Bruno Le Maire et le déficit qui dérape. Le Pithivier de la Macronie : « J’ai glissé, chef ! »
Dans n’importe quelle autre démocratie, l’interview de Bruno Le Maire par Caroline Roux, pour l’émission C dans l’air, diffusée ce dimanche 9 novembre, tournerait au scandale d’État. Pas en France. Ça doit faire partie de ce qu’on appelle fièrement « l’exception française ». L’objet du scandale ? Une lettre, comme dans beaucoup d’affaires d’État, si on fait un peu d’histoire. Comme dit le vieil adage romain : « Verba volant, scripta manent » (« Les paroles s’envolent, les écrits restent »). Une lettre, frappée de la mention « Secret », envoyée le 6 avril 2024 par le grand argentier de Bercy de l’époque au locataire de l'Élysée.
Comment le gouvernement d'Emmanuel #Macron a-t-il pu laisser à ce point déraper le déficit budgétaire français ? L'ancien ministre de l'économie Bruno Le Maire l'admet aujourd'hui : "Nous nous sommes plantés sur les recettes". #cdanslair #dette pic.twitter.com/oJ6dVo62hC
— C dans l'air (@Cdanslair) November 9, 2025
Une erreur à 42 milliards...
Dans cette correspondance officielle, Le Maire alertait le chef de l'État sur le dérapage des comptes publics et proposait des mesures d’économie immédiates ainsi qu’une loi de finances rectificative (LFR). C'est-à-dire une loi qui permet, en cours d’exercice budgétaire, de modifier de manière significative la loi de finances initiale (LFI), votée à l’automne de l’année précédente. Un acte politique qui n'est pas anodin, puisqu’il s’agit d’un retour au Parlement et, en quelque sorte, d'avouer qu'on s'est trompé dans ses prévisions, le budget voté, notamment dans sa partie « recettes », ayant un caractère prévisionnel (gouverner, c'est prévoir).
Ce dérapage du déficit ne tenait pas tant à un accroissement des dépenses qu’à une perte de recettes par rapport à ce que la LFI pour 2024 (concrétisation du PLF 2024) avait prévu : pas moins de 42 milliards. L’équivalent du budget alloué aux armées en 2023… Une erreur à 42 milliards pour 370 milliards de recettes prévues par la loi. Faites le calcul : 11,35 % d'écart. C’est peu dire que c'est beaucoup, mais qui fait dire à Bruno Le Maire, sur le ton du faux modeste qu’il est : « Je reconnais, avec beaucoup d’humilité, nous nous sommes plantés sur les recettes, et plantés big time » (en français, on dit « dans les grandes largeurs »). Comme disait le brave Pithivier, dans le film La 7e Compagnie : « J’ai glissé, chef ! » L'an passé, lors des différentes auditions devant le Parlement, à écouter les ministres ou anciens ministres, c'étaient les services qui s'étaient plantés, pas les politiques.
« Nous nous sommes plantés »
Notez l’emploi du « nous » collectif pour avouer la glissade à 42 milliards. En Macronie, les réussites sont individuelles, les échecs collectifs, tout comme « les bénéfices, ça se divise et la réclusion, ça s’additionne », comme disait le Dabe dans le film Le cave se rebiffe. Il est vrai que Modeste Le Maire, lors de sa réception marquant son départ de Bercy, en septembre 2024, avait déclaré : « Dans la bonne République, disait Montesquieu, on dit "nous". Dans la bonne monarchie, on dit "moi". Alors apprenons à dire "nous". » Donc, « nous nous sommes plantés ». Fin de l’histoire, on passe à autre chose parce qu’on n’a pas que ça à faire.
Et donc, au fait, la réaction présidentielle, à la réception de cette lettre ? Deux jours après, Macron réunissait les grands chefs à plumes de la Macronie. Vient sur la table la question d’une LFR. « Je n’en vois pas l’intérêt », aurait tranché le Président. On était en pleine campagne des européennes : effectivement, il n’y avait pas à intérêt à retourner, penaud, devant le Parlement.
« Démissionner, c’est capituler »
Mais tout cela, on le savait déjà. La mission d’information du Sénat sur la dégradation des finances publiques de l’automne 2024, menée de main de maître par les sénateurs Claude Raynal (PS) et Jean-François Husson (LR) et dont il faut lire le rapport, avait déjà tout mis en lumière. La conclusion de ce rapport, daté du 19 novembre 2024, est d'ailleurs sans appel : « Les précédents gouvernements ont ainsi mis le Parlement et les Français devant le fait accompli d’un déficit budgétaire abyssal et historique fin 2024, nécessitant des mesures de redressement dont ils rejettent désormais toute responsabilité. »
Alors, pourquoi Le Maire, face au déni de Macron, n’a-t-il pas démissionné, en avril 2024 ? Réponse : « La démission ne m’a jamais traversé l’esprit pour une raison très simple : démissionner, c’est capituler. » C'est beau. Encore un peu et Bruno Le Maire va nous dire qu'il a fait à la France le don de sa personne. Et l'ancien ministre de nous expliquer, en gros, qu’il a fait ce qu’il a pu, là où il était : « J’avançais pas à pas, avec des petites victoires, des défaites aussi, mais des petites victoires pour le rétablissement des comptes publics… » Bilan : un déficit public à 5,8 % du produit intérieur brut en 2024, après 5,5 % en 2023 et 4,7 % en 2022.
Que retirer de cet entretien, outre le fait que Le Maire règle ses comptes - ce qui, visiblement, est plus facile à faire que de les tenir - avec ses petits camarades de la Macronie avec qui il a dirigé la France durant sept ans ? Qu’en fait, il ne faut surtout pas confondre l’expression, usée jusqu’à la corde après bientôt neuf ans de macronisme, « agir en responsabilité » avec celle, peut-être plus ringarde, « agir en responsable ».
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78 commentaires
le maire sans majuscule tellement il m’écœure bardé de diplômes mais aucune compétence, menteur, hautain, méprisant, suffisant , arrogant et un traitre pour finir. J’espère qu’il ne sera jamais réélu quelque part. Il fait parti de ces politiciens qui ont ruiné le pays.
responsable, coupable mais INTOUCHABLE !
on a déjà donné
Et donc après cette brillante démonstration de collaboration et d’éthique d’un ancien LR, on n’aurait le choix de laisser les clés qu’à un Philippe, un Bertrand, un Wauquier ou un Retailleau ?
Franchement, vous vous attendiez à quoi de la part d’un collabo LR ?
« J’ai glissé chef ». Le problème dans une chute, c’est que souvent, comme une cascade de dominos, ça touche beaucoup de monde.
Mais lui même reconnaissait il n’y a pas si longtemps ne pas être doué en maths, ne sachant pas l’équivalent en mètres carrés d’un hectare ! Alors pourquoi s’étonner ! Bruno est un littéraire avec une prédilection pour l’érotisme..et comme il n’a pas de colonne vertébrale….tout pouvait arriver ! La preuve ! Mais, n’oublions pas l’ersatz de président, tout aussi pleutre, engoncé dans son égo !
Que restera-t-il dans l’Histoire de Monsieur Le Maire ? Rien. Son nom sera pour toujours lié au déficit et à la dette français des années 2020. Quant à ses écrits érotiques…mieux vaut les ignorer.
Encore, Je suis sûr que la partie « recettes » a VOLONTAIREMENT été surcôtée. Juste pour pouvoir s’autoriser tout un tas de dépenses inutiles mais démagogiques. Comme je le disais avant-hier, il faut à l’Assemblée commencer par la partie dépenses (avec un objectif obligé de 3%/an d’économie) et ne parler de recettes qu’après.
Nous sommes en présence de la plus vaste fumisterie du siècle à propos de la suspension de la réforme des retraites, hors bien sur les politicards qui se renient joyeusement comme Macron, Borne et compagnie, dans une farandole orchestrée par Lecornu chantre du boniment politique, la junte médiatique au sens large s’érige en défenderesse de notre économie nationale en fustigeant cette reculade. On assiste notamment sur LCI à un débat sur le sujet où Pascal Pérri et T Breton entre autres, sont les plus virulents. Mais bon sang, n’y a t-il personne pour leur rabattre le caquet par ce simplissime constat, fin 2017 la dette publique est de 2218 milliards, fin 2025 elle atteindra 3345 milliards, qui a été le président de la République entre ces deux date et avaient vous voté pour lui?
Tous ont soutenu Macron en 2017 et pire l’ont fait réélire en 2022 tandis qu’ils avaient connaissance du carnage économique en cours, mis en œuvre par Bruno Lemaire . Sans amour il n’existe pas de haine, la mienne leur est assurée à jamais.
Dans la nouvelle « poule aux œufs en plastique » des lubies islamowokistes qui règnent aussi dans la justice, on nous propose une méthode similaire et adaptable même sans rapport direct, tant avec les héritiers de voleurs de l’Etat de Larem qu’avec les terroristes du Bataclan, sorte de nouveau monstre décomposant: La » justice restaurative », inspirée non pas de la réparation ou du pardon comme on en perçoit l’intention douteuse, mais par l’amour de son bourreau. Quand ils en auront fini avec cette salade d’impostures, on pourra peut être passer à la France et ses vrais problèmes, non?
Ils ne se sont pas plantés, ils ont triché et menti !
Pour les commerçants, dans le cadre du code du commerce, ce type de malversations se nomme « délit d’image infidèle dans les comptes » et peut être sanctionné de 5 ans de prison et jusqu’à 1 875 000 euros d’amende.
Bien que n’étant pas juriste, je serais très étonné qu’il n’existe pas, dans le code pénal, un équivalent à opposer non seulement aux décideurs, seulement les ministres concernés le président étant auto-immune et pouvant donc se permettre toutes les trahisons dans le cadre de son mandat, mais également à la ribambelle de hauts fonctionnaires nuisibles de Bercy qui ont couvert ces prévarications quand ils ne les ont pas organisées eux-mêmes !
Il va quand même falloir un jour apurer leurs comptes !
Le Maire, ce qu’il y a de pire en politique: trahit son parti, incompétence notoire surtout aux finances, vanité, mauvaise foi. On comprend que Macron l’ait gardé si longtemps.
Tu m’étonnes: pas de » justice restaurative » pour les bourreaux de la France!