Angles morts de la loi sur le « devoir conjugal » : sus au tartufféminisme !

Pas une seule allusion aux mariages forcés qui font des noces, pour les femmes, non plus un devoir mais un calvaire.
@Sandy Millar-Unsplash
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La députée écologiste Marie-Charlotte Garin est ravie. Sous son impulsion, « l’Assemblée nationale vote la fin du devoir conjugal », commel’écrit Le Monde… pas à une « fake news » près, puisque pour y mettre un terme, il aurait déjà fallu qu’il existe. Or, ce n’est pas le cas.

Dans le cadre du mariage, le Code civil (articles 212 et 215) énonce des devoirs de respect, de fidélité, de secours, d’assistance et de communauté de vie, mais nulle trace de devoir conjugal. Notons, au passage, que le PS et LFI ont tous deux cherché, au passage, par un amendement, à faire retirer de l’article 212 la notion de « fidélité », autre devoir conjugal trop « moral » à leurs yeux. Et pourquoi pas biffer d'un trait de plume, aussi, le « secours », ou « l’assistance » qui peuvent être aussi, à l’occasion, pénibles ?

La loi Garin est typiquement une loi d’évidence qui ne sert à rien, sinon à mettre sa promotrice en valeur : on utilise les mots « entériner », « clarifier », « lever l’ambiguïté » pour justifier d’une perte de temps et d’argent (publics). Évidemment, l’Assemblée a voté à l’unanimité contre le devoir conjugal - qui voterait pour ? - un vote Miss France qui enfonce, comme la demoiselle portant talons hauts et diadème, des portes ouvertes parfaitement consensuelles que nul n’aurait eu l’idée de fermer : Marie-Charlotte Garin nous prépare-t-elle une loi condamnant le cancer et la faim dans le monde, histoire « d’entériner », « clarifier », « lever l’ambiguïté » ?

Charge idéologique

Ses arguments sont, dit-elle, très sérieux, elle a trouvé… un cas : « En 2019, un homme avait obtenu le divorce aux torts exclusifs de son épouse, au motif qu’elle avait cessé d’avoir des relations sexuelles avec lui pendant plusieurs années. L’année suivante, la femme s’était pourvue en cassation, sans succès, et l’affaire avait été portée devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui, en janvier 2025, a condamné la France sur ce sujet. » Elle reproche à la Justice française de confondre « communauté de vie et communauté de lit ». Certes. Cependant, s’il n’y avait pas une dimension « alcôve » dans le mariage, s’il ne s’agissait que d’une pure « communauté de vie », on pourrait épouser le chien ou le fils avec lesquels on cohabite. Et c’est d’ailleurs dans ce cadre que s’entend la fameuse « fidélité » : jouer au Scrabble™ avec sa voisine ne suffit pas à caractériser l'infidélité.

Mais surtout, le biais idéologique est tellement voyant ! Il y a moins d’un mois, à Brétigny-sur-Orge, « une jeune femme d’origine malienne a été enlevée et séquestrée sur fond de mariage forcé », mais de ces pratiques, comme de la polygamie, de l’excision et autres joyeusetés qui font des noces pour les femmes, non plus seulement un devoir, ni même un fardeau mais un calvaire, vous n’en trouverez nulle trace dans le plaidoyer de la députée. J’ai exploré vainement le compte X de Marie-Charlotte Garin. En revanche, vous y trouverez une lourde charge contre « le mariage chrétien » : la députée, dans son argumentaire, évoque tout à trac le « droit de cuissage » qui - l’historien Lorris Chevalier, dans son livre La Femme au Moyen Âge (Salvator), le qualifie de « légende pernicieuse » - n’a jamais existé que dans l’imagination psittaciste d’un petit monde n’aimant rien tant que dénigrer l’Ancien Régime. Notez qu’arguer d’une invention pour interdire une fiction relève d’une forme de cohérence. On s’étonne, les deux fonctionnant souvent ensemble, qu’elle n’ait pas parlé non plus de cette autre fumisterie à succès visant à discréditer le Moyen Âge qu'est la « ceinture de chasteté ». Comme le disait finement le même Lorris Chevalier, lors du colloque BV « Françaises en danger » : « Les ceintures de chasteté sont une invention du XIXe… et ont été réinventées après les viols de Cologne pour protéger les joggeuses. L’obscurantisme revient, mais ne vient pas du Moyen Âge. » Mais de cela, Marie-Charlotte Garin, grande promotrice de l’immigration massive, ne vous parlera jamais.

 

Marie-Charlotte Bovary

Le devoir conjugal serait, pour elle, un héritage de la société française d’autrefois, une « notion d’un ancien temps » comme l’appelle Le Monde, dans un clair-obscur sémantique prudent, une « notion archaïque [qui] imprègne encore la société française », titre L’Obs, au-dessus d'un entretien avec l’historienne Aïcha Limbada, spécialiste du mariage en France au XIXe, dont les travaux, relayés par Marie-Charlotte Garin ont été transmis aux rapporteurs à l’Assemblée. Elle-même commence par reconnaître qu’il n’y a « aucune base légale » à ce devoir conjugal, mais qu’à cela ne tienne, incriminons « le mariage chrétien » (sic) et « saint Paul » (resic), qui n’a rien demandé. Il est vrai que le mariage chrétien, comme le mariage civil, n’était pas tout à fait étranger à la sexualité. L’historienne est du reste obligée de reconnaître que, jadis, des « femmes, mais aussi des hommes [par exemple impuissants, NDLR], ont pu être condamnés dans le cadre d’un divorce pour faute de rapports sexuels avec leur partenaire ». Preuve que tout cela n’était pas affaire de misogynie. Incriminer le mariage chrétien ne manque pas de toupet : mariage monogame par consentement mutuel… non pas devoir conjugal mais devoirs conjugués. Réciproques. Un acquis civilisationnel pour la femme. Qui pourrait le nier ?

Le féminisme de Marie-Charlotte Garin est un exemple chimiquement pur de l’obsolète logiciel féministe beauvoirien, c’est à dire bovarien : bourgeois, de gauche et hors-sol. Les yeux rivés sur le rétroviseur, il fustige les institutions d’hier pour défendre Emma Bovary, importunée par les transports maladroits de Charles, mais refuse de voir le tsunami culturel dévastateur qui guette la femme d’aujourd’hui.

C’est ce féminisme qui fête le droit obtenu de porter le pantalon mais fait semblant d’ignorer que c’est la jupe, quand elle n’est pas jugée assez longue à l’aune de la charia, qui est aujourd’hui interdite à certaines heures et dans certains quartiers. Il n'a qu'une seule aspiration : renverser nos mœurs, sans doute imparfaites - parce qu'il en est ainsi de toute pâte humaine -, mais que l'on pourrait décrire, paraphrasant Churchill au sujet du régime démocratique, comme… « les pires à l'exclusion de toutes les autres ». Quand, à force de dénigrement, on les aura fait disparaître, par quoi seront-elles remplacées ? Les femmes seront-elles gagnantes ? La réponse est dans la question.

Soyons-en sûrs : le tartufféminisme aura des comptes à rendre au tribunal de l’Histoire.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Dans le « devoir conjugal », c’est la mot devoir qui est à bannir car il exclut, de fait, la notion
    d’amour. le sexe sans amour, ça ne vaut rien. C’est pourquoi je préconise une période de vie
    commune avant le mariage, ce que un grand nombre de couples font déjà ( c’est connu ! ).
    Et tant pis pour les adeptes de la virginité ! D’accord, c’est moins romantique, mais il faut
    vivre avec son temps, comme on dit, il y a bien trop d’échecs dans les unions hasardeuses !

  2. J’aurai du faire des études de droit! Encore un créneau pour développer un contrat « conjugal » ou de « partenaire de vie commune »: pour stipuler: rapport conjugal: oui-non; si oui combien de fois par … et à quel moment etc… Bref, j’ai manqué une opportunité de faire fortune :)

  3. Si je comprend un homme devenu inapte soit par maladie ou par accident pourra être condamné.
    Sera t’il de ce fait prioritaire à l’euthanasie.

  4. Si j’ai bien compris ma femme ou moi ont le droit de refuser de faire l’amour Par contre nous n’avons pas le droit d’être infidèles Donc la solution c’est d’aller au couvent ou au monastère La bêtise n’aura donc jamais de limite

  5. Des députés en surnombre qui n’ont plus grand chose à faire puisque tout est décidé à Bruxelles, sont bien obligés de justifier leurs salaires bien trop élevés en élaborant des lois aussi stupides que nuisibles.

  6. Ces féministes ont vraiment un pois chiche à la place du cerveau, la base du mariage c’est quand même les « câlins », enfin c’est mon avis, et éventuellement fonder une famille …..
    Elles s’occupent du domaine privé et de l’intime et c’est du n’importe quoi

    Et dans certains communautés, je ne pense pas que les maris vont se préoccuper de leurs délires…..

  7. Ces écolo-féministes ont bien raison d’en profiter, car du fait de leur très jeune âge, elles risquent de connaitre le CALIFAT qui, parait-il, ne fait pas grand place à ces dames et à l’écologie : mais çà peut changer (humour noir).

  8. Brassens célébrait  » Les Vénus de la vieille école , celles qui font l’amour par amour  »
    Maintenant le mariage ne sera plus qu’un contrat légal et pécuniaire . Mon Dieu où est l’amour ?
    Tu peux pleurer Vénus .

  9. Ce n’est pas le devoir conjugal qui est en cause. C’est le mariage qu’il faut carrément supprimer. Institution d’un autre age qui ne sert plus qu’à faire des économies d’impôts et, comme pour le mariage homo, à éviter le racket fiscal des successions. Je ne me suis jamais marier et, avec ma compagne, la même depuis 40ans, avons eu 3 enfants parfaitement heureux. Il faut abolir cette institution désuète.

    • Pourquoi supprimer le mariage ? C’est un engagement en toute liberté entre deux personnes de sexe différents qui décident de fonder une famille selon un rite sacré et traditionnel selon un projet mûrement réfléchi et bien préparé. Puis acté devant notaire et autorités civiles pour le définir légalement. Rien ni personne ne vous y oblige. Pas plus que l’engagement religieux, ou militaire, ou professionnel, etc.. Merci de respecter le choix de mode de vie d’autrui.

    • Bonjour Pipo, si vous limitez le mariage à un contrat purement économique destiné à diminuer les impôts effectivement il n’est qu’une niche fiscale dont on peut se poser la question de la légitimité…
      Sauf que la véritable dimension du mariage, pour les catholiques relève des convictions religieuses, d’un engagement humain et spirituel beaucoup plus profond !
      Notre société laïque a tout fait pour le vider de sa dimension réelle mais ça n’est qu’un ersatz de mariage qui peut être consenti et effacé au gré des humeurs des intéressés, ce dont certains ne se privent pas aujourd’hui pour vous donner raison.

  10. Mais de quoi on se mèle t’on ??? On va jusqu’a dénoncer ce qu’il se passe sous nos draps ??? Les écolos sont en perte de d’imagination ???

  11. Débattre d’un problème inexistant alors que tant d’autres sujets d’importance restent lettre morte voilà où nous conduit ce féminisme débridé. Que dire aussi et encore du rôle de la justice. Ce monde est devenu fou, l’apocalypse nous guette.

  12. quand le politique veut mettre son nez dans notre lit, ça donne ce genre d’aberrations. Régler les vrais problèmes de la France ne les intéresse pas. Est ce que les écolos ont contacté les futurs époux de fillettes à peine nubiles pour avoir leur avis ?

  13. Ah le droit de cuissage, cette fameuse légende qui a la vie dure.
    Quand je dis que ces gens sont d’une inculture crasse. Ecolos, LFI, même combat.
    « Ignorantus, ignoranta, ignorantum »

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