[CINÉMA] À pied d’œuvre, le prix de la vie d’artiste ?

Éloge – foncièrement bourgeois – de la vie de pauvre, À pied d’œuvre repose sur un véritable malentendu.
Copyright 2025 PITCHIPOÏ PRODUCTIONS – FRANCE 2 CINÉMA
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Avec un salaire mensuel oscillant entre trois mille et huit mille euros net, Paul Marquet menait avec brio, jusqu’à récemment, sa petite vie de photographe parisien. Du jour au lendemain, pourtant, il a décidé de tout plaquer pour se consacrer pleinement à sa vocation d’écrivain. Un choix professionnel aux conséquences incertaines.

Désormais soumis à la réussite commerciale de ses écrits, le sort de Paul inquiète ses proches : tout d’abord son ex, qui vient de le quitter, puis son père qui, loin de le soutenir, ne comprend plus ses décisions, et enfin son éditrice, pointant avec gravité son manque de succès en librairie et lui demandant régulièrement de s’atteler à un nouveau roman.

Pour joindre les deux bouts, l’écrivain déclassé n’a plus d’autre choix, à présent, que de s’inscrire sur « Jobbing », une plateforme en ligne de services à la personne dont les petits boulots sont proposés aux enchères et attribués aux candidats les moins chers…

Le choix de la pauvreté

Adaptation du livre éponyme de Franck Courtès, paru chez Gallimard en août 2023, À pied d’œuvre, réalisé par Valérie Donzelli, semble s’être imposé chez la cinéaste comme une évidence, son grand-père et son arrière-grand-père paternels, respectivement peintres et sculpteurs, ayant vécu, dit-elle, dans une extrême pauvreté, à l’image du personnage principal.

Sorte d’anachorète de la littérature, autrefois bourgeois, puis devenu bourgeois-bohème, avant de virer simplement bohème, Paul va connaître, par choix, les dures conditions de vie du prolo moyen vivotant dans un studio miteux et enchaînant, sans la moindre qualification, des jobs toujours plus mal payés les uns que les autres : déménageur, réparateur, jardinier… Ubérisation complète de la vie professionnelle, avec ses horaires irréguliers, ses moyens matériels insuffisants, ses notations et ses commentaires clients parfois cruels.

Souriant, bienveillant, Paul accepte volontiers les règles du jeu et appréhende ces interactions avec le client comme des anecdotes qui, peut-être un jour, nourriront ses écrits…

Malentendus et incohérences…

Éloge – foncièrement bourgeois – de la vie de pauvre, À pied d’œuvre, malgré le charme du ton employé et la grande sympathie que nous avons pour Bastien Bouillon (qui a perdu dix kilos pour le rôle), repose sur un véritable malentendu : le film tend à faire croire, du moins au début, que l’artiste « libre » et accompli serait celui qui ne vit que de son art ; or seuls 2 % des auteurs, en France, vivent uniquement de leurs écrits. Il n’y eût donc rien d’infamant pour Paul à assumer en parallèle ses deux carrières : photographe et écrivain. Le choix de Paul semble davantage relever de la posture pouilleuse du gauchiste des beaux quartiers que de la réflexion intellectuelle.

En outre, quitte à se rabattre sur des services à la personne pour gagner quelques euros, pourquoi ne pas se tourner à nouveau vers la photographie qu’il maîtrise déjà ? À quel moment l’artiste devient-il trop riche pour continuer à se revendiquer artiste ?

Bref, rien de tout cela n’est cohérent. Alors on sent bien qu’il faudrait plaindre, respecter ou admirer cet homme, mais la pauvreté réelle n’est pas une affaire de choix, ou alors il y a tromperie…

 

2,5 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

5 commentaires

  1. Un bon film.
    On se demande certes pourquoi il ne mène pas ses deux métiers en parallèle, mais difficile de cerner le choix des autres.
    Un portrait également de l’esclavage qui existe aussi en France.

  2. Ce genre de clichés sur le monde artistique, le vrai, ne m’intéresse pas, le premier paragraphe de « malentendus et incohérences » de votre article le résume bien.

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