Comment la gauche tente de réécrire le meurtre de Quentin

« Rixe », « bataille rangée », « néonazi »… Patrick Cohen et Clément Viktorovitch se sont surpassés.
Capture d'écran X
Capture d'écran X

L’audiovisuel public fidèle à lui-même. Comme cela avait été le cas lors de l’affaire Thomas à Crépol, les médias de gauche s’emparent du meurtre de Quentin Deranque afin d’en livrer une version épurée, débarrassée de ses éléments les plus dérangeants. Fidèle au poste, Patrick Cohen a signé, ce lundi 16 février, dans C à vous, un éditorial comme il en a le secret. Le journaliste star de France 5 et France Inter a évoqué les circonstances de la mort du jeune homme en des termes étonnants. Citant une mystérieuse « source proche », Patrick Cohen a présenté le drame comme la conséquence d’une baston à armes égales entre deux bandes rivales : « une bataille rangée entre membres de l’ultra-gauche et de l’ultra-droite […] avec deux groupes d'une vingtaine de militants de chaque côté ». Bref, encore une embrouille entre extrémistes de tous bords, rien de neuf sous le soleil.

Rapidement, l’édito a fait bondir de nombreux observateurs. « Après avoir désinformé sur les circonstances de la mort de Thomas à Crépol, Patrick Cohen récidive avec la mort de Quentin ; sur le service public, le journaliste évoque des "affrontements" alors que le procureur de la République de Lyon a bien évoqué un véritable lynchage » (voir l'édito de Marc Baudriller), a dénoncé l’Observatoire du journalisme. On peut en effet se demander pourquoi Patrick Cohen a préféré relayer les propos d’une source anonyme plutôt que ceux des représentants de l’État. Les mots du procureur étaient-ils trop crus au goût de M. Cohen ?

L’Arcom saisie

Sur X, le député de l’Oise Philippe Ballard, lui-même ancien journaliste, a annoncé saisir l’Arcom pour cette chronique. « Le service public a gravement manqué à ses obligations de rigueur et d’honnêteté dans le traitement médiatique de l’assassinat de Quentin. Les Français n’ont plus à payer pour cela ! », a-t-il écrit.

Dans son courrier, l’élu du RN souligne des expressions employées par Patrick Cohen « en décalage » avec les faits rapportés par le procureur de la République de Lyon. « Dans cet éditorial, Patrick Cohen a qualifié les circonstances de la mort de Quentin Deranque de "bataille rangée" et d’"affrontements". Ces termes laissent entendre une confrontation réciproque entre deux groupes. » Et le député de rappeler les mots de l’avocat de la famille de la victime qui a parlé d’un « guet-apens méthodiquement préparé ».

L’éclat de rire de Clément Viktorovitch

Ancienne figure de l’audiovisuel public, le « politologue » Clément Viktorovitch sévit désormais sur la plateforme Twitch, où il donne son avis sur l’actualité et assomme ses followers de sa faconde. Le meurtre de Quentin lui a fourni une occasion supplémentaire de livrer le fond de sa pensée. « À l’issue d’une rixe opposant des militants néofascistes à des militants antifascistes, un néofasciste, Quentin Deranque, est mort, lynché par au moins six personnes : ça, ce sont les faits tels qu'on les connaît », a-t-il ainsi résumé. Les parents du défunt seront ravis d’apprendre que leur fils était un « néofasciste »… Le streamer à lunettes a ensuite évoqué les derniers instants de Quentin. « Il s'est relevé et il est rentré chez lui, et après, il est mort », a-t-il relaté, hilare. Visiblement rappelé à l’ordre par certains de ses auditeurs, Clément Viktorovitch s’est repris : « C'est pas drôle. Non, c’est pas drôle, mais c'est… bref, peu importe. » En effet, tout cela semble lui importer bien peu.

Car c’est un autre élément qui intéresse Clément Viktorovitch. « Vous voyez quels sont ceux qui soutiennent Quentin Deranque et demandent justice pour lui ? On est dans la jeunesse néofasciste voire, en l'occurrence, explicitement néonazie. Puisque certains ont perdu un peu le nord, je vais le rappeler : les nazi,s c’est les méchants ! » Et les « gentils », selon le spécialiste, c’est LFI. « On en vient à fustiger l'antisémitisme supposé de La France insoumise - dont on est quand même bien en peine de démontrer qu'il concernerait tout le mouvement - et, à côté, il y a d'authentiques néonazis qui inscrivent des slogans antisémites place de la République à Paris, en hommage à Quentin Deranque ! […] Est-ce que vous percevez l'ampleur de la défaite dans la bataille culturelle qui est devant nous, l'ampleur du retournement qui s'est opéré ?, s’étouffe l’enseignant de rhétorique. Moi, je ne suis pas choqué que la représentation nationale rende hommage à une personne morte pour ses idées. Je suis choqué quand la seule personne à qui on rend hommage, c’est un néonazi. »
Sans doute Clément Viktorovitch avait-il été moins choqué lorsqu’une minute de silence avait été respectée à l’Assemblée nationale en 2023, en hommage à Nahel Merzouk. Mais le petit ange mort à la suite d’un refus d’obtempérer ne faisait pas partie des « méchants », il est vrai...

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

69 commentaires

  1. Et que fait l’ARCOM ? Aaaahh ! pour espionner CNEWS , là ça va ! Pathétique ; j’ai un profond dégout pour ces gens .

  2. Pas un pour rattraper l’autre, à vomir autant l’un que l’autre et ça se dit « journaliste », j’aurais un autre terme pour ce genre d’individus

  3. Au fait…une alerte à la bombe au siège de LFI ! Quelle coincidence, non ? Curieusement au lieu de monter sur leurs grands canassons, les dirigeants en tête, dont Monsieur Bompad, ne se montrent pas outre mesure révoltés ni choqués. N’en tirons pas de conclusions hâtives, mais cette « discrétion » étonne.

    • On a beau l’interpeler, l’Arcom(ique) fait la sourde oreille dès qu’il s’agit des frasques de journalistes issus du camp de la gauche bien-pensante.

  4. L’esprit est le pouvoir des hommes pauvres mais intelligents. Voltaire faisait partie de ces gens d’esprit. Quant à ce commentateur qui se veut être comique avec de tes mots et un rire idiot, on ne peut que se désoler.

  5. Donc être catho, soutien de « Némésis » c’est être néo-fasciste? Alors je dois être moi aussi néo-fasciste…

  6. Ce que n’explique pas ses concurrents, c’est pourquoi le service public de l’information a-t-il toujours autant de fidèles ?
    Parce que le peuple de France est vraiment de droite ?
    il en va de même aux élections, la France est dite à droite et vote à gauche, étonnant, non ?

  7. Et ce sont des journalistes, je ne savais pas qu’une carte de presse était un blanc-seing pour raconter n’importe quoi sans risquer une quelconque sanction.
    A force de tolérance, certains dépassent les limites. Ils devraient être poursuivis pour minimum diffamation et par extension appel à la violence et à la haine.

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