, édition : pour Bardella, Bolloré paie sa tournée » (Blast, le 16 novembre), « La méthode Bolloré : comment l’industriel breton s’est créé un empire médiatique en vingt ans » (Le Monde, 16 novembre), « Mis en examen pour corruption dans l’affaire des ports africains, Bolloré se pourvoit en cassation pour éviter le procès » (20 Minutes, le 14 novembre), « Vincent Bolloré a menti sous serment » (Politis, le 3 novembre)…

Le 17 novembre, un autre média a poussé très loin « l’investigation » sur le cas Bolloré et est allé fouiller son arbre généalogique. « Bolloré le "Breton" est en réalité le descendant d’une vieille famille de banquiers juifs proche de la famille Rothschild », a ainsi découvert le journaliste de gauche Nils Wilcke, sur X, avant de probablement sentir les relents nauséabonds de son propre tweet et de le supprimer à la hâte.

La preuve que dans le cas des médias du groupe Bolloré, le stade du simple « dénigrement » a déjà été dépassé largement.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

73 commentaires

  1. Vivement que le ménage soit fait dans l’audiovisuel public et que tous ces gauchistes soient limogés. Un service public doit être apolitique et pas politisé à gauche comme c’est le cas depuis de trop nombreuses années.

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