[CHRONIQUE] Mercosur : le grand-guignol

Le report de la décision à janvier n’est que reculer pour mieux sauter.
Capture d'écran Présidence de la République
Capture d'écran Présidence de la République

En matière européenne, l’inconséquence des hommes politiques semble toujours sans bornes. L’affaire des négociations du Mercosur en est encore une triste illustration. L’Union européenne dispose, en vertu de l’article 3 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, d’une compétence exclusive en matière de politique commerciale. Ce qui veut dire que les États membres se sont dessaisis de leur souveraineté en ce domaine. Dès lors que le Conseil donne mandat à la Commission pour négocier un accord commercial, celle-ci a les mains libres dans le cadre du mandat donné. Elle a pour seule obligation de consulter un comité spécial du Conseil de l’UE où siègent les représentants des gouvernements. Mme von der Leyen était donc dans son droit en signant l’accord Mercosur. Certes, signature n’est pas ratification, mais l’autorisation de ratifier est accordée par le Conseil à la majorité qualifiée. Pour pouvoir s’y opposer, il faut réunir une minorité de blocage d’au moins quatre États représentant 35 % de la population de l’Union européenne. Et la Commission européenne, forte des compétences attribuées par les traités, a le temps pour elle.

Emmanuel Macron sait parfaitement que l’accord sera ratifié

Le Conseil a donné mandat à la Commission de négocier cet accord il y a plus de vingt ans et certains États y sont très favorables, dont l’Allemagne et l’Espagne. Le report de la décision à janvier n’est que reculer pour mieux sauter. Devant les caméras, le sourcil impérieux, Emmanuel Macron, tout en déclarant que « le compte n’y est pas », sait parfaitement que l’accord sera ratifié, moyennant quelques modifications « cosmétiques ». Précisément des clauses de sauvegarde qui permettraient de rétablir temporairement des droits de douane quand des filières seraient menacées. En pratique, une augmentation des importations de certains produits agricoles de plus de 8 % par (au lieu de 10 %), notamment le bœuf, mais qui sont largement illusoires, car temporaires et exceptionnelles.

Ce qui est insupportable, c’est que nos politiciens savent parfaitement bien que l’Union européenne dispose d’une compétence exclusive de celle des États membres en matière de politique commerciale et que la Commission, fidèle à son idéologie du libre-échange, persiste et signe dans cette voie, tout simplement parce qu’elle en a juridiquement le droit. Avec une légèreté invraisemblable, ils n’ont cessé, traité après traité, d’abandonner des pans entiers de souveraineté et semblent croire que ceci est sans conséquences ! Or, les traités européens ont leur cohérence et leur force contraignante qui va toujours dans le sens de l’effacement des souverainetés nationales. Au demeurant, les partis dits souverainistes font souvent une erreur en dénonçant une dérive fédérale de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de cela mais de la constitution d’une sorte d’empire de la norme uniformisateur qui, au nom de l’État de droit européen, veut imposer un ordre économique et sociétal unique.

En matière européenne, nos politiciens mentent sans vergogne ou font preuve d’une inconscience grave. Ce sont les Français qui en supportent les conséquences ; non sans avoir parfois approuvé des traités comme celui de Maastricht, car « être européen » est encore « tendance », dans l’électorat conformiste.

Tout cela finira mal

De surcroît, la Commission est totalement schizophrène. D’une part, elle prône « l’économie circulaire », les circuits courts, submerge les agriculteurs et les industriels de normes et de règles environnementales ou climatiques délirantes, au nom de son obsession de la décarbonation, et, d’autre part, poursuit inlassablement la mise en œuvre de son idéologie du libre-échange qui ouvre nos marchés aux produits de pays qui ne subissent pas les mêmes contraintes.

Tout cela finira mal. Pour la France et pour l’Europe. La machine idéologique qu’est devenue l’Union européenne ravage l’économie productrice européenne au nom du « doux commerce ». Durant les cinq années où j’ai présidé la section de l’énergie et des infrastructures du Comité économique et social européen, j’ai entendu sans cesse les eurocrates me répéter qu’il fallait mettre fin « à la rente nucléaire française » ou encore que notre électricité n’était pas assez chère. Avec la complicité des gouvernements de Sarkozy, Hollande et Macron (paquets énergie de 2009 et 2019), l’UE est parvenue à ses fins et a réussi à mettre à mal une filière nucléaire française d’excellence et à renchérir le coût de l’électricité.

Voici qu’au nom de la lutte contre les voitures thermiques, contre toute raison, Mme von der Leyen ravage l’industrie automobile européenne et favorise l’industrie chinoise des voitures électriques. Avec le Mercosur, c’est désormais à l’agriculture européenne que s’attaque l’Union européenne. Mais quand donc arrêterons-nous le massacre ? À Bruxelles comme dans les États membres prospère une oligarchie administrative, politique et mercantile qui vit dans le confort d’une bulle éloignée du réel et qui, de surcroît, est persuadée de faire le bonheur d’un vain peuple par la réglementation et le contrôle de tous les pans de l’existence. D’urgence, il faut la mettre à bas. C’est une question de survie.

Picture of Stéphane Buffetaut
Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

107 commentaires

  1. Les deux font une paire Européenne, mais il y a nuances profondes. L’une, Von der Leyen, présidente de l’Union Européenne, met en place des accords qui vont dans le sens du commerce de son Pays, l’Allemagne. Le deuxième, Président des Français, oeuvre que pour le système Européen édicté par Von Der Leyen, au détriment de notre Pays…Le nucléaire en est l’exemple le plus probant, entre autres… L’agriculture suit le même chemin.

  2. Oui il y a urgence. L UE expansioniste est facteur de guerre et de declassement. Van der layen personnifie parfaitement l aveuglement de l administration europeeñne qui nous detruit. Le pire va venir. Preparons nous

  3. L’UE réclame le suicide assisté des nations, et les peuples assistent à leur suicide sans moufter, à part les agriculteurs qui sont déjà en soins palliatifs !

    • Bien sûr que le FREXIT est la seule solution pour éviter l’anéantissement !
      Mais qui ose en parler ?
      – MLP et sa nièce voudraient changer l’UE de l’intérieur : si ça marche, ce qui n’est pas sûr, ce sera du coup par coup et ça prendra 10 ans, 20 ans, 30 ans ? Que restera-t-il alors de la France ? Et ça ne nous rendra même pas notre souveraineté !
      – EZ préconise la désobéissance quand on n’est pas d’accord : va-t-on se chamailler tout le temps ? Et, à l’international, on passera pour des « sales gosses » : pas pour un grand pays !

      Alors, il reste qui ?

      – Philippe de Villiers semble être clair : « il faut sortir »… Mais il ne se présentera pas.
      – Asselineau et Dupont-Aignan mais on ne les entend pas…

      Les partis patriotes feraient bien d’abandonner leurs pudeurs de gazelle !

      Et BV devrait faire un sondage sur le FREXIT !

  4. La mettre a bas il faudrait d’urgence le faire mais c’est le courage qui manque et ceux qui pourraient nous guider sont systématiquement discrédités par une gauche aux ordres de Bruxelles. La France est morte, je l’ai déjà dit , et se regarde mourir sans bouger et ceux qui bougent comme les agriculteurs ne sont pas suivis.

    • leurs vacances pour faire du ski, seules, les intéressent
      ………en face, nos agriculteurs et leur combat existentiel…..

  5. Ces deux là sur la photo, ce sont les responsables de la destruction de la France. On peut espérer qu’un jour, ils seront jugés pour leur infamie destructrice. Il faut quitter l’UE, » machine » créée pour tuer les nations

    • OUI OUI ET VITE Nous n’en pouvons plus de ces régles et sur- régles, de ces incompétants qui dirigent nos vies, notre alimentation et ++++++Quitte à souffrir mieux vaut quitter cette europe et mettre en place une EUROPE DES NATIONS. Tout est possible il suffit de vouloir…. MILEI a dit son peuple,  » Je ne veux pas diriger la vie des moutons…. je veux réveiller des LIONS » » » » tout est dit au Travail ( attendons les résultats des municipales).

  6. Quand un président agit contre les intérêts de son pays (destruction ou vente de ses pépites industrielles, endettement anormal, destruction de sa souveraineté alimentaire, remplacement progressif de sa population, etc… n’existe t’il pas une loi pour le démettre de ses fonctions ?

    • Si si mais c’est dans les mains des assemblees a part lfi qui fait semblant tous les autres partis preferent le garder  » democratiquement » ..a moins que cela ne les arrange pour leurs gamelles..nos « elus » se moquent bien de la France..

    • Oui, il devrait, il faudrait qu’il soit destitué, voire traduit en justice pour trahison envers son pays et son peuple. Malheureusement encore 17 mois à tenir, sous réserve que ce peuple de « veaux » comme disait de Gaulle vote et ne se laisse pas subjuguer par un autre ténor de la finance…

  7. La survie de la France passe par le Frexit .Mais avant le mercosur va mettre le feu à la France (et à l’Europe ?) il faut s’y préparer

  8. Pas content de l’UE ? Alors, soit on démantèle la Commission, soit on en sort. Sinon, tu continues à payer bon mal an 9 milliards d’euros (contribution nette) et … tu la fermes.

    • Cette annee notre conribution est de 26,5 milliards( en 2026 30millards) on en recupere 13 dont 9 pour la PAC..donc ca fait 14 miliards jetes..le cout de l’ame..mais c’est une autre histoire..

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois