Brownsea, le tout premier camp scout de l’Histoire

En août 1907, un camp inédit, organisé par Baden-Powell, réunit vingt garçons autour d’une nouvelle pédagogie novatrice
Portrait de Robert Baden-Powell par Hubert von Herkomer — National Portrait Gallery
Portrait de Robert Baden-Powell par Hubert von Herkomer — National Portrait Gallery

Chaque été, des milliers de scouts, de guides, de louveteaux, de jeannettes et de routiers, le foulard noué autour du cou, sac sur le dos et le sourire aux lèvres, prennent le chemin de nos belles campagnes afin de s’y installer temporairement pour monter leurs camps. Les Français les croiseront sur les routes de campagne. Qu’ils plantent leur tente dans une prairie, chantent autour d’un feu ou fassent leur bonne action quotidienne, tous les scouts partagent un héritage commun, celui de Robert Baden-Powell. Avec plus de cinquante millions de membres, aujourd’hui, le scoutisme est l’un des plus vastes mouvements de jeunesse au monde. Cependant, il a commencé bien modestement, au sud de l’Angleterre, lors d’un été sur l’île paisible de Brownsea.

Un militaire rêveur et admiratif de la jeunesse

Né à Londres en 1857, Robert Baden-Powell grandit dans une famille aimante. Malheureusement, il perd très jeune son père mais peut compter sur sa mère, résolue à bien élever ses enfants pour leur assurer un avenir. Enfant espiègle et curieux, il développe également très tôt un goût pour l’aventure et l’observation, fuyant les bancs de l’école pour explorer les bois. Ce caractère et cette passion le poussent vers une carrière militaire. Affecté dans les colonies britanniques, en Inde ou en Afrique du Sud, il y acquiert une solide réputation de stratège, tout en cultivant ses talents artistiques et comiques.

C’est pendant la guerre des Boers que germe en lui une idée neuve. En effet, en 1899, lors du siège de Mafeking, il utilise des adolescents comme messagers et observateurs. L’efficacité de ces jeunes « scouts » le marque alors profondément. De retour au pays, acclamé en héros, il réfléchit à un projet éducatif qui pourrait canaliser l’énergie et le potentiel de cette jeunesse qui l’a tant impressionné.

L’expérience de Brownsea

L’idée devient enfin réalité à l’été 1907. Baden-Powell réunit alors une vingtaine de garçons, issus de milieux sociaux différents, pour un camp expérimental sur l’île de Brownsea, dans la baie de Poole. Pendant huit jours, du 1er au 8 août, il teste une méthode d’éducation simple mais innovante : vie en pleine nature, cuisine et veillées au feu de bois, jeux d’observation, exploration, premiers secours, sans oublier quelques temps de repos mais aussi de réflexion. Encadrés par des hommes plus anciens, les jeunes apprennent également à devenir autonomes, à acquérir le sens des responsabilités et de l’honneur. Ce n’est plus l’école magistrale, mais l’apprentissage par le concret, l’engagement et la vie en groupe.

L’uniforme est aussi de rigueur, mais il est très simple. Les enfants portent simplement un foulard kaki et des flots de couleurs différentes selon leur patrouille. Ces dernières, les toutes premières du mouvement scout, s’appellent alors le Corbeau, le Courlis, le Loup et le Taureau.

Cette expérience que Baden-Powell qualifie de « succès » l’encourage à écrire un manuel : Scouting for Boys, publié en 1908. Cet ouvrage rencontre alors un immense succès auprès de la jeunesse, bien au-delà de ses espérances. Baden-Powell renouvelle alors l’expérience de Brownsea et organise un nouveau camp à Humshaugh, réunissant cette fois des centaines de jeunes scouts. Fort de cette nouvelle réussite, de nombreux autres groupes sont créés à travers le Royaume-Uni, donnant ainsi naissance officiellement au mouvement scout.

Le scoutisme, un idéal de paix et de service

Contrairement à ce que l’on a parfois affirmé, le scoutisme n’a jamais été pensé comme un mouvement à but militaire. Baden-Powell s’en défendait, d’ailleurs, avec force : « À la fin de ma carrière militaire, je me mis à l'œuvre pour transformer ce qui était un art d'apprendre aux hommes à faire la guerre en un art d'apprendre aux jeunes à faire la paix. Le scoutisme n’a rien de commun avec les principes militaires. »

Loin de l’esprit des casernes, le camp scout est un lieu d’éducation au civisme, à la fraternité et aussi, selon les mouvements, à la foi. Les dix lois scoutes, la promesse et l’esprit de service sont également au cœur de cette pédagogie.

Le scoutisme est également ouvert à tous. En 1909, la sœur de Baden-Powell, Agnès, ainsi que son épouse Olave St Clair fondent une nouvelle branche du scoutisme pour les jeunes filles, avec un idéal similaire et une approche adaptée.

Le mouvement s’étend, aussi, rapidement au-delà de l’Angleterre. En 1920, le père Sevin fonde les Scouts de France. La même année, le premier Jamboree mondial a lieu en Angleterre et réunit plus de 8.000 scouts de dizaines de pays différents. Baden-Powell y est alors acclamé comme Chief Scout of the World. Anobli en 1927 par le roi George V, il consacre ses dernières années à consolider son œuvre, qu’il considère comme une mission pour la paix dans le monde.

Se retirant en Afrique, Baden-Powell s’éteint au Kenya en 1941, non sans avoir laissé un dernier message à ses chers scouts, dont les mots résonnent encore aujourd’hui :

« Je crois que Dieu vous a placés dans ce monde pour y être heureux et jouir de la vie. Ce n'est ni la richesse, ni le succès, ni le laisser-aller qui créent le bonheur. L'étude de la nature vous apprendra que Dieu a créé des choses belles et merveilleuses afin que vous en jouissiez. Contentez-vous de ce que vous avez et faites-en le meilleur usage possible. Regardez le beau côté des choses et non le plus sombre.

Essayez de laisser ce monde un peu meilleur qu'il ne l'était quand vous y êtes venus et quand l'heure de la mort approchera, vous pourrez mourir heureux en pensant que vous n'avez pas perdu votre temps et que vous avez fait de votre mieux. »

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Dans ma jeunesse, j’ai été pendant 5 ans « Scout de France » dans la patrouille des « Renards » avec une devise qui m’a servi toute ma vie « Face au Devoir ».
    Mais ça c’était avant ….

  2. J’ai été louveteau et un peu plus tard scout !!! Que de souvenir, de relation amicale et d’un réel apprentissage à vivre ensemble mais la Foi en Dieu Créateur et Sauveur en Jésus était tout de même le centre de ces activités et de nos pensées……

  3. J’adhère au commentaire de MARIE MARTINE ce jour à 8h50. Vive le scoutisme dont j’ai gardé les meilleurs soovenirs de ma jeunesse !!
    Bon dimanche

  4. « Vive les scouts! » C’est ce que je leur dit chaque fois que j’ai le plaisir d’en croiser dans ma campagne encore préservée où ils sont les bienvenus. (je n’ai pas été scout car un fils de paysan avait du travail à la ferme lors des temps libres)

  5. Le scoutisme devrait être une formation obligatoire pour tous les jeunes. Notre société serait bien différente…

    • Oui, comme les Komsomoles communistes ou les HitlerJugend nationaux socialistes, le catholicisme en plus, les idéologies marxistes et raciales en moins. Ce serait toujours plus intelligent et porteur de formations diverses que l’imbécile « Journée défense et citoyenneté »qu’à concocté Macron dont les jeunes gens seront censés repartir en ayant tout compris de la chose militaire après avoir avalé une ration de combat !!

  6. Louveteau ou louvette , scout ou guide , guide ainée , chef ou cheftaine , toute la famille est passée par le scoutisme . Chacun y a trouvé son talent tous ont conforté leur foi . La loi scoute permet à chacun de se dépasser et de progresser en humanité … « Le scout voit dans la nature l’œuvre de Dieu » .

  7. Le scoutisme : une philosophie morale, altruiste et physiquement saine, toujours capable d’inspirer le plus grand nombre de jeunes Français, alors même que leur environnement est en butte à la perversion, la dépravation, l’avilissement et l’abêtissemnt déployés par la subversion étrangère dite « de progrès ».
    Nous comprenons dès lors l’ agressivité de certains révolutionnaires subversifs qui se veulent eux-mêmes >>de progrès<< .

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