[AU TRIBUNAL] Narcotrafic : un procès pour double meurtre sous omerta
Ils étaient six avocats à plaider, ce mardi, pour assurer la défense des quatre prévenus. Pour les encadrer, plus du double de gardiens de la paix a été mobilisé, tous cagoulés afin de ne pas être reconnus. Il faut dire qu’à la veille du verdict, le procès, qui se tient depuis le 2 février au tribunal judiciaire de Bobigny, aura été hors normes. Il juge les bras armés soupçonnés d’avoir eu la charge d’exécuter Sofiane et Tidiane, 25 et 17 ans, abattus en septembre 2020 dans une cave de la cité Soubise, à Saint-Ouen, sur fond de guerre de territoires entre deux importants réseaux de narcotrafic. Tous, à l’exception d’un, sont également accusés d’une tentative d’homicide sur six personnes, le 3 octobre 2020.
La peur au cœur des débats
Une tension omniprésente tout au long de ces débats pour double meurtre et tentative de meurtre en bande organisée, au point que de nombreux témoins et parties civiles ont refusé de venir déposer à la barre, par crainte de représailles. La situation – exceptionnelle, glisse-t-on dans les couloirs du tribunal – a conduit à la mise en place d’une cour spécialement composée, en l’absence des jurés populaires habituels.
Cette peur que l’accusation présente comme centrale, certaines défenses s’emploient au contraire à la déconstruire. En particulier celle d’El Mehdi Zouhairi, le cinquième accusé et grand absent de ce procès hors normes. Soupçonné d’avoir été le commanditaire des opérations, présenté comme le chef du point de deal de la cité Charles-Schmidt à Saint-Ouen, il a fui le territoire et se trouverait aujourd’hui au Maroc. C’est pourtant lui qui, à distance, a choisi de se défendre, mandatant une avocate pour clamer son innocence.
De l’autre côté de la Méditerranée, à travers son avocate, l’accusé absent aura parfois semblé plus loquace que ceux présents dans le box. Car durant ces quatre semaines d’audience, la plupart des prévenus se sont murés dans le silence. Un mutisme seulement rompu par les provocations répétées des frères jumeaux Samuel Y. et Jérémy Y., qui leur auront valu d’être exclus de la quasi-totalité des débats. Une mise à l’écart qui n’a fait que renforcer l’étrangeté de leur position dans ce dossier.
La stratégie du doute
Les deux frères, jumeaux monozygotes, auront joué leur rôle à l’unisson, jusque dans la stratégie de défense. Comme dans l’affaire elle-même, leur gémellité a servi de brouillard. Des traces d'ADN retrouvées sur une arme sans qu’il soit possible de déterminer à qui elles appartiennent, responsabilités diluées : le tribunal a dû tenter de distinguer l’un de l’autre là où tout semblait fait pour les confondre. Leur défense s’y est engouffrée, cherchant à les dissocier pour éviter une condamnation commune, quitte à pousser la logique jusqu’à demander l’acquittement des deux, plutôt que la condamnation de l’un pour le rôle de l’autre. « Ce n’est pas parce qu’ils disent "c’est moi" qu’il faut les croire sur parole », lance l’avocat de Samuel, appelant à juger selon « la loi de la République, pas celle du quartier ».
Autre ligne de fracture : la qualification de bande organisée. Contestée par la défense, elle irrigue pourtant l’ensemble du dossier. Pour Yves-André N., seul accusé à avoir partiellement reconnu les faits, la stratégie consiste à isoler son geste. Il aurait tiré sur Sofiane, qu’il connaissait, mais pas sur Tidiane, qui aurait été l’affaire d’un autre tireur, d’une autre arme, selon son avocat.
Pour Saad-Eddine E. A., l’accusation repose presque exclusivement sur une ligne téléphonique. Trop fragile, pour sa défense qui parle d’une affaire de probabilités : un téléphone utilisé par plusieurs proches, et même par Yves-André N. Lui aussi demande donc l'acquittement pour son client.
Des témoins absents
Plane encore l’ombre de la peur. Peur des témoins, peur des représailles, peur qui expliquerait les silences et les absences à la barre. Une peur que la défense d’El Mehdi Zouhairi juge invérifiable. « Pas un seul élément matériel, objectivement vérifié » ne démontre que ceux qui se sont tus l’auraient fait sous contrainte, insiste son avocate. Dans une grande plaidoirie contre le durcissement de la justice à l’égard des grands criminels, elle fustige la logique sécuritaire – celle du garde des Sceaux Gérald Darmanin –, qu’elle qualifie de « politique archaïque et réactionnaire », dénonçant des « peines d’élimination sociale sur un dossier aussi vide ». Et d’interpeller la cour sur son devoir : celui de ne pas confondre climat et preuve.
Dans le public, nombreux et disparate, les commentaires vont bon train. Habitués des grandes affaires criminelles, proches des parties, simples curieux. Tous semblent happés par ce procès « passionnant » mais « lourd ». « On a hâte que ça se termine, pour revenir à la vie normale », confie une avocate de partie civile.
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7 commentaires
Condamnation « in solidum » comme l’infraction puisque c’est personne. Mais nos juges cherchent …à ne pas remplir les prisons déjà surpeuplées
Curieusement quand je vivais aux Émirats ou en Arabie , j’ai jamais vu de dealeurs aux coins des rues ou aux sorties des écoles.
Il est vrai que 20 – 30 ans ferme pour les plus chanceux ou la peine de mort dissuade les vocations.
Les peines sont fonctions des quantités saisies.
Généralement des pakistanais qui les importent en rentrant, pour se faire un extra de revenu .
Tous ces avocats qui défendent ces narco trafiquants bon il faut le faire !! seraient ce des clients de leurs clients ?
Les chances pour la France la diversité heureuse voilà le résultat
USQUE TANDEM , jusqu’où descendrons nous ?
notre pays s’enfonce dans la délinquance, la violence et la dictature et nous ne faisons rien pour arrêter ces ignominies.
La dechéance de la nationalité française pour les binationaux délinquants devrait être automatique .