[CHRONIQUE] Noël : un événement inouï

N’a-t-on pas affadi Noël en en faisant trop une fête un peu mièvre, celle des enfants, ou, pire, une fête commerciale ?
L'adoration_des_berger, par Georges de La Tour — Sammyday (2010-10-23), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18953221
L'adoration_des_berger, par Georges de La Tour — Sammyday (2010-10-23), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18953221

Durant le Moyen Âge, le mot « Noël » était aussi une exclamation de joie qui était lancée dans les grandes occasions : « joyeuses entrées » du roi, fêtes célébrant la paix ou une victoire, mariages… que sais-je, encore. Comme si l’homme médiéval, être religieux par essence, saisissait bien le caractère absolument inouï de la Nativité et en exprimait ainsi la joie profonde qui pouvait inonder l’âme.

Noël, signe d'espérance

Il est souvent affirmé que la fête de Pâques est la plus grande fête chrétienne. Elle proclame en effet la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur le mal et tend à dissiper la peur ancestrale de la mort qui étreint l’humanité devant l’inconnu absolu. Mais n’a-t-on pas affadi Noël en en faisant trop une fête un peu mièvre, celle des enfants - qu’elle est, certes, et c’est fort bien - ou, pire, une fête commerciale durant laquelle il est impératif de consommer et de s’amuser ? Mais c’est surtout un événement d’une ampleur cosmique. Saint Jean l’a fort bien compris : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu […] et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous… » Seul, de toutes les religions qui ont irrigué les civilisations humaines, le christianisme ose proclamer que Dieu s’est fait homme, qu’il a revêtu notre condition mortelle, lui l’Éternel, pour nous appeler à sa condition divine. Rien de gentillet en tout cela, mais en renversement total des perspectives humaines, la naissance d’une incroyable Espérance.

La naissance, aussi, d’une civilisation nouvelle, annoncée par l’étrange annonce faite au marin égyptien Thamous, depuis l’île grecque de Paxos : « Quand tu seras à la hauteur de Palodes, annonce que le grand Pan est mort. » Ce récit singulier rapporté par Plutarque, évoqué par Pascal, eut assez de retentissement pour que Thamous soit interrogé par Tibère lui-même, qui apporta foi à cette narration. Or, c’est précisément Tibère qui régnait à Rome lors de la mort et de la résurrection du Christ. L’empereur y aurait vu l’annonce de la fin des divinités païennes. Or, cette civilisation, qui se répandit il y a 2.000 ans à partir de Jérusalem puis de Rome et de Constantinople, fait l’objet d’une haine étrange de la part de certains qui en sont pourtant, à leur corps défendant sans doute, aussi les héritiers. Cette détestation tenace portée par une gauche qui a cessé de penser depuis longtemps autrement que par slogans, par des trostko-marxistes attardés que les flots de sang répandus par leurs modèles idéologiques n’ont pas écœurés, par leurs héritiers woke, semble porter toute cette pauvre engeance à aduler l’islam par haine du christianisme. Ils verront bien, comme les communistes iraniens ont vu avec Khomeiny, qu’ils avaient contribué à porter au pouvoir.

Relents laïcards

En France, cette aversion pour le christianisme, et particulièrement contre le catholicisme si intimement lié pourtant à la construction de la nation, prend parfois l’apparence misérable et grotesque de vieux laïcards rances qui s’en prennent aux crèches de Noël qui, comme chacun sait, menacent gravement la République. Ou, encore, nourrit les tentatives stupides d’effacer de nos calendriers scolaires les noms des fêtes chrétiennes. En viendront-ils, comme pendant la Révolution, à remplacer le calendrier grégorien par un calendrier laïc et à débaptiser les noms d’innombrables villages et cités qui portent des noms de saints ? Comme disait Einstein, « deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’univers, je n’ai pas encore acquis la certitude absolue. »

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Peu importe comment on fête Noël si on se réfère à la naissance de Jésus. Du moment que l’amour et la joie sont là…

  2. C’est bien de dénoncer « les tentatives stupides d’effacer de nos calendriers scolaires les noms des fêtes chrétiennes ». Mais il faut aussi dénoncer la tentative stupide d’effacer la fête de la Circoncision, le 1er janvier, du calendrier laïque.

  3. Sachant aussi que la foi est affaire joyeuse, surtout en ce qui concerne la naissance du Christ et que le miracle de l’incarnation de Dieu doit pouvoir s’associer aux réjouissances de consommation…et leur partage, en la meilleure des convivialités !

  4. Etre laïcard n’est pas plus honteux que d’être intégriste, le principal étant d’être dans la juste mesure et je me félicite de la séparation de l’état et de l’église comme de toute autre religion d’ailleurs et il faut être fier que Noël soit maintenant un phénomène culturel ouvert et rassembleur, si on veut une société qui ne repose que sur la religion ou c’est retour vers le futur ou alors j’en connais une dont on peut apprécier les effets.

  5. « Comme disait Einstein, « deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’univers, je n’ai pas encore acquis la certitude absolue »
    Autrefois l’on citait volontiers Confucius, c’était plus exotique et plus poétique. Je ne crois pas une minute qu’Einstein ait jamais prononcé cette phrase, s’étant contenté au mieux de parrainer l’arme atomique. Mais comme on connaît ses saints on les honore… !

  6. L’empire de la gauche veut construire un monde nouveau, une construction terrestre déjà essayée par Lénine, Staline, Mao… Inutile de rappeler les millions de morts excrétés par ses doctrines. Le progressisme, le wokisme reprennent cette idée avec la construction d’une Europe sans nations, sans mémoire, d’un homme déconstruit qui doit donner naissance à un individu nouveau, soumis à l’État mondial ; un homme étroitement surveillé par l’IA, obéissant à une foultitude de règles, de lois — pour tout dire, un esclave moderne, le nomade ou encore mieux, le transhumain dont parlait Attali.
    Il n’est pas étonnant que la gauche déteste le christianisme qui, lui, au contraire, parle d’un homme affranchi, libéré de l’idéologie du royaume sur terre, seul face à un Dieu et libre de choisir entre le Bien ou le Mal. Quoi de plus détestable pour un Macron, un Mélenchon que cette indépendance incontrôlable, orientée vers un autre univers que le leur, un monde incompréhensible et effrayant à leurs yeux. Quelle horreur ! Un homme souverain de son passé, de son avenir, de son âme !

  7. J’aime les cathédrales, et les églises au cœur des villages quand sonnent les cloches, les chorals de Bach, les calendriers qui égrènent les noms des saints, les vacances scolaires s’appellent pour moi, de Noël, de Pâques ou de Toussaint… Pourtant je n’accepterai jamais une nouvelle tutelle du religieux sur la vie civile. Je suis excédé par la pression désormais constante des médias que j’apprécie , dont BV , sur « les origines chrétiennes de la France », etc…. Oubliant opportunément que l’église a fait autant de mal que de bien dans notre histoire, et continue d’ailleurs de nos jours, à mener une politique globalement contraire à notre survie. Si nous avons toujours fêté Noel, c’est bien parce que c’est la fête des enfants, si Jeanne d’Arc est notre adulée (sainte) patronne, c’est pour son action patriotique, par pour ses « voix », etc… À vouloir rejeter les souchiens non croyants comme moi, mais qui admettent la tradition chrétienne en ce qu’elle a de « laïcisée « , vous dressez une barrière dogmatique qui ne peut que vous desservir.

    • Je ne pense pas que vous ayez eu à subir une tutelle du religieux sur la société , arrêtez de tirer sur l’ambulance et regardez la réalité en face . C’est la croyance gauchiste qui nous dirige depuis 45 ans pas les cathos !
      La république ne s’est pas imposée sans victimes ! Et beaucoup parmi les chrétiens .

  8. NOËL, c’est du business, arrêtons cette publicité malsaine. Effrontement,vous narguer des malheureux,vous n’avez pas honte.

    • Noël c’est la joie et cela s’exprime pour certains par de la surconsommation, dans un monde libre , nous n’y pouvons rien et c’est tant mieux . Mais si on enlève cette notion de Noël chrétien on enlèvera le nom mais pas la surconsommation habituelle car la nature ayant peur du vide cela sera transformé par fête des cadeaux ou quelque chose comme cela Quand la religion catholique était plus présente encore, il était coutume dans certains endroits ,de réserver une place à sa table pour la personne malheureuse ou isolée.

  9. Le linceul de notre société chrétienne ne serait-il pas l’arrivée du gros homme rouge à la barbe blanche créé par un fabricant de boisson gazeuse dans les années 30 ?
    Son arrivée coïncide avec le développement ludique de cette fête, les cadeaux effaçant toute spiritualité de ce moment merveilleux de communion(1) qu’était, qu’est la fête de la Nativité.

    (1) être en union affective avec d’autres personnes, partager une condition, un sentiment)

    • Comme je vous rejoins ! Je maudis l’arrivée de ce bonhomme qui a fait de notre tradition chrétienne une fête laïque universelle. Une orgie de cadeaux, de « bouffe » ( il n’y a pas d’autre mot…), de décorations de mauvais goût, de dépenses somptuaires accompagnées de plaintes (comment faire face à toutes ces dépenses du mois de décembre ? C’est tellement obligatoire ?). Personnellement, le soir du 24 je m’astreins à rester seule et à dîner d’un bouillon, je me sens ainsi plus proche de la Sainte Famille qui n’avait certainement ni huîtres ni foie gras dans la crèche. Quelle hérésie !!! Merci la boisson gazeuse : (

  10. Bien!
    Et continuez à nous écrire avec le même esprit que dans ce texte, même après Noël
    Heureuse et sainte fête de Noël à vous et à vos proches.

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