[ANIMAUX] Euthanasie : choquante dans les zoos, légitime dans les élevages ?

Animaux plus « charismatiques » que d'autres, plus vendeurs que d'autres... L'indignation s'applique inégalement.
Photo de Nicolette  Villavicencio www.pexels.com
Photo de Nicolette Villavicencio www.pexels.com

Le 5 septembre, au parc de Clères (Seine-Maritime), un panda roux de trois mois a été euthanasié pour de graves problèmes de vue, ce qui le rendait inapte à une future introduction en milieu naturel. Une euthanasie légitime, donc, mais qu’en est-il de beaucoup d’autres dans les zoos ? La question divise.

Ainsi, l’abattage de deux cents chauves-souris au zoo municipal de Montpellier, en février dernier, provoque l’incompréhension. Abritées dans un bâtiment qui ne faisait plus l’affaire, elles ont été gazées au CO2 — en douce, l’affaire n’a été connue que plusieurs mois après. D’ordinaire, l’euthanasie concerne les animaux vieillissants, abattus pour laisser la place à la génération suivante (les animaux vivent plus vieux en captivité que dans la nature, car ils sont à l’abri des prédateurs et bien soignés). De plus jeunes sont euthanasiés pour éviter la consanguinité dans des populations restreintes.

Des animaux plus charismatiques que d’autres

Les associations animalistes pointent du doigt l’incohérence qu’il y a à faire naître des animaux… pour ensuite les faire mourir. Mais comme Marcus Clauss, zoologue de l’université de Zürich et auteur d’une tribune sur la question, l’expliquait à BV, les zoos ne peuvent être « de petits paradis où tous les animaux vivent comme dans une arche de Noé, et où il ne peut y avoir de mort que nous, les hommes, provoquons consciemment. » Comme il le rappelait, « nous ne cohabitons pas vraiment avec les animaux sauvages. Notre Terre est depuis longtemps une planète d’hommes. » Une vérité difficilement audible, pour les animalistes.

Qui plus est, le public ne réagit pas de la même manière à toutes les euthanasies. L’euthanasie d’un grand mammifère sympathique comme le girafon Marion (au zoo de Copenhague, en 2014) émeut davantage que celle d’un petit mammifère au visage renfrogné comme une chauve-souris. Il y a des animaux plus « charismatiques » que d’autres, regrette Alexandra Morette, responsable des relations presse pour Code Animal.

Des logos pas choisis au hasard

La présidente de « One Voice », elle, voit dans les euthanasies d’animaux une stratégie marketing. Elles permettent de faire de la place. Un beau tigreau, un charmant bébé panda peuvent devenir des stars des réseaux sociaux et un argument pour vendre des tickets d’entrée. Naissance d’un paresseux à Beauval en mai dernier, naissance de pandas roux à la Boissière-du-Doré (Loire-Atlantique), à Jurques (Calvados)… La « mignonnerie » est payante. En résumé : l’image d’un ourson est plus vendeur que la photo d’une vieille hyène.

Mais sur ce terrain, les associations de protection animale peuvent se regarder dans le miroir. À la fin des années 1970, Brigitte Bardot aurait-elle autant attiré l’attention sur son combat — un combat légitime — s’il ne s’était agi de bébés phoques qui permettaient de charmants clichés ? Auparavant, le célèbre WWF avait adopté le panda comme logo sans désavouer le côté séducteur de l’opération : « Nous voulions un bel animal, en danger, et aimé par des personnes du monde entier », expliquait, en 1961, son président. Le logo de « One Voice » est un tigre, animal des plus « charismatiques ».

Quid de nos poules et de nos vaches ?

Distinction analogue : les animaux de zoos eux-mêmes sont plus charismatiques que les animaux d’élevage. Ceux-ci paraissent moins dignes de compassion. Comme le rappelait récemment dans nos colonnes Étienne Lombard, on n’entend pas les associations de protection des animaux lorsque les services de l’État procèdent à l’abattage de 8.250 poules saines. Ou à l’abattage de nombreux troupeaux de vaches, cet été aussi. Au nom du sacro-saint principe de précaution, certes, mais « nous savons reconnaître une vache malade, nous savons la soigner ou l’isoler, témoignait un agriculteur auprès de Jean Bexon. Abattre des animaux sains et immunisés, c’est détruire notre travail et notre avenir. » Le fait que les associations animalistes sont souvent anti-viandes et favorables à la fin de l’élevage n’est sans doute pas étranger au « deux poids deux mesures » en ce domaine.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

24 commentaires

  1. Faut expliquer ça aux écolos qui ne veulent pas de régulation de sanglier alors qu’ils font disparaitre à la vitesse grand V tous les oiseaux qui nichent au sol. Hé oui, le mot écosystème et biodiversité est difficile à comprendre pour des écologistes qui ne voient que du béton!

  2. Il est évident qu’il y a des animaux plus charismatiques que d’autres. On tue plus volontiers un insecte qu’une biche, ou un rat qu’un éléphant pour rester dans les mammifères. Pourtant rats ( de laboratoire) et insectes ( pollinisateurs) ont probablement apporter davantage à l’humanité. Le beau, la grandeur et la rareté ont leur importance.

  3. Je me permets de rappeler que L214 ne cesse de se battre pour la défense et le respect les animaux d’élevage : poules, porcs, vaches, et j’en oublie.

  4. Les gens nés peu après la guerre ne pouvaient voir des animaux exotiques que dans les zoos, les cirques, ou les aquariums. Depuis, avec la télévision, les drones, les caméras thermiques ou sous-marines, etc., on peut les voir dans leurs vraies vies, voir naître des baleineaux, voler à côté des oies sauvages, voir une lionne attraper un gnou… À quoi sert-il encore d’enfermer des animaux dans des zoos ?

    • Certains veulent connaître l’odeur, et aimeraient toucher. On a un côté saint Thomas. Heureux ce qui contentent de la virtualité, tanpis pour ceux qui doivent faire la queue au zoo et voir des animaux enfermés.

  5. Dans la même trajectoire : pas de problème, on ne fera plus la moindre objection (de conscience!) à la merveilleuse loi « d’aide à mourir » que l’on nous concocte actuellement !

  6. Personnellement je ne tue aucun animal, je laisse les autres le faire à mal place. C’est plus hypocrite mais c’est surtout plus confortable.

  7. L’abattage des vaches, poules, canards n’est pas fait pour »pour votre santé et votre sécurité »
    Mais pour détruire l’agriculture française au profit des gros de l’industrie agroalimentaire qui veulent nous gaver de m… mais à leur profit uniquement
    Alors restons dans l’Union européenne, avec Ursula qui ne répond de rien , jamais !
    Et nous disparaîtrons
    Ou alors reprenons notre souveraineté

  8. Je ne comprends pas ceux qui emmènent leurs enfants au zoo en leur faisant croire que c’est normal d’emprisonner toute sa vie un animal sauvage, juste pour le plaisir des yeux. J’aime les animaux c’est pour ça que je boycotte les zoos. Ils devraient être interdits, tout comme les animaux dans les cirques.

      • Oui certains maltraitent des animaux à leur domicile. Il n’ est pas exceptionnel d’entendre des chiens pleurer durant des heures car ils sont enfermés.

  9. Et si l’on parlait de la loi sur la fin de vie, ou de ce qui s’est passé dans certain ephad lors du covid ?

    • vous avez réagit avant moi sans compter les vas en guerre qui nous gouvernent sa ne les concerne pas pour l’instant

  10. Je rejoins complètement l’opinion de One Voice qui m’envoie sa lettre d’info chaque mois. J’aime bien les chauve-souris (j’en ai parfois derrière mes volets) et je ne les trouve pas renfrognées ! Je ne comprends pas pourquoi ce zoo de Montpellier les a exterminées. De toutes façons, je suis anti-zoo. Et je me suis exprimée à diverses reprises au sujet de l’assassinat — je tiens à ce terme — des vaches et des poules qui ne représentaient aucun danger. Je suis scandalisée et horrifiée de toute cette misère animale — et misère paysanne.

    • Je partage votre avis sur les chauves-souris car à l’heure où on ne cesse de nous parler d’écologie on oublie que ces animaux régulent les insectes en respectant sans même s’en douter des règles naturelles, a savoir leur appétit. Je ne suis pas vraiment écolo ni animaliste, juste conscient que chaque espèce animale a un intérêt (avec un doute pour l’espèce humaine je dois dire)

  11. D’ordinaire, l’euthanasie concerne les animaux vieillissants, abattus pour laisser la place à la génération suivante (les animaux vivent plus vieux en captivité que dans la nature, car ils sont à l’abri des prédateurs et bien soignés) …
    Mais pour les « humains » on y arrive aussi ! …
    Les « vieux » et les malades sont devenus des « éligibles » à l’euthanasie et en même temps la caste des poly-tocards sont « bien protégés » dans les ors de la France …

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