Commerce d’enfants : dix plaintes déposées, l’État ferme les yeux
Dix : c'est le nombre de plaintes pour démarchage illégal, déposées entre les 27 et 29 mai, par l'ONG Déclaration de Casablanca contre Romain Taillandier et Maxime Lebouteiller, deux représentants français de sociétés américaines proposant de réaliser des GPA à l’étranger. Olivia Maurel a vécu dans sa chair l'horreur d'une GPA et le raconte dans son ouvrage Où es-tu maman ? (Éd. du Rocher). Porte-parole de l'ONG, elle souligne les enjeux de ce bras de fer judicaire.
‼️COMMUNIQUÉ DE PRESSE ‼️
➡️9 nouvelles plaintes contre Romain Taillandier pour délit pénal d'entremise en vue de GPA :
jusqu’où ira-t-on dans le mépris de la loi française ? ⤵️https://t.co/yaLcclUIzC pic.twitter.com/E5H4CZhYpK— UniversalSurrogacyAbolition (@CasaDeclaration) May 27, 2025
Appâter le client en toute illégalité
Romain Taillandier est représentant commercial pour le Fertility Center of Las Vegas (FCLV), une clinique américaine spécialisée dans la gestation pour autrui. À ce titre, « il organise régulièrement des tournées en France pour rencontrer des clients potentiels, souvent dans des hôtels ou via Zoom, afin de leur vendre des programmes de GPA aux États-Unis en toute illégalité au regard du droit français », détaille Olivia. Elle ajoute qu'en avril dernier, trois salons de ce type se sont ainsi tenus dans trois villes de France : « Des rencontres fréquentées par des couples en souffrance, souvent des couples hétérosexuels, parfois homosexuels, en quête de solutions rapides [pour se procurer un enfant] qui reçoivent là des promesses simples, efficaces, emballées dans un discours de progrès et de liberté. »
Maxime Lebouteiller, lui, travaille pour le compte d'une autre agence américaine, Surrogate First, et démarche activement en ligne les potentiels clients à qui il propose ensuite des rendez-vous. Sur son compte Instagram, il fait valoir ses « 7 ans d'expérience à aider des parents à travers la GPA aux États-Unis » pour annoncer sa venue en France du 18 au 25 juin et prévient : places limitées !
Une personnalité moins médiatique que son compère, Romain Taillandier, qui use d'une part de sa réputation people (jeune bloggeur, il est le directeur général de la société FeelGoude, une société qu’il avait créée avec son ex-mari l’animateur Alex Goude) et d'autre part de sa propre expérience familiale qu'il étale sur les réseaux sociaux, depuis qu'il est devenu papa d'un petit garçon né par mère porteuse à Las Vegas. Le même stratagème que celui pratiqué par le journaliste tout autant people Christophe Beaugrand, déjà évoqué dans ces colonnes, pour dissimuler une terrible fracture sociale entre une catégorie de nantis et les autres, femmes et enfants priés de se plier aux désirs de plus riches qu'eux.
Je suis fier de ma famille, et c’est grâce à une femme porteuse incroyable que tout cela a été possible ! L'extraordinaire femme qui a porté notre fils est devenue une amie. Nous voir heureux la rend heureuse ! Oui une GPA éthique est possible en France ! #GPAetFierté pic.twitter.com/4pR1Nf85cY
— Romain Taillandier (@RomTaillandier) May 7, 2024
Instrumentaliser des souffrances pour alimenter un marché mondial de 14 milliards de dollars
Stratagème déconstruit par une Olivia Maurel qui sait de quoi elle parle : « Ce qu’ils vendent, c’est une parentalité sur commande. Un enfant comme produit final d’un contrat, avec devis, échéancier et catalogue avec des programmes complets, incluant la sélection de la mère porteuse, parfois aussi celle de l’ovocyte, le suivi médical, le choix du sexe de l’enfant et même l’accompagnement juridique pour contourner la loi française. Elle ajoute : Ces deux hommes n'agissent pas de manière isolée. En captant une détresse légitime de parents "en mal d'enfants", ils alimentent un vaste marché international, lucratif et cynique, qui instrumentalise la souffrance des uns et l’exploitation des autres et qui n'est autre que la vente d'enfants. » Business mondial en pleine expansion, évalué par les experts, juristes, médecins et psychologues regroupés au sein de la Déclaration de Casablanca à 14 milliards de dollars, susceptible d'atteindre les 130 milliards d'ici dix ans.
L'inaction des autorités interroge
Un chiffre qui interroge quant à l'inaction et le mutisme des autorités françaises pour des pratiques qui tombent sous le coup de la loi : le délit d'entremise en vue de GPA est punissable d'un an d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Exemple avec le salon Wish for a Baby organisé tous les ans à Paris (depuis décembre 2020), malgré les protestation des associations de protection des femmes et des enfants ainsi que les recours juridiques intentés, notamment par l'association des Juristes pour l'enfance, tous rejetés. Au point qu'aujourd'hui, remarque la juriste Aude Mirkovic, « Romain Taillandier risque moins à organiser sa réunion de prospection commerciale de GPA qu’à laisser sa voiture dans la rue sans payer son parcmètre ! »
Cette année, et pour la première fois, la pression mise par les associations a fini par payer, les organisateurs du salon Wish for a Baby ayant annoncé jeter l'éponge pour l'édition 2025 sans qu'aucune plainte en justice n'ait réellement abouti. « Un silence qui nourrit l'impunité », souligne Olivia Maurel.
Comment expliquer cette inaction des pouvoirs publics ? Incapacité, manque de volonté ou complaisance idéologique ? « Honnêtement, je pense que c'est un mélange des trois », réagit Olivia Maurel qui, tout en reconnaissant que les autorités manquent d'informations concrètes (« Les démarches se font de manière en effet très discrètes, en ligne, par mail, en visioconférence ou dans des hôtels ; la matérialité de l’infraction est difficile à établir, surtout quand les contrats sont signés à l’étranger »), n'écarte pas pour autant leur réel manque de volonté de lutte contre un tel trafic et la part de leur complaisance idéologique « dans certains milieux politiques et judicaires qui ne souhaitent pas "brusquer" un prétendu progrès sociétal de peur d’être accusé d’homophobie ou de conservatisme dès qu’on ose critiquer la GPA ».
Cette fois encore, en déposant ces dix plaintes, la Déclaration de Casablanca émet un signal clair : « Tant que l'État fermera les yeux, ces pratiques continueront à se banaliser. Nous continuerons à déposer plainte. Nous appelons la Justice à enfin faire respecter la loi. Et de conclure : Un combat qui n'est ni moral ni religieux mais qui relève d'une question de dignité humaine », ajoute l'enfant née de GPA.
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23 commentaires
On nous présente une famille « idéale ». Deux papas et un petit garçon heureux, et je n’en doute pas. Une mère porteuse restée amie, la meilleure protection pour cet enfant, qui n’aura pas à chercher sa mère. Mais attendons de voir le manque de tous les autres, et comment ils le vivront.
Entre la marchandisation des ventres de mères porteuses pour l’achat d’un enfant; l’enlèvement d’enfants pour objets sexuels ou banque d’organes voire vente pour adoption par des couples; le commerce d’êtres humains a de beaux jours en perspective.
A coté de ce trafic sordide, il y a l’avortement qui tue 160.000 enfants à naître en France.
Dire qu’il y en a qui parlent de progrès sociétal.
Vous le dites bien pinomajo.. Société en dérive.
Et on ne parle pas des enfants qui disparaissent…pour…Un scandale, une horreur. Mais…CHUT!…