Audiovisuel public : Élise Lucet, coriace face à la commission d’enquête

La journaliste a contourné les questions gênantes et s'est présentée en modèle de vertu.
Elise Lucet à l'Assemblée nationale, le 10 février 2026 @Jean Bexon
Elise Lucet à l'Assemblée nationale, le 10 février 2026 @Jean Bexon

Élise Lucet, figure de l’investigation à France Télévisions, n’a pas été inquiétée lors de son audition où elle a défendu bec et ongles une ligne éditoriale et des méthodes irréprochables.

La présentatrice d’Envoyé spécial et Cash investigation, deux émissions d’investigations phares de France 2, se présentait ce mardi 10 février devant la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. Difficile de coincer une journaliste qui exerce avec succès sa profession depuis plus de 40 ans. En effet, c'est en 1983 qu'Élise Lucet fait ses premiers pas à France 3.

Est-ce l’expérience du vieux taulier ou la préparation minutieuse de l’audition qui lui a permis de ne pas être bousculée ? Certainement les deux. Le Parisien détaillait, il y a deux jours, le travail considérable que les équipes de France Télévisions, et de l’audiovisuel public plus généralement, fournissent pour préparer les auditions de leurs salariés devant la commission d'enquête afin de fournir avec précision les éléments de langage les mettant à l’abri. Force est de constater que pour ceux qui suivent avec assiduité, notamment grâce à Boulevard Voltaire, les travaux de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, les propos des personnes auditionnées évoluent, ces dernières semaines. Ils sont plus vagues et plus lisses, moins interprétables, moins attaquables. À grand renfort d’entraînements et de leçons de communication — et l’effet de surprise passé face aux questions du rapporteur Charles Alloncle sur la « gabegie » et la situation de « quasi-faillite » de France Télévisions —, l’audiovisuel public ne compte plus se laisser impressionner par le député de l’Hérault. Goliath tente de reprendre le dessus.

« Vous ne vous attaquez pas aux vaches sacrées de la gauche »

Ainsi en est-il pour Élise Lucet. Lorsque le rapporteur lui demande pourquoi ses émissions ne se penchent pas sur les très nombreuses difficultés de l’audiovisuel public que cette commission d'enquête, notamment, a mises en lumière, celle-ci répond qu’elle est bien mal placée pour cela : « Je serais juge et partie et il y aurait l’ombre du soupçon sur ce que je pourrais dire ou faire. » Lorsque le député ciottiste souhaite savoir pourquoi le service public ne se penche pas sur des personnalités, souvent de gauche, liées à des scandales sexuels comme Tariq Ramadan, Olivier Duhamel, Gérard Miller ou Jack Lang, la journaliste de France 2 cite le reportage d’Envoyé spécial réalisé il y a deux ans sur Gérard Miller. « À aucun moment vous ne pouvez nous reprocher de ne pas aborder ces sujets. Si vous pensez qu’on s’interdit des investigations sur ce genre de dossiers, c’est absolument faux », explique Élise Lucet, qui affirme s’intéresser au sujet Epstein-Jack Lang mais, malheureusement semble-t-elle dire, les investigations ont été confiées à l’autre émission de France 2, Complément d’enquête. « Ce serait une dépense inique », répond malicieusement Élise Lucet, qui insiste ainsi sur la bonne gestion des deniers publics.

La députée RN Caroline Parmentier en rajoutera une couche, mais sans succès véritable. « Vous ne vous attaquez pas aux vaches sacrées de la gauche », lui lance la parlementaire mariniste, qui en profite pour citer le salaire que la journaliste, comme désormais toutes les personnes auditionnées, a refusé de délivrer publiquement en début d'audition : « Une militante très cher payée par nos impôts, par les impôts des Français, pour un salaire de 25.000 euros par mois, […] pour des émissions qui coûtent 400.000 euros chacune. » « J’ai un salaire important, parce que j’ai 42 ans de métier », justifiait Elise Lucet, quelques minutes auparavant.

« Pourquoi cette obsession vis-à-vis de l’Église catholique ? »

L’audition sera émaillée d’une formule, visiblement préparée par la journaliste, pour faire face à la désormais légendaire opiniâtreté de Charles Alloncle : « Peut-être vous ne m’avez pas écoutée. » Le rapporteur évoque, par la suite, la dizaine de reportages réalisée en trois ans sur des sujets impliquant l’Église catholique sans que l’islam ou le judaïsme ne subissent les mêmes enquêtes : « Pourquoi cette obsession vis-à-vis de l’Église catholique, comment expliquer une telle différence de traitement ? » Élise Lucet lui rétorque habilement avoir réalisé, en février 2025, un sujet sur le patrimoine et sa sauvegarde s’intitulant « Les églises en ruine ». Elle affirme s'intéresser à toutes formes de radicalisation, comme le prouve par exemple le reportage d’Envoyé spécial « Fils de djihadiste », réalisé en 2024. « Peut-être que vous avez un prisme », souligne, provocante, Élise Lucet au rapporteur, pour la première fois mis en difficulté dans une audition.

Lorsque celui-ci se demande pourquoi les investigations ne concernent jamais les grands dirigeants de gauche à l’international, faisant allusion à un numéro à charge contre Giorgia Meloni, il se voit répliquer que le numéro d’Envoyé spécial de janvier 2026 portait sur le dirigeant vénézuélien Maduro. « Je comprends que vous n’ayez pas le temps de tout voir, ce n’est pas une critique », explique la journaliste au rapporteur. Droite dans ses bottes et imperturbable. Avec l'impertinence habituelle de ceux qui pensent ne rien avoir à se reprocher.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

65 commentaires

  1. L’arrogante lucet très cher payée par nos impôts mais toujours à charge contre les gens de droite gagnant bien leur vie par leur travail. Cette journaleuse militante je ne la regarde plus depuis des années car j’en vomi de rage

    • Si vous ne la regardez plus depuis des années, comment pouvez-vous porter des jugements
      valables ? Elle a peu-être un salaire excessif, mais comme beaucoup de monde dans certains
      milieux, gauche et droite confondus !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois