Conflit iranien : au Louvre Abou Dabi, des œuvres françaises menacées par les missiles chiites

Les œuvres déposées au Louvre Abou Dabi pourraient être des victimes collatérales du conflit... ou des cibles de choix.
Photo de This And No Internet 25: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/architecture-elegante-du-louvre-abu-dhabi-35336010/
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À Dubaï, il y a les influenceuses qui pleurent avec force sanglots et affrications, et qu’on n’ira pas chercher. Et à Abou Dabi, des œuvres d’art dont il serait bon de se préoccuper. Des peintures, des sculptures prêtées par les musées français au Louvre local. On préférerait les savoir en sécurité sur notre sol.

Vous me direz que le Louvre (celui de Paris) n’est pas un modèle de conservation, entre vols et inondations. Mais la nocivité des missiles iraniens peut surpasser largement la gabegie d’une administration française. Le danger est réel. Samedi, des éclats de missiles sont tombés sur l’île de Saadiyat, où se trouve le Louvre Abou Dabi.

Quatre marbres du château de Versailles, entre autres

Les musées français prêtent - enfin… ils les louent, mais là n’est pas le sujet - de moins en moins d’œuvres au Louvre Abou Dabi, puisque celui-ci constitue ses propres collections année après année. En ce moment est exposé à Abou Dabi, venu du Louvre Paris, un panneau de la Frise des archers (Ve siècle av. J.-C.), emblématique du grand art perse, celui d’avant l’islam. Plus antique, encore, un Ramsès II du XIIIe siècle avant Jésus Christ.

Le musée de Versailles, lui, a confié au désert quatre allégories de continent : l’Asie, l’Europe, l’Afrique… et l’Amérique, ce « Grand Satan » que les islamistes iraniens adoreraient anéantir. Ce sont quatre des vingt-sept sculptures commandées par Colbert et exécutées sous la direction de Le Brun, pour orner le parterre d’eau. La fameuse « Grande Commande » de 1674. Aimerait-on voir ces marbres éraflés ou éclatés par les missiles chiites ? Non. Et ce n’est là qu’un aperçu. Une quinzaine de musées français envoient des œuvres à Abou Dabi, sous les auspices de France Museums, agence qui développe des « services d’ingénierie culturelle » (sic) et dont le conseil scientifique, si l’on en croit le site officiel, est toujours présidé par Laurence des Cars - le nom n’est pas inconnu de ceux qu’intéressent la sécurisation des œuvres.

« Rapatriement sans délai »

Que prévoit, à ce sujet, le traité de coopération ? Les Émirats arabes unis ont l’obligation contractuelle de garantir la sécurité des peintures, des sculptures, des manuscrits en temps normal, et combien plus si elle est menacée, dit l’article 12. Cela peut aller jusqu’à l’exfiltration en urgence, selon l’article 13 : « Lorsqu'elle considère qu'un risque pèse sur la sécurité des œuvres, la Partie française peut procéder au rapatriement sans délai de l'ensemble des œuvres prêtées. »

Dans un communiqué daté du 2 mars, l’agence France Muséums assure suivre la situation de près et procéder à « une évaluation quotidienne de la situation ». Elle note qu’à ce stade, « les autorités émiriennes ont décidé de maintenir les musées de l’île de Saadiyat ouverts, en s’appuyant sur les évaluations réalisées par les instances compétentes ». En effet, on peut toujours réserver un billet sur le site du Louvre Abou Dabi, pour aujourd’hui ou les jours qui viennent.

Les risques n’étaient pas imprévisibles

« Ce Louvre du désert et de la lumière, que vous avez voulu et que nous avons fait ensemble, c'est cette volonté de porter ici ce message d’universel », disait Emmanuel Macron, lors de l’inauguration du Louvre Abou Dabi, en 2017. L’universel, c’est bien beau, mais n'oublions pas les risques particuliers. Dès 2016, Jean-Michel Tobelem, spécialiste des questions muséales et culturelles, les avaient décrits. « Dans la mesure où nul n’avait prévu les Printemps arabes, il paraîtrait imprudent d’imaginer que cette zone ne peut connaître à l’avenir des troubles sociaux et politiques », écrivait-il. D’autant que, rappelait-il, la France a une base militaire à Abou Dabi. « Et dans ce cas, comment garantir de façon certaine l’intégrité des collections mises à disposition du musée émirien ? »

Le spécialiste évoquait encore une zone géographique « comportant des foyers de tension, de troubles ou de guerre, de fortes inégalités sociales et le non-respect des principes démocratiques »… Bref, des aléas incompatibles avec l’intégrité des œuvres d’art. Après les déclarations d’Emmanuel Macron, ce mardi 3 mars, et l’arrivée prochaine du Charles-de-Gaulle en Méditerranée, les œuvres françaises déposées à Abou Dabi pourraient devenir des cibles de choix aux yeux des ayatollahs : à la fois symboliques et à portée de missiles.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Quelle idée de faire un Louvre Abou Dabi? Nos oeuvres restent en France et ce n’ est pas négociable. On aurait pu créer un Louvre dans le sud de la Franc, tout en boostant notre propre économie dans le sud et protéger nos oeuvres. Un patrimoine reste sur le territoire, c’est grotesque de le disperser. Un touriste veut voir du local en France, une histoire et des français du cru, c’est tellement logique mais pas à la portée de nos politiques de le comprendre.

  2. Les pays du Golf semblaient à l’abri de toute agression ( accords de défense, en particulier avec la France pour le Quatar, le Koweit, les Emirats arabes. Au moment où je met sous presse ( écrit… ) je ne sais pas si la France a commencé à défendre un de ces pays ? Les oeuvres d’art semblaient vraiment à l’abri. Il faut donc tout prévoir. Vous écrivez que la France a une base aérienne à Abou Dabi ( je l’ignorai ) ; la France a t-elle commencé à déployer un système anti-missiles et drones ? Quant au porte avion CDG, il se déplace avec sa flotte d’escorte. En Méditérranée, il a en ce moment le G. Bush. Où se placera la flotte française dans une petite semaine maintenant ?

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