[GUERRE EN IRAN] Détroit d’Ormuz : Macron dit non

Emmanuel Macron décline la demande de Donald Trump qui appelle à l'aide pour ouvrir le détroit d'Ormuz.
Capture d'écran YT Marine nationale
Capture d'écran YT Marine nationale

« Jamais la France ne prendra part à des opérations d'ouverture ou de libération du détroit d'Ormuz dans le contexte actuel. » La déclaration d’Emmanuel Macron, qui présidait, ce 17 mars, un nouveau Conseil de défense à l’Élysée sur la situation au Moyen-Orient, est claire. C’est une fin de non-recevoir aux demandes insistantes, pour ne pas dire lourdes, de Donald Trump.

Un Donald Trump qui met la pression sur les Européens, et en particulier sur la France, mais aussi sur les Chinois ou le Japon, pour qu’ils interviennent avec leurs navires de guerre afin de sécuriser le détroit d’Ormuz. « Il est tout à fait normal que ceux qui tirent profit de ce détroit contribuent à faire en sorte que rien de fâcheux ne se produise là-bas », déclarait-il, dimanche, au Financial Times. Des propos cash comme le président américain en a l’habitude. Mais des propos auxquels on peut répondre de façon tout aussi cash : la situation dans le détroit d’Ormuz ne serait pas aussi fâcheuse si Trump et Israël n’avaient pas déclenché cette « fureur épique », il y a maintenant plus de deux semaines !

Trump appelle à l'aide

Après une impressionnante et fulgurante entrée en campagne qui vit l’élimination du Guide suprême Khamenei et de tout un aréopage de hiérarques du régime - opération techniquement remarquable qui a sans doute demandé des mois de préparation minutieuse -, après plus de deux semaines de bombardements intensifs, l’effet de sidération étant passé, on constate que, pour l’instant, les mollahs ne sont pas sortis de leur bunker, les mains levées au ciel en signe de reddition. Impréparation des Américains pour les phases qui suivirent l'intervention initiale, sous-estimation de la capacité de résistance et de résilience de l’ennemi ? Les débats font rage, sur les plateaux télé, tout autant que les combats sur le terrain. Mais là n’est pas le sujet. Le fait est qu’aujourd’hui, Donald Trump demande de l’aide. Premier enseignement que l’Histoire se tue d’ailleurs à nous rappeler : les empires ne peuvent pas toujours tout faire tout seul. Il leur faut des troupes supplétives, des États vassaux. Même Rome y avait recours aux marches de l'Empire. Preuve en est que Trump voudrait embarquer l’OTAN dans l’affaire iranienne. Toujours dimanche, il a en effet déclaré que l’avenir de l’OTAN serait « très mauvais » si les alliés ne lui viennent pas en aide pour débloquer le détroit d’Ormuz. C’est possible, la vieille Alliance étant dans le collimateur de l'hôte de la Maison-Blanche.

L'OTAN, de nouveau sur la sellette

Sauf que l’OTAN est une alliance défensive. L’article 5 du traité de l’Alliance Nord stipule bien qu’une attaque armée contre un pays membre de l’OTAN est considérée comme une attaque dirigée contre tous les membres de l’OTAN et que chaque membre est tenu de venir en aide au pays visé. À l’évidence, la guerre contre l’Iran ne rentre pas dans le cadre de cet article fondamental qui lie les trente-deux pays membres de l’Alliance, d'autant que les pays de l'Alliance n'ont pas été consultés avant l'intervention décidée par Trump. En revanche, on se rappelle qu’au sommet de l’OTAN, en juin dernier à La Haye, Donald Trump avait semé le trouble et même le doute, parmi les membres de l’Alliance, en déclarant devant des journalistes que l’article 5 pouvait « s'interpréter de plusieurs façons ». Une déclaration qui avait été comprise comme une possibilité, pour Trump, de s’affranchir de cette obligation vis-à-vis des pays alliés. En mars de la même année, le président américain avait émis des doutes sur la solidarité des pays membres de l’OTAN : « Si les États-Unis avaient des problèmes et que nous les appelions, nous dirions : "Nous avons un problème, la France. Nous avons un problème, quelques autres pays que je ne citerai pas". Pensez-vous qu’ils vont venir nous protéger ? Ils sont censés le faire. Je n’en suis pas si sûr. » Emmanuel Macron avait répondu : « Nous sommes des alliés loyaux et fidèles. » En retour, il avait estimé que la France était « en droit d’attendre la même chose ». « Des alliés fidèles », la France l’a en effet toujours été, sous de Gaulle, notamment durant la crise de Cuba, mais aussi plus récemment, lorsque l’article 5 de l’OTAN fut mis en œuvre après l’attaque du 11 septembre 2001… au profit des États-Unis d’Amérique.

La France hors du « grand jeu » ?

Pour en revenir à la fin de non-recevoir de la France émise par Emmanuel Macron, il est évident que la participation de la France à des opérations d’ouverture du détroit d’Ormuz serait considérée comme un casus belli par les Iraniens. La France serait donc de facto en guerre contre l’Iran. Plusieurs questions se posent alors. La première, qui est sans doute la plus importante : est-ce l’intérêt de la France ? La deuxième : la France est-elle prête à prendre le risque de se laisser entraîner dans un conflit qu’elle n’a pas souhaité et qui peut avoir des conséquences sur notre sol national, notamment avec le risque de regain du terrorisme ? La troisième : la France a-t-elle les moyens (militaires, humains, financiers, logistiques, etc.) d’un tel engagement ? Quatrième question : avons-nous intérêt à nous fâcher avec Trump ? Cela dit, les appels de Trump à lui venir en aide ne suscitent pas un fol enthousiasme chez nos partenaires et voisins. Cinquième question, enfin : la France, qui possède l’une des premières flottes du monde, peut-elle rester en dehors de ce « grand jeu » qui se met peut-être en place dans cette région stratégique du monde ? Beaucoup de questions, peu de réponses. Mais nous n'avons pas assisté au huis clos du Conseil de défense !

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

54 commentaires

  1. Commentaires refusés. Même BV ne veut pas voir d’où vient le problème. Par crainte ? Alors étudiez la carte géographique dans le monde et vous verrez où se situent les conflits et qui sont les belligérants. Par cet aveuglement les peuples occidentaux sont appelés à souffrir et à s’appauvrir encore davantage. Notre naïveté est notre principale faiblesse.

  2. Si seulement il disait non aussi à l’animateur de cabaret mafieux qui ne se maintient que par la guerre!! Au fait quel journaliste peut nous donner le chiffre des milliards donnés par la France en direct ou par le biais de l’UE ? Donner de l’argent que nous n’avons même plus et sur la dette, là c’est très très fort !! Et quand je vois BM et la VDL faire la bise à Zelenski qui est le plus beau faux jeton que la terre est portée mis à part les cinglés de l’Iran ,je pleure !! Pauvre France depuis 15 ans tu meurs !!

  3. On finit par oublier que l’Iran, au nom de l’Islam radical, est en guerre ouverte contre le monde entier depuis 47 ans et a fait énormément de victimes. Nous oublions aussi notre responsabilité dans la situation de ce pays.
    La même erreur fut commise avec Saddam Hussein , en le pendant les américains ont livré la région à l’Iran.
    Il est irréaliste de penser qu’en laissant agir les mollahs et leurs affidés nous aurons la paix dans une Europe où les guerres de religion ont déjà commencé théorisées par les Frères musulmans et financés par l’Iran.

    • Il fallait les éradiquer il y a 15 ans avant qu’ils ne parlent d’uranium !! arrachez la jachinthe d’eau elle repoussera toujours , les islamistes terroristes sont des cinglés ils n’ont plus rien d’humain car ils se prennent pour des dieux !!

  4. « Détroit d’Ormuz : Macron dit non ». Gageons que ce n’est pas une réponse mûrement réfléchif, juste celle d’un médiocre revanchard qui se venge comme un gamin des humiliations supposées subies ou non à son encontre par Donald Trump en faisant passer son narcissisme au-dessus des intérêts de la France.

  5. Sur le commerce du seul pétrole (pas du gaz ni des engrais azotés), je précise un point très important méconnu de la plupart : l’Europe (en ce comprise la France) n’est globalement concernée qu’à hauteur de 5,0 % de tout le pétrole importé par tankers via le détroit d’Ormuz, soit à peine le vingtième, ce qui est peu. Cela montre que contrairement à une idée répandue, l’Europe est peu de dépendante du Moyen-Orient pour le pétrole transitant par la voie maritime du détroit d’Ormuz.
    Cette dépendance réduite du Golfe s’explique par le fait que l’Europe est en partie alimentée par l’oléoduc Porteline de gros diamètre (1,20m), de 1.201 km de long, démarrant des Emirats arabes unis, traversant la péninsule arabique d’Est en Ouest et débouchant au port de Yanbu (Arabie Saoudite) en Mer Rouge. Ce pipeline dual (gaz et pétrole) a une importante capacité de 7 millions de barils/jour exportés via le canal de Suez.
    Les USA n’en reçoivent que 3,4 %.
    C’est l’Asie qui, avec 83,8 % au total, qui est de loin le plus important destinataire du pétrole du Golfe Persique via le détroit selon la répartition suivante : Chine (33,4 %), Inde (13,2 %), Corée (12,1 %), Japon (10,6 %), reste de l’Asie (14,5 %). Les autres pays du Monde hors Asie comptent seulement pour 7,8 %.
    A noter que le blocage du détroit n’est pas total, et que les Iraniens laissent passer de façon sélective les navires de commerce des pays comme l’Inde ou la Chine non ou peu affectées par ce blocus, d’où la grosse colère de Trump qui aimerait voir Pékin en difficulté.

  6. Dans les années 30, on a laissé faire Hitler. On a vu où ça nous a mené. Peut-être que si les alliés avaient réagi avec lui en 1938 comme l’Amérique et Israël le font aujourd’hui avec l’Iran, AVANT que les mollahs se dotent d’une arme nucléaire, on n’aurait pas connu les 5 années qui ont suivi. Vous y pensez ?

  7. Que l’on trouve Trump arrogant, méprisant, imbu de sa personne et abusant de son pouvoir, soit! Mais est-ce suffisant pour remettre en cause l’opération militaire contre l’Iran? Il faut etre bien naif ou ignorant pour ignorer les risques que fait courir ce pays, avec un armement démesuré qu’il utilise déja depuis plusieurs années contre son ennemi principal, Israel, qu’il a juré de détruire. Sans oublier ses attaques terroristes contre nous et nos voisins. Les conséquences d’une participation française ou européenne sont évidemment connues, mais laisser et regarder faire inspire plutot la lacheté et des réveils bruteaux pour l’avenir. Sans oublier l’impuissance démontrée de l’Europe dans le nouveau concert des Nations. Dire comme Macron et nos voisins » ce n’est pas notre guerre » alors que l’on s’est mobilisé immédiatement contre la Russie pour défendre l’Ukraine, est pour le moins incohérent, puisque ce pays n’est meme pas membre de l’UE, ni de l’OTAN…

  8. Vous écrivez : « la situation dans le détroit d’Ormuz ne serait pas aussi fâcheuse si Trump et Israël n’avaient pas déclenché cette « fureur épique », il y a maintenant plus de deux semaines ! ». Vous arrive-t-il de penser que si ces coup d’arrêt n’avait pas été donné à l’Iran, à terme la situation aurait été pire. Détentrice de l’arme atomique l’Iran aurait rayé Israël de la carte et menacé le monde entier. Quant au détroit d’Ormuz il aurait été définitivement bloqué selon le bon gré des mollahs…

  9. Ah! Les français. Toujours forts en gueule. Sans plus.
    Ça veut bien du Gaz et du Pétrole, mais il faut que les USA et Israël fassent le sale boulot avant: neutraliser toutes les capacités de frappes nucléaires iraniennes, sur Israël pour commencer, et les pays aux alentours ensuite, et l’Europe enfin.

    Si l’Ukraine pouvait disparaître pour enfin avoir du gaz russe…
    Si Israël pouvait disparaître pour enfin avoir du pétrole…

    Certes, Trump a fait des erreurs d’appréciations. Mais lui n’est pas paralysé par ses « rues arabes ». Populations dont vous avez presque tous peur quand on lit les commentaires.

  10. Mais s’attacher à libérer le détroit d’Ormuz pour une libre circulation capitale pour nombre de pays n’est ce pas une opération défensive ? Je crois bien qu’au final, la France et l’Europe seront les dindons de la farce. Je constate aussi qu’en Ukraine c’est Ok pour Macron et ses collègues bruxellois, mais en Iran c’est non ! En fait, aux USA et Israël le sale boulot, et pour la France et l’Europe, les soins infirmiers ! Mais, cette posture défensive ne tient pas la route car viendra un moment où les mollahs mettront attaquants et défenseurs dans le même sac !

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