[ANIMAUX] Véganisme : à Rio, le prince William refuse le poisson du chef Jennings

Mondialisme contre identité, déracinement contre traditions : voilà de quoi le pirarucu a été l'enjeu.
By Jeff Kubina from Columbia, Maryland - Arapaima, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9028032
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Ce 5 novembre, à Rio de Janeiro, a eu lieu la soirée écologiste de remise du Earthshot Prize. Peu importe les lauréats. Plus intéressant, s’est déroulé en amont un incident opposant le prince William au pirarucu, mythique poisson d’Amazonie, sur fond d'idéologie vegan.

Le pirarucu, poisson roi de l’Amazone

Le Earthshot Prize, qui récompense les « exemples novateurs et révolutionnaires de leadership climatique », est un prix créé et présidé par le prince William. Question conformisme, le prince marche dans les pas de son royal père. Pour régaler tout ce beau monde, Saulo Jennings semblait idéal. Ce chef brésilien a la cote, et pour sa cuisine, et pour la philosophie qui l’inspire. Il aime la cuisine « durable », locale, respectueuse de l’environnement, avec des ingrédients typiquement amazoniens. « Nous mangeons ce que les forêts et les rivières nous offrent », tel est son credo. Qui, identitaire dans l’âme, ne souscrirait à ce sain principe?

Parmi les ingrédients fétiches de Saulo Jennings, le pirarucu, encore appelé arapaïma ou - mais ça fait moins rêver - « morue d’Amazonie ». Un long poisson de trois, quatre mètres, à la chair savoureuse. Un temps menacé par la surpêche, son existence est désormais assurée. Dans ses restaurants, Saulo Jennings décline le pirarucu sous plusieurs formes : en escabèche, en médaillon avec bacon grillé et houmous de haricots de Santarem, mais aussi en « feijoqueca », sorte de feijoade revisitée en ragoût. Tout cela agrémenté de chips de jambu, de mélasse de tucupi… On en a l’eau à la bouche.

Véganisme sectaire

Problème : le Earthshot Prize ne sert que du vegan - quand on vous disait que, question conformisme, le prince marche dans les pas de Charles III. On aurait pu penser que les organisateurs allaient faire une entorse à leurs principes et valider le menu. Après tout, chez les écolos, l’Amazonie est la référence ultime. Jadis déclarée « poumon de la planète », désormais luttant contre la déforestation et pour la protection de sa faune, de sa flore et de ses Indiens, l’Amazonie est incarnée, à l’international, par la figure iconique de cet autre chef qu’est Raoni, objet d’un infini respect occidental.

Mais voilà, loin de succomber aux charmes du pirarucu, le Earthshot Prize est resté inflexible. Le véganisme n’est pas négociable. Ses prescriptions sont inviolables. Nulle curiosité gourmande ne saurait justifier leur transgression. Les organisateurs assurent que les consignes n’émanent pas du prince William, mais comme il est le fondateur et président de l’organisation, difficile de le dédouaner totalement. Et Saulo Jennings, prié de remballer son pirarucu, a été écarté de l’événement…

Réponse du maître queux

Philosophe, le chef a eu une formule heureuse : lui demander de cuisiner vegan, « c'est comme demander à Iron Maiden [groupe de hard rock, NDLR] de jouer du jazz ». Pour lui, le poisson pirarucu fait partie intégrante du patrimoine, et l’écarter du menu, « c’était un manque de respect pour nos traditions culinaires et pour l’Amazonie elle-même ». Et Saulo Jennings de donner une leçon d’environnement, non pas désincarné, mais territorial : qu’est-ce que l’environnement, si on rejette un de ses éléments ? Qu’est-ce que l’Amazonie sans pirarucu ? « Le principe est universel, rappelle-t-il : connaître le territoire, respecter les rythmes de la nature et valoriser ceux qui le produisent ». Jean-Pierre Coffe ne disait pas autre chose.

Le véganisme interdit la consommation d’animaux mais aussi toute utilisation de leur dépouille. Que les membres du Earthshot Prize ne le sachent jamais : non seulement on mange le pirarucu, mais en plus, sa langue, « très dure et rugueuse », est utilisée par les Indiens comme râpe. Telle est la réalité du monde indien, sur les bords de l’Amazone. Un environnement spécifique, doué comme tel d’une identité. À Rio, il y avait donc face à face des environnementaux mondialistes, portant en bandoulière un véganisme uniformisant et déraciné… et un chef local venu présenter le poisson du coin. Ils l’ont dédaigné ? Honneur à Saulo Jennings et au pirarucu !

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 07/11/2025 à 23:12.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

55 commentaires

  1. On m’a toujours dit que lorsqu’on était bien élevé, on mangeait ce qui était donné à manger sans faire état de ses goûts et autres préférences. Et cela vaut pour tout le monde …

    • J’imagine que, de passage dans un pays exotique, vous mangeriez allègrement un bol d’asticots ou d’insectes bien croquants sous la dent ?
      Bravo, car moi, j’aurais du mal.

  2. Vegan a bouffer du foin ! Arriver dans un dîner avec un bouquet de fleurs , on ne sait jamais si c’est un cadeau ou si c’est le dessert

  3. Les vegans sont des hérétiques. On ne les empêche pas de brouter, qu’ils ne nous empêchent pas de manger

    • Vous avez le vegan paisible, qui ne fait de tort à personne.
      Vous avez également le vegan sectaire, qui veut imposer sa loi.
      C’est ainsi.

      • Les animaux les plus résistants, y compris face à l’homme, sont des omnivores. Se priver de manger de tout, c’est s’affaiblir volontairement et, donc, une forme de suicide.

  4. Compte tenu de sa position et de son rang, je doute que le prince circule dans des berlines bas de gamme aux sièges recouverts de skai. Celui qui veut faire « plus vegan que moi tu meurs », se prélasse bien sur des fauteuils en CUIR, non ? Et c’est quoi, le cuir ? Et ses chaussures, des espadrille s ou des tongs ? Pas très diplomate le futur roi.

  5. Rassurez-moi : bien sûr, tous les invités à ce agapes végan ont rejoint Rio de Janeiro à la rame, en bons écolos ?

  6. La cuisine « durable » ? Elle est bien bonne celle là. Le propre de la cuisine c’est d’être éphémère.

  7. Quel manque de savoir vivre, et ça veut donner de leçon au monde entier. Qu’il reste dans son pays et promeut le wokisme.

  8. Que fait le prince William grand amoureux des animaux, contre l’abattage halal qui devient la norme dans son pays ? ( et bientôt chez nous aussi)

    • A ‘Deffy70’, je peux vous assurer que depuis des années dans nos campagnes, l’abattage halal y est bien représenté.

    • Les ayatollahs du véganisme, la nouvelle religion à la mode. Désespérant… de bêtise ! Queen Elizabeth doit se retourner dans sa tombe !

  9. Dommage que le Earthshot Prize n’ait pas précisé qu’aucun produit animal ne devait figurer au menu.
    Les choses auraient été claires dès le début.

    Cela dit, l’article de Samuel Martin est tellement intolérant qu’il en est choquant. Mangez tout ce que vous voulez, mais souffrez que d’autres ne partagent pas vos goûts.
    Accessoirement, la chair du poisson ne prend pas de « e ». Celle du curé, si !

  10. Peu de gens le savent, mais le roi Charles, son père, est un écologiste fanatique, grand prêtre des COP et grand amateur de charlataneries comme la biodynamie et il est persuadé que le monde doit renoncer au progrès et au confort.
    Les rois étant ce qu’ils sont, un minimum de confort est quand même requis pour ces majestés.

    •  » grand amateur de charlataneries comme la biodynamie « ….C’est marrant ces personnes qui n’y connaissent rien et répète à l’envie ce qu’ils croient vérité, » parce qu’on la dit à la télé, hein ! »….Si vous pouviez venir dans mon jardin que je cultive en biodynamie depuis plus de trente ans…Mais bien sûr, c’est du charlatanisme. Quand on ne sait pas, on se tait, merci.

    • Euh, certains légumes cuits à l’anglaise ne sont pas géniaux « gastronomiquement » parlant.
      Enfin, c’est mon avis.
      Les goûts et les couleurs ne s discutent pas.

    • Je ne suis pas vegan, oh, non! quant à la gastronomie anglaise, avez-vous remarqué qu’en France, nous pouvons déguster des spécialités de beaucoup de pays, sauf d’Angleterre; on ne trouve pas de restaurant anglais en France. Le seul plat que j’apprécie en Angleterre, c’est ce que les anglais appellent « salade », et que nous nommons « assiette anglaise ».

    • Bien vu ! Hi, hi !
      Par contre , les carences vitaminiques ne manqueront pas de faire leurs apparitions avec l’âge

      • La majorité des vitamines proviennent des fruits et des légumes , sauf les Vit B3, B6 et B12 qui proviennent de la viande.

        Par contre, en ce qui concerne certains acides aminés essentiels, oui, il faut manger soit de la viande, du poisson et des œufs pour en absorber (ou des compléments alimentaires).

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