Bien avant Halloween : ces monstres bien de chez nous
Lorsque vient la fin du mois d’octobre, alors que les citrouilles d’Halloween venues d’Amérique envahissent nos magasins et nos rues, il est bon de se souvenir que la France possède, elle aussi, son propre bestiaire de créatures effrayantes lié à un folklore local. En effet, ces bêtes et ces monstres ne sont pas des importations d’outre-Atlantique mais bien issues d’une mémoire ancienne, surgies de récits transmis de bouche à oreille bien avant que la fête moderne d’Halloween ne s’impose dans notre pays. Elles sont nées lors de veillées au coin du feu où se transmettait l’identité des régions. Cependant, ces histoires de monstres ne cherchent pas à effrayer seulement mais peuvent également transmettre une morale ou un avertissement. Elles témoignent aussi parfois, sans chercher à dénigrer ni à choquer, du profond ancrage de notre Histoire chrétienne dans l’imaginaire populaire.
La Ganipote, la bête change-forme de l’Ouest
Parmi le bestiaire fantastique de l’imaginaire français, il est une bête qui aime parcourir les chemins sombres du Poitou, de la Saintonge et de la Gironde. Les anciens racontaient ainsi qu’il suffisait d’un moment d’inattention pour voir surgir la Ganipote, lourde et silencieuse, avant qu’elle ne bondisse sur le dos d’un voyageur solitaire. La bête est rusée, capable de se faire mouton docile, chien errant ou pourceau égaré, avant de révéler sa véritable nature dans un grognement bestial, celle d’un grand loup ou d’un chien féroce. Plus qu’un simple monstre, la Ganipote est souvent présentée comme un cousin du loup-garou. En effet, certains récits l’associent à la sorcellerie, d’autres à une malédiction qui condamne un homme à perdre sa forme humaine à la nuit tombée pour succomber à des instincts bestiaux et incontrôlables. Le mythe apparaît toutefois dans la littérature régionale au XIXe siècle, notamment dans le Dictionnaire du patois saintongeais de Pierre Jônain, en 1869, où la Ganipote est définie comme « La malebête […] Ce sont, dit-on, des sorciers qui se changent, la nuit, en chien blanc (cani-pote patte de chien) et courent le pays pour faire peur et pour faire mal. » Jônain critique néanmoins l’existence de cette bête en précisant que « depuis que le vin et les goûts d'ordre et d'économie sont devenus communs, les ivrognes et les ganipotes sont à la fois devenus rares. »
La Grand’Goule, le dragon redouté du Poitou
Encore une fois dans le Poitou, la Grand’Goule incarne une menace plus ancienne et plus monumentale. Les traditions locales la décrivent alors comme une créature reptilienne à la langue de vipère, aux ailes de chauve-souris, armée de serres d'aigle et dotée d’une queue de scorpion. Elle vivrait également sur les rives du Clain pour troubler la cité de Poitiers. Elle s’aventurerait même dans les souterrains de la ville, remonterait dans les caves de l’abbaye Sainte-Croix et emporterait les pauvres religieuses qui auraient le malheur de croiser son chemin. Apprenant cela, Radegonde, ancienne reine des Francs et fondatrice du monastère, armée de son seul courage et de sa foi, serait partie affronter la bête. Cette dernière, sentant la puissance et la détermination de son adversaire, chercha alors à fuir en s’envolant. La sainte, d’une prière et d’un signe de la croix, réussit alors à abattre le dragon, qui mourut dans d’atroces souffrances.
À ce sujet — Radegonde, sainte et reine de France
Malgré son trépas, le mythe de la Grand’Goule subsista dans les mémoires. Ainsi, au XVe siècle, une sculpture en bois, aujourd’hui conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers, représentant la Grand’Goule, fut même réalisée afin de rappeler à tous la victoire de Radegonde, devenue sainte patronne de la ville, sur le Mal et Satan incarnés dans le dragon.
Les lavandières de la mort, les dames de la nuit bretonne
Aventurons-nous, maintenant, en Bretagne afin de découvrir une autre de ces légendes locales. Ainsi, lorsqu'on longe les rivières et les routes du pays breton, une brume légère peut devenir synonyme de malheur. En effet, dans le brouillard peut ainsi apparaître, aux yeux des voyageurs égarés, des spectres lugubres, les âmes de pauvres femmes errant dans les campagnes pour expier leur crime. Selon George Sand, dans ses Légendes rustiques publiées en 1858, elles sont « condamnées à revenir sur Terre pour laver le linge de l’enfant qu’elles ont tué ». Si vous refusez de les aider, elles peuvent alors vous casser le bras voire vous entraîner dans les eaux profondes et froides pour mieux vous noyer.
Ces créatures, Ganipote, Grand’Goule et lavandières, ne sont que le fragment d’un large bestiaire enraciné dans les paysages et l’imaginaire de la France rurale. Leur persistance dans la mémoire régionale témoigne de traditions qui ne doivent rien aux influences venues d’ailleurs, mais qui sont nées des veillées hivernales, des peurs de la nuit et du cadre religieux qui a longtemps façonné notre société. Il faut donc peut-être préférer aux monstres américains et aux figures démoniaques ces créatures étranges et parfois effrayantes qui rappellent notre identité mais aussi nous invitent à nous méfier du mal sous toutes ses formes plutôt que le célébrer.
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16 commentaires
En Dordogne , nous avons le Coulobre (comme en Provence d’ailleurs ) qui faisait noyer les gabariers et le Leberou (1 genre de loup garou )
En Bretagne : l’Ankou (prédicteur de mort )
mais on ne parle pas de tous ces mythes aux enfants gavés d’Internet
Notre belle et antique fête gauloise de Samonios a été pervertie et déformée par le lucre américain, il n’y a plus que le gore et le sanglant, là où il y avait la joie et le souvenir des morts, heureusement qu’ils n’ont pas (encore) touché à la toussaint, qui est le côté recueillement de Samonios.
Si Philippe de Villiers voit l’identité disparaître, c’est en partie parce que nous ne conservons plus assez notre folklore, ou pour éviter la connotation péjorative de ce mot : nos traditions populaires. Même si Halloween nous revient via les EU, c’est avant tout une opération commerciale. Quant aux sorcières associées à cette fête, c’est un sujet dont les gens ne connaissent pas la portée dramatique. En fait, la chasse aux sorcières était une forme de féminicide à grande échelle, orchestrée conjointement par l’Eglise et l’Etat.
Pour la beauté du vocabulaire, je voudrais rajouter une créature dont j’avait très peur dans ma petite enfance.
Dans le charolais, la Mérangueule était invoquée pour dissuader les enfants de s’approcher des étangs et des mares, nombreuses dans les prés d’embouche.
C’était un moyen de prévenir les noyades…
Chez nous, » ces histoires de monstres ne cherchent pas à effrayer seulement mais peuvent également transmettre une morale ou un avertissement ».
On se les racontait le soir à la veillée et ça faisait partie du Folklore, des légendes, qui font partie de notre culture, comme Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d’Arc, qui a réellement vécu, et dont la dépravation a donné naissance à « Barbe bleue »… Par contre Halloween, qui vient d’Amérique, est surtout une coutume récente n’ayant pour but que de « faire du fric ». Avant nous avions Saint Nicolas, un « bon Saint » qui, avait ressuscité des petits enfants tués par un vilain boucher qui les avait mis au saloir. A Noël récompensait les enfant sages, avant que Coca cola ne le récupère et qu’il nous revienne en « Père Noël » dont on entend aujourd’hui plus souvent la sonnette du tiroir caisse que les grelots de son traineau…
Ganipote et Grand’Goule avaient tout de même une autre gueule que ces pseudo sorcières blanches à chapeau pointu chargées de nous vendre des chewing gums et autres cochonneries, mais on a l’imaginaire, sinon la grandeur que l’on peut…
D’un autre temps tout ça… et particulièrement « ch°°°° » » cet « halloween » qui ne fait pas partie de nous !
Dire que j’ai vecu plus de 15 ans dans cette region et que personne ne m’en a jamais parle ! Un pays quibperd son folklorevperd son imaginaire et son ame …
Et dans le sud il y a la Tarasque qui est fêtée chaque année à Tarascon.
Terrassée par Sainte Marthe.
Intéressant
En tant que Français par le sang versé je voudrais juste remercier Monsieur Mascureau car je n’aime pas parler de mes origines même si mes enfants savent d’où je viens et si ma première petite fille me le demandera tôt où tard.
Grâce à des gens comme vous ou Jeanpainbeurre dont le commentaire me ramène à l’époque où mes frères d’armes me contaient ces belles légendes, la mémoire est faillible et je ne saurais me rappeler de tout donc je copie les liens pour transmettre à mon tour.
Il arrive que je regrette certains pans de mon passé, mais il suffit que je lise des gens comme vous pour que les regrets s’effacent, je suis un peu amoché c’est évident, mais notre France est tellement belle que je suis certain que j’ai fait le bon choix.
Bravo.
La fête celtique de Samhain, christianisée au VIème siècle par les moines irlandais était aussi célébrée en Bretagne jusqu’au milieu du XXème siècle. Des groupes de jeunes gens chantaient de porte à porte des cantiques pour les âmes du Purgatoire, éclairés par des lanternes taillées dans des betteraves. L’argent qu’ils récoltaient servait à célébrer des messes.
Mes grands parents-bretons-irlandais fêtaient la Samhain en creusant dans des navets des figures effrayantes. Petite, j’ai eu droit au folklore français et au folklore irlandais. J’ai 71 ans et j’ai toujours connu cette fête celtique en Bretagne.
Mais halloween vient de chez nous, tout du moins les bougies dans els citrouilles, à la Saint Martin, nous creusions des betterave pour il placer une bougie. Cela est encore d’actualité dans le Nord, le Pas de Calais, la Belgique…