Cinéma : Gourou, nouveau thriller psychologique de Yann Gozlan

On s’amuse de cet antihéros pathétique que les obstacles renforcent chaque fois davantage auprès de son public.
Copyright WY PRODUCTIONS - NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS - Photographe Jérome Prébois
Copyright WY PRODUCTIONS - NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS - Photographe Jérome Prébois

Premier coach de développement personnel en France en nombre d’abonnés, Mathieu Vasseur traverse une mauvaise passe. Les parlementaires, depuis peu, envisagent de légiférer sérieusement afin de soumettre les coachs autoproclamés du Net à une obligation de diplôme ou de certification. Pour ce jeune entrepreneur qui s’est fait tout seul sur YouTube et n’a aucune légitimité autre que son large public, la menace pèse. Heureusement, Matt peut compter sur le soutien indéfectible de sa compagne Adèle et de ses adeptes…

Un berger et son troupeau

Portrait d’un « influenceur » à l’empathie réelle mais calculée, et au psychisme tout aussi fragile que celui de son public, Gourou, dernier film en date de Yann Gozlan (Un homme idéal, Boîte noire, Dalloway), narre avec cruauté la fuite en avant de l’un de ces « influenceurs » du Net, plus soucieux d’entretenir leur persona et leur compte en banque que d’aider réellement leur prochain. Foncièrement ironique, le film risque bien de faire grincer les dents d’une partie des spectateurs, ceux qui précisément souscrivent à cette culture du volontarisme égocentrique, de l’émancipation tyrannique et de la toute-puissance : « Ce que tu veux, c'est ce que tu es », répète inlassablement Mathieu Vasseur (Pierre Niney) à un public en délire qui ne jure plus que par le « mindset » et la pensée magique, et ne voit plus les raisons extérieures (objectives) à son malheur…

La prise de pouvoir des « influenceurs »

En 2022, déjà, le réalisateur suédois Magnus von Horn proposait, avec Sweat, une critique acide, mais bienveillante, de ces youtubeurs et autres « influenceurs » autoproclamés qui entendent livrer quotidiennement leur expertise dans des domaines dont leur légitimité reste à prouver, que ce soit dans les relations sentimentales, la sexologie, la politique, les investissements financiers, la nutrition ou autres… Des « coachs de vie » cupides et narcissiques qui maîtrisent les réseaux sociaux, mendient les « likes » dans leurs vidéos, ne vivent plus que grâce à leurs abonnés virtuels, à leurs formations payantes et à leurs « séminaires ».

La culture du narcissisme

L’essor de ces pseudo-experts a tout à voir avec la civilisation libérale dans laquelle nous évoluons depuis plus de deux siècles, qui encourage l’individu à se démarquer sans cesse du groupe, à cultiver sa performance et à devenir la « meilleure version de lui-même », fût-ce au détriment des autres. De là le succès de tous ces ouvrages bien-pensants sur le « développement personnel » qui, de Laurent Gounelle aux Quatre Accords toltèques, ne font que recycler la pensée stoïcienne – sans jamais la citer ni l’égaler – pour mieux nourrir le Narcisse qui est en nous. Les transports en commun sont bondés d’adeptes de cette littérature…

Un récit qui oblique vers le thriller

Malin, le scénario de Yann Gozlan nous présente un personnage tellement convaincu par son logiciel de pensée que son attitude, au cours du récit, se fera de plus en plus tyrannique, au point de marcher sur les autres et de faire basculer ce récit pamphlétaire dans le registre policier… Une tournure un peu facile, il est vrai, qui tend à nous écarter du sujet et décevra, à coup sûr, une partie du public. Ceux, en revanche, qui connaissent un peu le cinéma de Yann Gozlan ne seront pas surpris et ne lui en tiendront nullement rigueur. Finalement, on s’amuse assez de cet antihéros pathétique que les obstacles renforcent chaque fois davantage auprès de son public au point d’en devenir toujours plus monstrueux.

 

3 étoiles sur 5

 

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Pierre Niney est un excellent acteur – n’est pas de la Comédie Française qui veut – et je ne vois pas de rapport entre les « chrétiens » et ce film…

  2. D’après ce que je vois ce film stigmatise un influenceur (évidemment de droite) mis en cause par une commission technocratique liberticide et joué par un comédien médiocre mais (Dieu sait pourquoi, et moi aussi) encensé régulièrement par la critique (il bénéficie d’un article/jour dans le Figaro) !
    Décidément les chrétiens tombent dans tous les pièges…

  3. J’ai vu le film, pour moi admirable dans son interprétation par un Pierre Niney investi totalement dans son rôle dans une triste réalité qui fait frémir. P.N mériterait un prix d’interprétation dans un rôle très physique sur la durée. J’irais volontiers le revoir. Quant aux commentaires relatifs à Macron le minuscule, je n’y avais pas pensé mais avec le recul c’est tout à fait ça, souvenez-vous quand il haranguait les foules du haut d’un immeuble, à cet instant il m’a fait peur, un vrai fou illuminé !

  4. On dirait Macron qui hurlait sans discours appelant les martiens, les australiens et les chiliens etc….à voter pour lui: Il croyait que c’était l’élection pour devenir Président du Monde.
    La différence étant qu’en 2017, il n’y avait même pas de public comme ici!
    Macron était un gourou événementiel et artificiel…qui aura bien plombé la France, avec ou sans les lunettes de Benalla.

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