Des Magritte aux René : nouvelle fissure dans l’hégémonie culturelle de gauche

La fondation Magritte ne veut plus être associée à la tribune politique qu'est devenue la cérémonie du cinéma belge.
Capture d'écran Académie André Delvaux
Capture d'écran Académie André Delvaux

Le 7 mars prochain auront lieu, en Belgique, les René du Cinéma. Vous ne connaissez pas ? C’est normal, l’année dernière, ils s’appelaient encore Magritte du Cinéma, mais après quatorze années, la fondation René-Magritte a mis fin à sa collaboration avec l’Académie André Delvaux. Pourquoi ? « de graves dérives de la cérémonie », et « particulièrement l’an dernier », explique la fondation Magritte, dans son communiqué de presse.

Le Grand Remplacement de la culture par l'idéologie

La fondation René Magritte ne peut pas être plus claire, et son communiqué de presse plus net : les Magritte du cinéma devront changer de nom, le président de la fondation René Magritte, qui est aussi l’ayant-droit de l’artiste surréaliste, Charly Herscovici, a communiqué sa décision de mettre fin à quatorze ans de partenariat. Pourtant, « lorsque l’Académie André Delvaux a pris l’initiative de créer une cérémonie annuelle pour célébrer le cinéma belge, Charly Herscovici et la fondation Magritte s’en sont réjouis et ils s’y sont immédiatement associés en permettant à l’Académie de dénommer ses prix du nom de René Magritte. » Il faut dire qu’à l’époque de sa création, en février 2011, la cérémonie était encore un événement visant à mettre en avant le cinéma belge et n’était pas encore devenu la tribune idéologique et politique qu’elle est aujourd’hui. C’est ce qu’explique sans ambages le communiqué de presse de la fondation : « Ces trois dernières années, il a fallu constater de graves dérives de la cérémonie, particulièrement l’an dernier où la scène censée célébrer le meilleur du cinéma belge francophone s’est transformée en une tribune de meeting politique, rejetant la célébration du cinéma dans l’ombre. » Comment imaginer que les Magritte pouvaient échapper au Grand Remplacement de la culture par l’idéologie ?

« Une tribune de meeting politique »

L’année dernière, le 22 février 2025, Charline Vanhoenacker officiait en tant que maîtresse de cérémonie. Est-il nécessaire d’en dire plus ? Comme d’aucuns pouvaient s’en douter, c’était « une cérémonie à laquelle elle a, dès le départ, insufflé une dimension politique », rapportait le média belge Le Soir. Évidemment, et puisqu’il s’agit de son fonds de commerce, la journaliste du service public français s’est appliquée à essayer de faire rire la salle en fustigeant Donald Trump et l’extrême droite. « Au cinéma, faire peur, ça s’appelle un film d’horreur. En politique, faire peur, ça s’appelle le programme de "l’extrême droite". » Rires. Ou pas. Ce n’est pas faute, pourtant, de s’être donné du mal, jouant avec une casquette MAGA qu’elle considère comme « la plus dégueulasse de la Terre », à laquelle elle substitue une casquette bleue, couleur des Magritte, et proposant de « retourner la force de l’adversaire » : « Magritte du Cinéma Great Again ». Hilarant. Ou pas. D’ailleurs, le JDD en avait fait un papier, tant « la laborieuse charge de Charline Vanhoenacker contre Trump et "l’extrême droite" [avait] sidér[é] les internautes ».

George-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur, un parti politique conservateur belge, en avait lui aussi pris pour son grade : il avait eu l’outrecuidance d’évoquer la suppression du ministère de la Culture. Charline Vanhoenacker ne pouvait évidemment pas ne pas tenter une vanne sur une proposition émanant de la droite belge : « La Belgique a-t-elle vraiment besoin d’une ministre de la Culture ? La Belgique a-t-elle vraiment besoin d’un Georges-Louis Bouchez ? » 7sur7 rapporte qu’en plus d’« une quarantaine d’artistes [qui] ont "interrompu" la cérémonie pour un happening politique, dénonçant la "montée de l’extrême droite partout dans le monde et un recul des droits humains" », les lauréats, eux aussi, avaient pris part au concert : critique du gouvernement Arizona qui « porte[rait] également le projet d’une politique migratoire inhumaine », accusation de « misanthropie » envers le président du MR, dénonciation d’un « génocide à Gaza » et de « crimes de guerre israéliens », et appel à « déconstruire les imaginaires coloniaux, racistes, misogynes, islamophobes, homophobes et transphobes ». En bref, comme le rapportait 7sur7 dès le 26 février dernier, « la fête du cinéma belge se mue en meeting politique : malaise au sein de la fondation Magritte ».

De Magritte à René : de l'art à son ombre

Difficile de ne pas voir dans cette cérémonie une tribune offerte aux artistes pour répandre leur bonne parole plutôt qu’un événement célébrant le cinéma belge ! « Dès lors que les organisateurs n’ont pas empêché cette fête du cinéma de déraper, Charly Herscovici et la fondation Magritte ont estimé que le nom du grand peintre belge ne pouvait plus longtemps être associé à cette manifestation et à son message politique », explique la fondation, dans son communiqué. Place, donc, aux René du cinéma : il paraît, de toute façon, que cela fait plus peuple et que cela met en avant « la belgitude », peut-on lire chez BFM. La fondation Magritte tacle avec sarcasme le subterfuge trouvé par l’Académie André Delvaux : « Cette cérémonie n’étant plus que l’ombre d’elle-même, les organisateurs ont achevé le travail en dénommant les prochains prix avec l’ombre du peintre… Et si l’académie a choisi de signifier maladroitement une continuité de cette cérémonie en la nommant désormais du prénom du peintre, il est important pour la fondation Magritte de signaler qu’elle n’y est nullement associée. »

Le meeting politique en lieu et place de cérémonie cinématographique ne séduit pas tellement le public : les audiences n'en finissent pas de diminuer, rapportait 20 Minutes. Se refaire une santé en changeant de nom ? « Si elle veut retrouver sa vocation, l’Académie devrait certainement retrouver son bon sens », analyse la fondation Magritte. Ce serait peut-être aussi le meilleur moyen de retrouver ses spectateurs.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 11/01/2026 à 12:46.

Vos commentaires

6 commentaires

  1. Faut-il l » dire, la culture belge est portée par Bruxelles et les Buxellois qui se prennent pour de Parisiens. Est-il bien nécessaire d’avoir une remise de prix dans chaque état ? Permettez-moi de rappeler que les deux grrands peintres surréalistes « belges » à savoir René Magritte et Paul Delvaux étaient des Wallons. Je me réjouis donc que le nom de Magritte ait été retiré de la popote socialiste bruxelloise, une maifestation qui ne satisfait et ne concerne que ses organisateurs, avec sans doute dotés d’argent public.

  2. Supprimer le ministère de la culture…voilà une idée à affiner. La culture ne devient culture qu’avec l’âge. Ça n’est qu’avec du recul que l’on peut constater la permanence d’une œuvre…Pour le prochain 1° ministre, une suggestion: transformer le ministère de la culture en ministère de la pérennité des œuvres…Ça permettra, peut-être d’entretenir notre patrimoine sans dépenser un « pognon de dingues » avec les élucubrations de gens comme Koons

  3. Cette fondation a une réaction très saine : retirer son soutien aux infâmes. Elle devrait servir d’exemple à nombre d’entreprises, d’associations, d’administrations publiques qui, souvent inconsciemment, favorisent ou subventionnent des tribunes nauséabondes.

  4. Que les belges se débrouillent pour réhabiliter leur cinéma correctement.Nous sommes en France où d’ailleurs ce n’est pas mieux…

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