Business d’art contemporain : Epstein et Lang étaient faits pour se rencontrer

Dans cet empire du profit, Lang et sa fille ont créé, avec l'aide d'Epstein, une discrète baronnie.
Source: https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet%2011/EFTA02476461.pdf
Source: https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet%2011/EFTA02476461.pdf

Depuis ce week-end, après quarante-cinq ans de regards enamourés, les médias lâchent Jack Lang. En cause, le montage offshore d’achat d’art contemporain sur lequel la Justice française va se pencher. Mais derrière l’aspect fiscal, quid du fric et de la culture ?

« L’idée est assez simple »

Début janvier 2016, Epstein envoie une proposition à Jack Lang et à sa fille Caroline. « J'investis 20 millions de dollars. Jacques (sic) achète des œuvres. Je n'interviens pas. Nous partageons les bénéfices à parts égales : les recettes lui reviennent ou reviennent aux membres de sa famille qu'il désigne, enfants ou petits-enfants. » Epstein dit que lui-même peut apparaître ou pas sur le papier, que Jack Lang « peut l'appeler le Fonds Lang Art », éventuellement « percevoir un salaire annuel pour l’administration ».

L’idée fait son chemin. « Mon père aimerait discuter de ce projet avec vous et notre ami Étienne », écrit Caroline Lang à Epstein, le 21 février. Étienne ? Étienne Binant, financier et mécène de l’Institut du monde arabe (IMA). Le parquet national financier décidera s’il y a mélange des genres. Le fonds Prytanee LLC finit par voir le jour. Rien n’a arrêté ni Epstein ni les Lang, sinon parfois la difficulté à se rencontrer : l’un séjourne à Paris quand les autres sont à Marrakech, l’un retourne à New York quand les autres rentrent à Paris — chez ces gens-là, la mondialisation est autant une conviction qu’un art de vivre.

Art contemporain et bulle financière

Revenons à Prytanee LLC. Libé présente l’affaire de façon flatteuse : « L’idée pouvait paraître intéressante : créer un fonds dans l’objectif de soutenir, en achetant leurs œuvres, de jeunes artistes prometteurs, dont la cote serait amenée à grimper, et en tirer profit. » Voilà qui est fortement enjolivé. Epstein et Lang ne sont pas des mécènes, avec tout ce que cela évoque d’honorable depuis Virgile et Horace. Le courriel d’Epstein ne parle pas de « soutenir de jeunes artistes prometteurs ». La logique est autre. On achète. On revend. On partage le bénéfice à parts égales.

Comme Epstein le dit lui-même, « l’idée est assez simple ». L'artiste peintre et essayiste Aude de Kerros, auteur de L'Imposture de l'art contemporain (Eyriolles), livre son analyse à BV : « Ces quelques mots permettent d'entrevoir comment un produit conceptuel, sériel, sans valeur esthétique, du type banane scotchée et ses multiples variantes, peut devenir une fructueuse planche à billets. C'est un processus bien rodé qui se fait en réseau fermé, où tout le monde gagne au passage. » Un système spéculatif suffisamment attractif pour justifier une mise de 20 millions (de dollars ou d’euros). C’est autre chose que votre Livret A plafonné à 22.950 euros et rendant 1,5 % d’intérêts.

Le petit capital de l’homme de gauche

Il y avait, pour la galerie et les médias, l’homme de gauche et de culture. Le ministre qui, à Mexico en 1982, dénonçait un « impérialisme financier et intellectuel » et alertait : « La création culturelle et artistique […] est victime aujourd’hui d’un système de domination financière multinationale. » « Notre destin est-il de devenir les vassaux de l’immense empire du profit ? », s’interrogeait-il. Et puis il y avait l’autre Lang, capitaliste prêt à s’acoquiner avec Epstein pour participer à cette juteuse opération, financière et mondialisée, qu'est l'art contemporain. L'enquête dira l'implication du père et de la fille dans l'affaire..

Le ministre millionnaire frappait à la bonne porte avec sa proposition de 2016. « Jack Lang avait le réseau nécessaire même s'il n'était plus ministre », explique Aude de Kerros. Elle rappelle que Lang connaissait bien le milieu, puisqu’il l’avait institutionnalisé en 1983, année de la création du Corps des inspecteurs de la création et du lancement des vingt-trois fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) : « Le ministère de la Culture de Jack Lang s’aligne alors sur les choix du marché financier de l'art de New York. Dès lors, le seul Aat contemporain promu, imposé par l'État français, est l'art conceptuel (caché derrière l'expression art contemporain). »

Outre son réseau, Jack Lang apportait au projet son expertise supposée et l'aura qui s'attache à la France, « référence historique mondiale dans le domaine de l'art », souligne Aude de Kerros. Une légitimité de façade nécessaire pour assurer la légitimité de l'œuvre et de la cote — et, donc, du placement. À un correspondant, en juin 2018, Epstein décrit Lang comme « le principal artisan de la renaissance de la culture française », pas moins ! Dans l’« immense empire du profit » qu’il dénonçait, le socialiste Jack Lang s'est créé, avec l'aide de sa fille - et d'Epstein -, une discrète baronnie. « Peu à peu se dévoile à travers ce genre d’événements le système de fabrication des cotes financières astronomiques de l'art contemporain », conclut, philosophe, Aude de Kerros.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

58 commentaires

  1. Jack Lang le socialiste bon teint : les discours à gauche et le portefeuille à droite. Je pense qu’il serait assez amusant qu’un journaliste d’investigation se penche sur l’évolution de sa fortune depuis 19891… Le petit maire de Blois que les restaurateurs de sa ville tremblaient de voir arriver chez eux avec ses amis car ils savaient qu’ils ne seraient jamais payé, le bon socialo qui a crié haro sur Fillon pour 2 costumes quand lui c’est en centaines de milliers d’Euros qu’il s’est fait habiller gratuitement à l’IMA… Celui qui, avec sa fille et l’aide du fameux Epstein, s’est monté une juteuse arnaque financière dans un paradis fiscale ; dont le nom à été moult fois fois cité dans des affaires douteuses avec petites filles ou des petits garçons, sans que jamais les enquêtes aient pu aboutir parce que mystérieusement bloquées en haut lieu… Celui qui a signé des pétitions pour soutenir Gabriel Matzeneff le pédophile avéré, ou pour demander la dépénalisation des relations sexuelles avec des mineurs, celui qui milite pour la retraite à 60 ans, mais qui, à 86 ans refusait de quitter son poste à 9 000 Euros par mois alors qu’il touche déjà moultes retraites de ministre, député, député européen, Maire de Blois, Conseiller Général… Le prototype de ce que la Mitterrandie a pu pondre de privilégiés payés par nos impôts… à qui on doit encore, toujours sur nos impôts, assurer une protection policière parce qu’on trouve inadmissible qu’il puisse avoir des comptes à rendre… La République de Macron…

    • Bien résumé… lui décroche toutes les palmes, mais combien comme lui dans l’ombre… jamais jugés… cette « ellite » est à vomir.

  2. Une preuve de plus du systeme pourri monte par les socialistes depuis des décennies et qui se sont enrichis sur le dos des français et une preuve de la naïveté de tous ceux qui croient encore en cette gauche affairiste, malhonnete, menteuses et incompétente.

  3. Avec tout l’argent qu’il brassait, Lang aurait au moins pu payer les restaurants où il mangeait avec sa femme et ses amis. Mais non, on ne fait pas payer les Lang. J’espère que les restaurateurs vont lui rappeler les dettes qu’il a laissées.

    • Si j’avais été l’un de ces restaurateurs, je ne me serais pas gênée de les accueillir avec un coup de pied au cul! Ils sont coupables d’avoir laissé faire. Fallait qu’ils se regroupent et portent plainte. Mais face « aux puissants » beaucoup perdent leur courage.

  4. Le système est vieux comme le monde. Lang n’a rien inventé. Il y a d’un côté l’art et de l’autre le marché de l’art. Prenez une croûte quelconque et braquez les feux de l’admiration sur elle, aussitôt sa côte s’enflamme. Ma foi, c’est ce dont ont bénéficié les petits pots de matière fécale, qui valent encore leur pesant d’or sur le marché. Malheur à celui qui les ouvrirait, il tuerait la poule aux œufs d’or. C’est la commande publique et la publicité commandée qui fait la fortune de l’oeuvre. Dans le cas Lang, en s’appuyant sur elle, l’oeuvre d’art, si nulle soit-elle, compose un fond capitalistique. Elle est en fait l’archetype du socialisme. Un peu comme les petits pots : ouverts, ils sentent mauvais.

  5. Et on va charger Lang pour des histoires de fric sans s’intéresser à sa perversion connue depuis des années et jamais condamnée

  6. Les rumeurs circulaient sur Lang depuis des années aujourd’hui ça devient concret par l’information américaine sur la pedocriminalite’ de J. Epstein grand ami de Lang and Co. Si le poisson Lang est passé à travers les mailles du filet toutes ces décennies facile à comprendre, il sait sur les autres comme on dit dossiers sous le coude c’est aussi simple que ça. Preuve Epstein qui savait tout sur tous est retrouvé suicidé en prison où pour l’incarcération il a fallu déjouer des enquêtes policières rondement menées notamment par le commissaire de Palm beach. Pour l’instant Lang (fouchue) est poursuivi par le PNF mais pour le reste?

    • on protèges ses gens ils passent sur les réseaux public en vedettes il y a des gros poissons corrompus la dessous et la M woke avec depuis 68

  7. On comprend mieux pourquoi Mr. lang et consort faisaient tout pour nous faire croire que l’art contemprain (ridicule et moche) était l’avenir financier de ceux qui l’achetaient alors que ce n’était pas de l’art mais du LARD… et combien d’idiots utiles se sont fait avoir ? pour être dans le « vent »

    • A quand une garde instruction sur les fortune de la mitterrandie ?
      là encore, tout le monde sait depuis toujours mais ça reste sous le boisseau
      c’est le RN qui ouvrira tous ces dossiers et c’est l’unique raison du déchainement des gauchos contre ce parti, le reste ; faciste – nazis etc…..ce n’est que de la philosophie……que beaucoup ont envie de gobber

  8. Pendant que l’on parle du puant Lang tous les autres passent à la trappe ! Il est temps de ne plus gaver tous ces politiques à vie et pour ceux qui trichent leur confisquer tous leurs biens. Et en cherchant bien, de petit Lang glande également dans les hautes publiques et et toutes les structures et associations pseudo privées ce dont la République en a le secret qui ne servent qu’à caser tout ce monde caviar dit de Gauche ! pendant que les crétins du bas qui les applaudissent triment toute la journée pour une misère juste pour engraisser ces escrocs d’Etat car c’est le mot qui convient.

    • Quand nous par contre qui en aurions besoin, sommes à la merci de tout quand nous sortons de chez nous, protection à notre charge bien sur alors qu’il est riche à millions…..

  9. Mais quelle équipe ! Merci les Lang, de nous faire rêver … Cest pas de l’art OU du cochon, mais les deux en même temps

  10. Il est facile de vérifier que Caroline Lang.
    Après ses études en droit de la finance a la sorbonne .
    Elle rejoint en 1989 Maxwell Communication à Londres, société de médias britanniques créée et dirigée par Robert Maxwell. Elle occupe un poste de Business Development Executive Director.
    Que la fille de Robert Maxwell, est Ghislaine Maxwell , née le 25 décembre 1961 à Maisons-Laffitte (Yvelines), est une femme d’affaires franco-britannique naturalisée américaine, condamnée à 20 ans de prison en 2022 pour pédocriminalité et complicité de trafic sexuel. Futur maîtresse d’ Epstein

    • Intéressant. Étonnant que cette info qui dit tout n’aie pas filtré. Finalement l’un comme l’autre aimaient autant l’art que l’ar(t)gent. Reste à savoir quel tremplin l’IMA a été pour d’autres malversations.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois