Avec l’Eure, la majorité des départements est désormais revenue au « 90 »

Les statistiques officielles ont largement donné tort au mirage sécuritaire des 80 km/h d’Édouard Philippe.
Capture d'écran TF1
Capture d'écran TF1

Depuis le 9 février, l’Eure est le 52e département à revenir à la limitation de la circulation à 90 km/h sur les routes départementales. Ce lundi, des représentants du conseil départemental et une équipe technique ont convié la presse pour le remplacement du premier panneau indicateur « 80 » par un « 90 ».

Le « 90 » redevient majoritaire

Ce basculement du département normand est un symbole fort puisque désormais, les départements à « 90 » sont redevenus majoritaires sur le territoire. « Engagement tenu », a annoncé le compte X d'Ensemble pour l’Eure, le mouvement de la majorité au conseil départemental. Les uns après les autres, les départements reviennent sur la mesure de généralisation du « 80 » imposée en 2018 par Édouard Philippe, alors à Matignon.

Pour le président LR du département, Alexandre Rassaërt, rapporte Le Parisien, cette restriction était « vécue comme injuste » par les habitants de l’Eure. Elle « ciblait des gens qui travaillent, vivent à la campagne et ne peuvent se déplacer qu’en voiture ». Il rappelle d’ailleurs que la question des 80 km/h figurait dans les cahiers de doléances des Gilets jaunes et aurait été « un déclencheur des contestations. » Et en revenant au « 90 », « nous corrigeons cet affront fait à la ruralité », assure-t-il.


Ce sont donc 4 200 kilomètres de routes du département qui repassent à la limite historique, après une série d’études de sécurité effectuées dès la fin 2024 par le Pôle technique et gestion de la route (PTGR). Survendue à l’époque par Édouard Philippe, encouragé par quelques associations, la limitation à 80 km/h n’a jamais convaincu, et son efficacité a surtout été rapidement démentie par les chiffres officiels de l’accidentalité routière.

Édouard Philippe démenti par les chiffres

Alors que le gouvernement de l’époque promettait des résultats sur la sécurité routière comparables à ceux de « l’obligation du port de la ceinture de sécurité », le président de l’Eure indique que les tests effectués depuis ont montré qu’il « n’y a pas eu 50 % de moins de mortalité, bien au contraire, il y a eu plus de blessés ». Et il rappelle par ailleurs que la plupart des accidents sont multifactoriels, pointant « l’alcool, le comportement, le portable, les stupéfiants, etc. ».

Ces constats du président de l’Eure rejoignent d’ailleurs les conclusions de l’association 40 millions d’automobilistes, qui a analysé les statistiques dans les départements restés aux 80 km/h. Cette mesure, comme d’ailleurs la généralisation des radars, n’a pas fait baisser le nombre des victimes, lequel a même augmenté sur les dernières années. « Le 1er juillet 2018, rappelle 40 millions d’automobilistes, le gouvernement abaissait la vitesse maximale autorisée de 90 à 80 km/h sur 400.000 km de routes bidirectionnelles sans séparateur central ». Cette mesure, dont Édouard Philippe annonçait qu’elle allait sauver « entre 350 et 400 vies » par an, « fut prise sans réelle concertation avec les collectivités territoriales, ni consultation approfondie des citoyens ».

Or, en 2019, « les résultats rapportés par l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière (ONISR) montraient, non pas une diminution du nombre des accidents et des tués sur les routes, mais une augmentation de 5 décès sur les routes françaises métropolitaines et d’Outre-mer par rapport au même semestre l’année précédente ».

Bon sens et adaptation aux réalités

Et « à l’inverse, le retour aux 90 km/h n’a pas été marqué par une recrudescence des accidents dans les départements concernés », constate par ailleurs 40 millions d’automobilistes, pour qui la vague de retour aux 90 km/h s’explique aussi, au-delà de l’inefficacité des 80 km/h, par le fait que « les élus ont à cœur à une limitation plus adaptée à la situation de leurs routes ».

D’ailleurs, la carte de France des limitations de vitesse par départements, produite par 40 millions d’automobilistes, est très instructive. On y constate que la plupart des départements « centraux » de l’hexagone, essentiellement ruraux, sont revenus au « 90 », tandis que les départements des grandes métropoles, ainsi que de nombreux département côtiers, hésitent encore et maintiennent pour l’instant le « 80 ».

Dans l’Eure, le retour au « 90 » a par ailleurs nécessité le réglage des radars automatiques et le changement d’un millier de panneaux indicateurs, pour un coût d’environ 300 000 euros. Cela correspond à « 5 % du budget annuel consacré à la voirie du département et 50 centimes par Eurois en une fois », indique Alexandre Rassaërt. Un coût qu’il juge « abordable », même si cela « aurait coûté moins cher de ne jamais appliquer les 80 km/h. » Comme toutes les usines à gaz, ce qui est inutile ou contreproductif est par définition toujours trop cher, en effet.

Vos commentaires

59 commentaires

  1. Dans mon département, le président du Conseil Départemental a décidé de conserver le 80km/h afin ( dixit l’intéressé) » de ne pas être responsable des accidents routiers qui pourraient survenir en revenant aux 90km/h ».
    Vu le nombre d’accidents relevés dans l’ensemble du département, dont un grand nombre mortels, on peut légitimement s’interroger sur le degré de responsabilité de cet élu.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois