CETA : les producteurs français sacrifiés pour un plat de lentilles… canadiennes

La concurrence canadienne, dopée aux pesticides interdits en France, tue la production française de lentilles.
@ La Lentille Verte du Puy
@ La Lentille Verte du Puy

« Il reste la moitié de la récolte en stock », alertent des producteurs de lentilles bio audois, qui pointent les importations canadiennes qui inondent le marché français. « Des tonnes de lentilles produites dans la région moisissent dans des dépôts pendant que la France en importe pour deux fois moins cher », déclare Yann Bertin, directeur de la coopérative Graines Équitables, interrogé par L’Indépendant. Mais à la source du problème de concurrence canadienne, il y aurait de la chimie, selon le site Epoch Times, qui titre sur « Le scandale des pesticides dans nos assiettes ».

Des lentilles canadiennes gorgées de pesticides interdits

Alors, sont-ce finalement leurs moindres coûts de production ou l’emploi de pesticides qui permet aux Canadiens d’exporter massivement leurs lentilles en France, au risque de ruiner nos producteurs nationaux ? En fait, les deux, et ils sont d’ailleurs intimement liés, comme nous l’allons voir. Pour pouvoir récolter les lentilles, il faut en effet attendre que la plante sèche, grâce à la chaleur et au soleil. Ce qui explique l’importance des productions dans les régions méridionales, mais aussi le fait que partout en France, on procède à une seule récolte annuelle en laissant travailler Dame Nature. Au Canada, en revanche, où une stratégie volontairement exportatrice a été mise en pratique, le climat y est par trop humide pour produire naturellement. On assèche donc artificiellement la plante en la « tuant » au moyen de pesticides. Des pesticides dont l’usage est interdit aux producteurs français, du fait de la transposition chez nous de la réglementation bruxelloise, mais qui sont pourtant pour certains - et c’est tout de même un comble - produits en Europe.

Récapitulons : des entreprises agro-industrielles ouest-canadiennes produisent massivement et artificiellement des lentilles grâce à l’utilisation de pesticides européens, afin de les vendre ensuite en Europe, et notamment en France où l’emploi de ces pesticides est interdit, et ce à des prix cassés.

Des prix de revient qui vont du simple au double

Et là, il faut parler chiffres, car ils donnent quelque peu le vertige. La méthode canadienne permet en effet de diviser par deux le prix de revient des lentilles produites par rapport aux méthodes de production conventionnelles, et plus encore par rapport à la culture bio. Une manne pour les acheteurs de la grande distribution notamment, dont le prix est le plus souvent le seul critère de référencement pour les produits d’entrée de gamme à très forts volumes. Dans les rayons, certains paquets de lentilles canadiennes arborent même un drapeau tricolore pour tromper les clients. Et la traduction en magasin est sans appel : selon les relevés de terrain que rapporte Epoch Times, « les lentilles canadiennes sont vendues autour de 1,75 euro le paquet, contre environ 4,50 euros pour la lentille française, soit un écart de 2,75 euros ». Mais il faut ajouter à cela qu'un cinquième, seulement, des communes françaises respecteraient les règles de la loi Egalim, censée permettre de lutter contre ces pratiques illégales, dans leurs achats pour les cantines, nourrissant ainsi des centaines de milliers d'enfants aux lentilles à la sauce pesticide...

Le marché français est donc aujourd’hui inondé de lentilles canadiennes, et dans une moindre mesure chinoises et turques. En 2023, selon les chambres d’agriculture, le Canada exportait déjà deux millions de tonnes de lentilles. En France, en attendant les derniers chiffres consolidés, on estime à près de 40.000 tonnes la part des importations, essentiellement canadiennes, ce qui représenterait désormais plus de la moitié des volumes vendus. En quelques années, les producteurs français sont devenus minoritaires sur leur propre marché, et rien n’indique à ce jour une inversion ni même un ralentissement de cette tendance. Seuls les labels AOC et AOP, mis en place par certaines productions locales, permettent une relative protection. Des initiatives ont par exemple été déployées par les lentilles vertes du Puy-en-Velay (AOP), du Berry (IGP et label rouge), et les lentilles blondes de Saint-Flour (AOP en cours d’instruction).

La faute à l’UE (dont il ne faut pas sortir)

Le 3 novembre, cette situation inquiétante a incité Édouard Bénard, député Gauche démocrate et républicaine (GDR) de Seine-Maritime, à poser une question écrite au gouvernement. Détaillant les méthodes de production canadiennes, il y pointait l’utilisation de pesticides interdits en France et une vente illégale, donc, grâce à un « lobbying » appuyé de chimistes américains comme Monsanto et à la mise en place de l’accord de libre-échange du CETA (entre l’UE et l’Amérique du Nord). Ce à quoi il aurait évidemment pu ajouter le concours bienveillant et intéressé des centrales de grande distribution alimentaire françaises et européennes. Dans sa réponse parue au JO du 3 février, notre ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, Annie Genevard, a comme d’habitude et sans surprise expliqué que tout cela relevait de la responsabilité de l’UE et que le gouvernement est bien évidemment « pleinement mobilisé […] pour obtenir une réciprocité des normes de production, notamment sanitaires et environnementales ». Rien de nouveau dans ces paroles, bien au contraire.

Les accords de libre-échange, tueurs en série

Discours toujours rabâché, à la virgule près, chaque fois qu’apparaît une distorsion de concurrence. Le même qu’ont, par exemple, entendu nos agriculteurs s’agissant de la concurrence illégale de l’agriculture ukrainienne, que Bruxelles subventionne pourtant (avec de l’argent des Français en grande partie), avant que l’Ukraine n’intègre elle-même l’UE et puisse alors nous inonder plus facilement encore. Le même discours tout prêt que nous entendrons bientôt dès que se fera ressentir l’application concrète de l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Le même, aussi, qui servira à calmer les esprits chafouins qui se plaindront de l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde. Des accords de libre-échange qui, à l’usage, s’avèrent être de redoutables tueurs d’agriculteurs en série.

Et aujourd'hui, déjà, comme on peut le constater, la France a déjà largement sacrifié son agriculture pour un plat de lentilles… canadiennes.

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Vigneron bio en retraite, je confirme que la chimie est partout dans nos aliments et boissons, surtout au Canada mais ici aussi. L’alimentaire est le premier médicament et la vie est trop courte pour boire du mauvais vin, achetez bio et français pour être sûr du label.

    • Si on parlait des traitements bio ?
      La viticulture bio vient de se voir interdire 17 traitements fongicides contenant du cuivre jugés dangereux pour la santé humaine et l’environnement mais tolérés depuis la nuit des temps parce que traditionnels en viticulture. Les viticulteurs bio se sont bien battus pour garder leur cuivre le plus longtemps possible. Là la chimie cela ne les dérangeait pas.
      Et si on parlait aussi de l’insecticide naturel, la roténone issu d’une plante, fleuron des insecticides bio pendant des dizaines d’années, très utilisé par les viticulteurs bio dont on a découvert en 2010 qu’il donnait la maladie de Parkinson ?
      La roténone n’avait jamais été testée contrairement aux produits chimiques, parce que produit naturel et ancien. Bonjour les dégâts avec le naturel et traditionnel.
      Bravo le bio, surtout pour tout ce que vous cachez aux gens sur les produits bio dangereux que vous utilisez.
      Je ne bois et ne mange jamais bio.

  2. Vu le prix au kilo de lentilles on peut se permettre d’acheter français sans se ruiner. C’est la grande distribution qui accule (sans jeu de mot) nos agriculteurs, pas le consommateur.

  3. Mais quand les Auvergnats n’en produiront plus et qu’il y aura des troubles médicaux, nous aurons droit à un « Complément d’enquête »…

  4. Achetons des lentilles françaises en quantité et mangeons les . En plus c’est délicieux et excellent pour la santé .
    Dr Saint-Guiral

  5. Il faudrait aussi que les consommateurs français se mobilisent en n’achetant que des lentilles françaises.

    • À condition qu’il reste des paysans français. L’État fait tout pour les annihiler et les faire disparaître avec les frontières ouvertes à tout va, Mercosur et compagnie.

    • Appliquons la loi puisqu’elle existe et, au passage, le principe de précaution, c’est un principe qui doit beaucoup au droit communautaire.

  6. Les romains ont envahi la Gaulle en mangeant des lentilles. …et maintenant les lentilles nous empoisonnent.

  7. Il va falloir être très vigilant pour ne pas acheter tous ces produits étrangers et aussi tous les produits transformés qui én contiennent

  8. Lentilles canadiennes garanties aux pesticides, aux OGN ? Miam, miam…
    Le gros problème, c’est que, vu la déliquescence de l’hôpital français, les médecins auront du mal à soigner tous les cancers « lentillais ». On ne parle pas des autres cancers « mercosurisés », ce serait indécent et cruel.

  9. On ne les a pas entendu pendant le blocage éphémère des cultivateurs alors, qu’ils sèchent leurs larmes les lentillistes ainsi d’ailleurs que les cultivistes.

  10. Quant au fameux pesticide employé c’est tout simplement le « Gramoxone  » ou PARAQUAT ,toxique+ par ingestion et inhalation mortel même à petite dose .Les vignerons dont je faisais parti l’ont beaucoup employé sur vigne pour désherber chimiquement car c’est un dessicant……Bon appétit

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