[CINÉMA] Jean Valjean, une proposition courageuse pour un film sur la rédemption
Nous sommes en 1815, peu après la bataille de Waterloo qui marqua la défaite ultime des armées de Napoléon face à la coalition de la Grande-Bretagne, de la Prusse et de la Belgique. Sorti récemment du bagne de Toulon, après dix-neuf années d’incarcération pour avoir volé un pain et tenté de s’évader à quatre reprises, Jean Valjean traverse avec son baluchon le département des Basses-Alpes (les Alpes-de-Haute-Provence). Rejeté par l’ensemble de la population, l’ancien forçat frappe un soir à la bonne porte, celle de Bienvenu Myriel, l’évêque du diocèse de Digne, qui vit avec sa sœur Baptistine et sa bonne, madame Magloire.
Bourru, agressif à l’égard de ses hôtes dont il perçoit d’emblée la crainte, Jean Valjean accepte le gîte et le couvert que lui offre le prêtre. À ce stade, le héros des Misérables l’ignore encore, mais cette rencontre va s’avérer déterminante pour la suite de son parcours…
La rédemption de Jean Valjean
En adaptant librement les deux premiers livres de la première partie du chef-d’œuvre de Victor Hugo, paru en 1862, le cinéaste Éric Besnard (Délicieux, Les Choses simples, Louise Violet) répond, semble-t-il, à de vieilles sollicitations. Il s’était vu proposer à deux reprises l’adaptation, en tant que scénariste, des Misérables. Il avait même, un temps, caressé le projet d’une série télévisée dont chaque épisode eût été consacré à un personnage différent du roman. Son Jean Valjean s’affiche alors comme un honnête compromis entre ses diverses aspirations.
Plutôt que de retracer l’ensemble de sa cavale, qui ne prendra réellement fin qu’à la mort de l’inspecteur Javert, quinze ans plus tard, le réalisateur se concentre sur un épisode bien précis de la vie de Valjean. Un moment de bascule de son existence où le personnage peut se perdre totalement dans la criminalité et la scélératesse ou, au contraire, émerger humainement et socialement. Car, en effet, c’est un homme meurtri par l’existence, dégoûté des hommes et en colère contre Dieu que l’évêque de Digne, dans toute sa miséricorde, va remettre dans le droit chemin.
À ce sujet — Cinéma : Délicieux, un film gavé d’idéologie
En lui offrant l’hospitalité, l’écoute, le pardon, quelques couverts en argent et deux chandeliers, celui-ci va lui montrer que l’empathie et la bonté, si elles sont parfois difficiles à atteindre, tant elles nécessitent d’efforts et de travail sur soi, sont un idéal vers lequel tendre. Un message on ne peut plus chrétien sur la rédemption qui explique certainement, en partie, les raisons pour lesquelles la presse de gauche descend le film en flèche, en ce moment…
Un sentiment d’étirement
Le film d’Éric Besnard, pour autant, n’est pas une totale réussite. Car si les dialogues sont magnifiquement écrits et que le tandem que forment à l’écran Grégory Gadebois (un choix évident dans le rôle de Valjean) et Bernard Campan fonctionne à merveille, le jeu d’Alexandra Lamy est plus aléatoire. Cette dernière a néanmoins le mérite de s’être grimée et mise en danger pour un rôle dans lequel on ne l’attendait pas. Plus embêtant, ce Jean Valjean donne le sentiment d’avoir étiré plus que de raison ce qui n’aurait dû constituer qu’un passage dans une œuvre plus vaste. De là, les flash-back de remplissage, intempestifs et maladroits, et l’apparition – certes originale – de Claude Gueux, cet autre anti-héros célèbre de Victor Hugo.
On salue malgré tout la proposition courageuse du cinéaste et le discours général, qui détonne avec le tout-venant idéologique du cinéma actuel.
3,5 étoiles sur 5
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour


































10 commentaires
Une coalition « de la Grande-Bretagne, de la Prusse… et de la Belgique » ! Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire ! – En 1815, la Belgique n’existe pas (pas encore). La dénomination « Grande-Bretagne » n’est pas juste : il faut dire « l’Angleterre », car depuis la fin du XVIIIe siècle, ce terme est pris dans son sens générique pour désigner l’entité politique administrée par Londres (et non dans son acception géographique, plus restrictive : une des quatre « nations » qui composent le Royaume-Uni). Enfin, si la coalition ne comporte pas une inexistante Belgique, elle regroupe l’Autriche et la Russie.
Oulla, que d’approximations ; il ne vous aura pas échappé que ni la Russie ni l’Autriche ne participent à Waterloo, ces deux armées étant restées sur le Rhin… Eh oui…
Quant à parler de la Grande-Bretagne, oui, je l’assume, ce terme existe au moins depuis le XIème siècle et apparait officiellement en 1707 pour désigner l’union du royaume d’Angleterre et du royaume d’Écosse…
À la rigueur, je veux bien entendre la critique sur la notion de « Belgique », j’aurais pu privilégier le terme de « Pays-bas ».
« Septième coalition » : Angleterre, Prusse, Autriche, Russie… – Bien sûr qu’on vous comprend quand vous parlez de « Grande-Bretagne ». Toutefois, si tant d’historiens préfèrent utiliser le terme d’Angleterre plutôt que celui de Grande-Bretagne (même après 1707), il y a bien une raison (dès le titre : voyez toutes ces « Histoire de l’Angleterre » – Cottret, Chassaigne, etc. – qui sont de fait des histoires… de la Grande-Bretagne).
Rien ne vaudra la version avec Jean Gabin, Bourvil, Bernard Blier et tant d’autres acteurs de la bonne époque du Cinéma Français ! (Oui, avec des majuscules pour lui rendre hommage à lui qui est disparu trop tôt nous laissant une fabrique de navets :'( )
tout se qui se fait actuellement est empreint de wokisme et idéologie et faut que notre argent aille ailleurs qu’aux illuminés de gauche
Qui a lu Hugo sait la subtilité diverse de ses positionnements politiques en même temps que sa profondeur et son humour ( » Choses vues »). Il n’est pas sûr qu’aujourd’hui il écrirait il pourrait raconter Jean Valjan de la même manière. Alors, les juges bourgeois étaient crassement bourgeois, Flaubert, Baudelaire, en avaient fait les frais. Et on croyait, dixit Hugo, qu’une école qui s’ouvrait, c’était une prison qui fermait ! Notre copie est à revoir et je me demande ce que le film veut dire, si ce n’est qu’un morceau choisi d’époque ou s’il veut parler de la nôtre, ce qui aurait alors un sens. L’extrait que j’ai vu me donne à penser que c’est le traitement au premier degre qu’on a choisi. Pourquoi pas. Alors c’est nous qui devons comprendre qu’hier, c’etait hier.
« Et on croyait, dixit Hugo, qu’une école qui s’ouvrait, c’était une prison qui fermait ! Notre copie est à revoir » = les écoles sont différentes maintenant qu’autrefois. c’est peut être cela qu’il faudrait revoir!
Où sont les leçons de morale que nous avions tous les matins en primaire?
A présent, nous avons les programmes
« d’éducation à la vie affective et à la vie relationnelle », les fameux EVAR ou les programmes « d’éducation à la vie affective et à la vie relationnelle ET sexuelle » (EVARS) pour les plus grands.
Gageons que ces programmes dont l’idéologie ne fait aucun doute et dont les parents devraient absolument prendre connaissance, sauront répondre au mal être actuel de toute une génération !
Personnellement, j’ai passé un bon moment.
« 1815, peu après la bataille de Waterloo qui marqua la défaite ultime des armées de Napoléon face à la coalition de la Grande-Bretagne, de la Prusse et de la Belgique. Sorti récemment du bagne de Toulon, après dix-neuf années d’incarcération pour avoir volé un pain et tenté de s’évader à quatre reprises »
Notons que ce n’est pas la justice « bourgeoise » qui condamne JVJ à un quasi relégation mais la justice révolutionnaire impitoyable avec les pauvres et les humiliés.