Béziers, Compiègne, Limoges… : dans la spirale folle des violences urbaines

Après le 14 juillet, certains continuent la fête qui mute en véritable guérilla...
@Guallendra/Wikimedia commons
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Malgré le déploiement de 65.000 policiers, les débordements violents qui ont eu lieu lors des festivités du 14 juillet avaient déjà conduit à 389 arrestations la nuit du 13 au 14 juillet, et 295 autres pendant celle du 14 au 15, des chiffres en hausse par rapport à 2014. Mais certains ont visiblement décidé de continuer la fête.

Des violences partout en France

Dimanche 20 juillet, il est une heure du matin dans le quartier de La Devèze à Béziers (Hérault), lorsque la police, appelée pour des poubelles et une voiture incendiées, est prise pour cible au mortier d’artifice par une cinquantaine d’individus qui les attendait. Un des tirs atteint un policier au mollet, le brûlant au second degré. Trois cents personnes ont dû quitter leur logement le temps d’une intervention des pompiers sur un appartement incendié, dont les occupants ont dû être relogés.

La nuit précédente, à Compiègne (Oise), des violences urbaines ont éclaté dans le quartier du Clos-des-Roses. Après avoir attaqué le commissariat de police au mortier d’artifice, une trentaine d’individus cagoulés a ensuite pillé un bureau de tabac et volé le stock, tabac et cigarettes électroniques. Un préjudice évalué par le gérant à environ 40.000 euros. A la demande du préfet, la CRS 8 a été déployée sur ordre du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.

La même nuit, dans le quartier du Val de l’Aurence à Limoges (Haute-Vienne), une voiture a été incendiée, provoquant l’intervention des pompiers, qui étaient attendus par 150 individus cagoulés et munis de mortiers d’artifice et de cocktails Molotov, mais aussi de barres de fer et de pierres. Ces derniers ont alors dégradé des véhicules, érigé des barricades et s’en sont pris aux policiers venus en protection, dont deux ont été blessés. Au matin, aucune interpellation n’avait pu être effectuée. La CRS 8 a dû quitter Compiègne pour Limoges samedi.

Jeudi 17 juillet au soir, c’est dans le quartier de la Houillère à Charleville-Mézières (Ardennes) qu’ont eu lieu de violents affrontements entre des groupes armés et des policiers nationaux, policiers municipaux et gendarmes. Plusieurs arrestations ont pu être effectuées, donnant lieu à cinq gardes à vue, dont trois de mineurs.

Des actes prémédités et organisés

Ces quatre nuits de violences urbaines présentent plusieurs points communs. En premier lieu, la recherche par des individus jeunes, et pour partie mineurs, d’un affrontement délibéré avec les forces de l’ordre. A chaque fois, il s’agissait de groupes constitués, fortement armés, et ayant prémédité et préparé leur coup. Enfin tous ont eu lieu à la suite des violences du 14 juillet.

Mais si la plupart des commentaires ont depuis insisté sur le lien entre ces nuits de violences et des trafics de drogue, celui-ci ne semble avéré que pour deux d’entre elles. À Compiègne, Le Parisien rapporte que le préfet, Jean-Marie Caillaud, « a estimé que les violences urbaines pourraient être liées à la politique antidrogue menée par l’État et la Ville ». Mais l’article rappelle que le bureau de tabac pillé le 19 juillet dernier avait rouvert un an plutôt, ayant déjà été « incendié après les émeutes qui avaient suivi la mort du jeune Nahel, en juin 2023 ». Le rapport direct avec le narcotrafic parait déjà moins évident.

A Charleville-Mézières, ce serait la fermeture la veille par le maire LR Boris Ravignon d’un café suspecté d’être un lieu de deal qui aurait déclenché la colère des trafiquants du quartier « sensible » de la Houillère.

A Béziers, rien ne permet à ce jour d’établir que les violences seraient une forme de vengeance de la part de narcotrafiquants. Et le même constat s’impose concernant les affrontements à Limoges. Dans ce dernier cas, il est par contre intéressant de relever les propos du maire divers droite de la ville, Roger Lombertie, qui pointe plutôt une « guérilla urbaine structurée », comme l’a relevé BV récemment. Le terme n’est évidemment pas choisi par hasard, et a le mérite d’alerter sur le changement progressif de nature des violences urbaines depuis les émeutes ayant suivi la mort de Nahel.

Une dérive vers la guérilla

Même si elles peuvent avoir un lien avec la drogue, les nouvelles violences urbaines ne peuvent se résumer à un affrontement narcos/flics. Or la tentation est grande pour les élus concernés de rejeter la responsabilité des violences sur un trafic de drogue qui dépasse évidemment leur propre champ d’action. Sur son compte Facebook, le maire de Charleville-Mézières, que nous n’avons pas réussi à joindre, s’empresse ainsi de confirmer l’hypothèse probable d’une vengeance des dealers locaux, et promet de la fermeté : « Je le dis aux habitants de la Houillère, nous ne laisserons pas une bande de voyous prendre le contrôle de leur quartier. Notre objectif : rétablir l’ordre et garantir à tous le droit à vivre en sécurité. »

Mais pour son principal opposant et candidat (IDL/UDR/DLF et peut-être bientôt RN) aux municipales, Romain Petitfils, qui s'est confié à BV, « c’est surtout de la communication ». Lors des festivités du 14 juillet, « il y a eu des exactions, des caméras brûlées », alors le maire « qui est comptable d'un bilan assez catastrophique en matière de sécurité », aurait fermé un café connu de tous pour être la « plaque tournante du trafic de drogue » dans le quartier. « C'est plutôt une décision courageuse, mais elle arrive dix ans trop tard », estime Romain Petitfils. Ici, comme dans beaucoup d’autres villes de France, après de longues années de laisser-faire, une réaction tardive aurait donc mis le feu aux poudres. Que faire ? Pour Charleville-Mézières, Romain Petitfils a mis au menu de son programme électoral « la mise en place de postes de police dans chaque quartier dit « sensible », la généralisation de la vidéosurveillances, l’expulsion des logements sociaux pour les familles de trafiquants et la mise en place de contrats d'autorité avec les familles pour que les aides soient conditionnées ». En cas de procès, « on se portera partie civile pour faire payer les coupables et non les victimes ». En espérant que le tribunal ne soit pas, comme souvent, le maillon faible de la chaîne sécuritaire, et que ces violences ne dérivent pas vers une guerre civile.

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Notre pays devient de plus en plus dangereux ,tant que nos incapables dirigeants ne renverront pas toute cette racaille dans leurs pays d’origine ça deviendra de pire en pire .

  2. Il y a des lieux où il serait urgent d’établir un couvre-feu. Pas seulement le week-end ou lors d’événements, mais pendant plusieurs mois pour calmer les esprits.

  3. Au lieu de vouloir chercher des poux dans la tête à Poutine pour des histoires qui ne nous regardent pas, il vaudrait mieux que l’armée serve à défendre la nation contre la submersion invasive intérieure. C’est une guerre civile. L’armée française doit y jouer son rôle et arrêter de s’occuper de l’Ukraine.

  4. Accuser les narco-traficants évite de parler du vrai problème qu’est depuis des décennies l’immigration, y compris légale lorsqu’il ne s’agit pas d’une immigration de travail.

  5. Jean-Marie Le Pen doit bien rigoler dans sa tombe. Ses prédictions se réalisent. Mais il ne faut pas compter sur les Français. Ils ont d’autres priorités. De plus, en ce moment, c’est les vacances. Il ne faut pas les embêter avec ces détails.

  6. Freud disait deux générations de névrosés font un psychotique
    je dis deux générations de psychotiques font un criminel
    et c’est exponentiel

  7. Violences urbaines ? Non, violences territoriales nationales, et nous n’en sommes qu’au début devant l’inertie politique.

  8. Sans être un assidu d’Obertone, je pense que si on continue à laisser faire cela ne va pas bien finir. Qui peut exclure qu’aucun automobiliste dont on brûle la bagnole ou qu’aucun commerçant qui voit son magasin vandalisé ne va pas se livrer à « un geste inconsidéré » sous l’effet évidemment de pulsions d’Extrême Drouate ? Ce sera alors exactement ce que les irresponsables sans rien ni dans le ciboulot ni où je pense veulent éviter en « temporisant ». Clémenceau, Moch, Frey, Pasqua etc. au secours !

  9. Les mêmes « troubles » et en même temps en Espagne, sans doute ailleurs. Rien d’organisé paraît-il !

  10. Ce n’est qu’un galop d’essai. Attendez qu’ils sortent les Kalach qu’ils ont planquées dans les caves!

    • Ah bon ils les ont pas rendus comme le demandait Darmanin à une époque ? Ah non pardon on me dit dans l’oreillette que cette demande n’était que pour les français , pour qu’ils ne puissent pas se défendre le moment venu……Tout est prêt quoi !!!

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