Attentats du Bataclan : à gauche, la tentation de relativiser le bilan des victimes

Pour évacuer les sujets qui fâchent, certains ont recours à des comparaisons pour le moins douteuses.
Cyrille Dion
capture d'écran Cdansl'Air

Nouvel incident, sur le plateau de France 5. Lundi 10 novembre, le militant écologiste Cyril Dion était l’invité de l’émission C dans l’air, où il était question de la COP30, qui se déroule actuellement à Belém, au Brésil. L’occasion, pour lui, de souligner la gravité de la situation et d’agiter la peur des « changements climatiques », en procédant si nécessaire à quelques comparaisons douteuses. « Le terrorisme islamiste, entre 2012 et 2023, ça a fait 273 morts en France. La pollution de l’air, ça a fait entre 500.000 et un million de morts en 10 ans. Qu’est-ce qui nous rend le plus en insécurité ? », a-t-il questionné. Devinant le dégoût que pourrait inspirer une telle déclaration, qui plus est sur le service public, la journaliste Caroline Roux a tout d’abord acquiescé, avant de mollement nuancer le propos : « Et nous sommes à la veille de l'anniversaire, malgré tout, des attentats du Bataclan qui ont heurté le pays… ».

Immédiatement, de très nombreux internautes ont dénoncé cette comparaison semblant minimiser la gravité du djihadisme et relativiser la souffrance vécue par les victimes des attentats islamistes. D’autres ont remis en cause les chiffres avancés par Cyril Dion. À l’écouter, la pollution de l’air ferait entre 50.000 et 100.000 victimes en France chaque année. Mais d’où tire-t-il ces chiffres ? Santé publique France évoque plutôt 40.000 décès annuels. Et il s’agit, là aussi, d’une estimation à prendre avec des pincettes, étant issue d’une « étude » dont la méthodologie et les soubassements pourraient être largement débattus.

Des comparaisons nauséabondes

Les parallèles indignes sont manifestement à la mode. Lundi 10 novembre, toujours, un compte de gauche très suivi sur les réseaux sociaux a, lui aussi, tenté de minimiser la gravité du djihadisme en recourant à une étonnante comparaison. « Le saviez-vous ? Les chasseurs ont tué plus de personnes que les attentats terroristes depuis l’an 2000 en France », a ainsi observé le compte Le Bonjour Tristesse.

Certes, la chasse fait des morts. On en a décompté six, sur la saison 2023-2024. C’est six de trop. Mais ajoutons, cependant, qu’il s’agit là d’accidents et non de meurtres. De plus, il convient de noter que les accidents de chasse sont largement composés de blessures auto-infligées. Des nuances d’importance qui ont malheureusement échappé à notre twittos…

Au petit jeu des comptabilités morbides, d’autres comparaisons du même acabit, tout aussi illégitimes, pourraient être proposées. On pourrait, par exemple, expliquer que les victimes de « féminicides » - une centaine de cas par an - pèsent bien peu, face aux 3.000 vies perdues sur la route chaque année. On pourrait, aussi, relativiser la gravité des « violences policières », puisque les personnes perdant la vie lors d’un contrôle de police – moins de 20 par an - sont sans commune mesure avec les quelque 160.000 Français qui meurent d’un cancer chaque année. Bizarrement, ces comparaisons-là ne sont jamais formulées dans les médias.

La relativisation de l'islamisme

On l’aura compris, les comparaisons les plus infâmes sont autorisées lorsqu’il s’agit de mettre sous le tapis les sujets qui fâchent. Tout est permis pour évacuer le réel et rééduquer les Français. Le message est le suivant : inquiétez-vous du réchauffement climatique et des dangers de la chasse, mais ne parlez surtout plus d’islamisme ou de toute autre conséquence néfaste de l’immigration. C’est le discours que porte la gauche depuis de longues années. « Je ne crois pas qu’il y a aujourd’hui en France une menace de terrorisme islamique », déclara tranquillement l'élue d'extrême gauche Clémentine Autain, lors d’un débat Yahoo! en 2013, quelques mois après l’attentat commis à Toulouse par Mohammed Merah. « L'islamisme n'est pas en soi une chose grave », asséna une journaliste de Mediapart, sur France 5, en 2017. « Quel est le problème, au juste, avec l’islamisme au pouvoir ? Ne s’agit-il pas d’une option politique comme une autre ? », se demanda encore la journaliste Leïla Slimani, en 2021.

C’est dans cette droite lignée que s’inscrivent les propos tenus lundi soir, sur France 5, par Cyril Dion. Un militant écologiste qui a par ailleurs son rond de serviette à France Inter et qui s’est publiquement engagé contre le RN… Quelle surprise !

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

63 commentaires

  1. Pourquoi s’étonner ? les escrologistes ne savent débiter qu’un discours formaté délivré, contrôlé  » par Grand chef
    surtout nier la réalité douloureusement vécue par le « bas peuple « 

  2. Il ne s’agit aucunement pour Cyril Dion de relativiser les attentas du 13 novembre 2015 (il le dit lui même) mais lui est un spécialiste du réchauffement climatique.
    Lorsqu’on sait qu’une poignée de personnalités d’extrême droite sont encore climatosceptiques, il est important de rappeler les ravages du dérèglement climatique qui se situent à une toute autre échelle.
    Concernant la menace islamique, 80 attentats djihadistes ont été déjoués en France depuis le 13 novembre 2015, ce qui est considérable.

    • Il y a eu des dizaines de changements climatiques depuis que le monde est monde. Le Sahara a été un marécage, la France a eu un climat sibérien etc….et l’avion, la voiture et l’homme en général n’y étaient pour rien!

    • « mais lui est un spécialiste du réchauffement climatique » ???? Sa fiche Wikipédia que je suis allé voir, car je n’avais jamais entendu parler de ce personnage, nous dit ceci : « Cyril Dion, né le 23 juillet 1978 à Poissy, est un écrivain, réalisateur, poète et militant écologiste français. » Sa fiche ne parle pas de diplômes universitaires en physique, en agronomie, en climatologie, etc. Autrement dit, votre « spécialiste du réchauffement climatique » est autant un « spécialiste » que je moi je suis une danseuse étoile du Bolchoi !

    • ce n’est pas une raison pour em*erder les français avec l’écologie. Qu’il aille prêcher la bonne parole en Chine aux USA, en Russie où il aura un accueil délirant, j’en suis certain. Il veut faire le beau? Qu’il milite pour mettre les camions étrangers en transit sur des trains au lieu de polluer mon Pays.
      Pas possible? Evidemment : quand on a une SNCF en grève toutes les cinq minutes.

  3. Rappelons que le concept de « wokisme » est né de la bouche de Martin Luther King pour désigner aux Etats-Unis la lutte des noirs américains contre toutes les formes de discriminations.
    Ce concept a depuis quelques années été totalement dévoyé par l’extrême droite pour devenir un mot fourre-tout qui désigne tout ce qui ne leur convient pas.
    Une autre époque …

    • je n’en sais rien pour Mr Luther King, mais récemment un vote pour l’abrogation de l’accord gaullo-algérien de 68. Toute la gauche a voté contre. Ne suis ni gauche ni droite, mais FRANCE.
      Et encore capable de comprendre qui n’aime pas la France. Votre cas?
      « Rappelons » rappelez mon cher qui n’aimez pas être seul, que la gauche a toujours bossé pour l’ennemi depuis qu’elle existe. Des exemples?

    • Le mot woke est apparu au 19ème siècle alors que Martin Luther King n’était même pas encore une lueur lubrique dans l’œil de son grand-père!

    • Mais bien sûr!
      Je rappelle également qu’on soupçonne fortement « l’extrême droite »d’être à l’origine de la peste bubonique,du choléra,d’avoir provoqué des famines et d’avoir organisé les naufrages du TITANIC et de l’Amoco Cadiz.
      Une liste exhaustive comprenant 20 volumes de 3000 pages sera prochainement fournie par les soins du dénommé Kieslowski.
      On brûle d’impatience!

  4. Je voterais bien pour la trépanation en groupe de tous les gauchistes ! Comme ils le disent eux-mêmes, c’est sans risque !

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